Contribution au texte du professeur Lo Gourmo Abdoul sur la DPG
Contribution au texte du professeur Lo Gourmo Abdoul sur la DPG
J’ai lu avec une attention soutenue le texte du professeur Lo Gourmo Abdoul consacré à la Déclaration de politique générale. On y retrouve la rigueur et la constance intellectuelle qui font la signature d’un universitaire aguerri, soucieux de replacer le débat public sur un terrain solide et exigeant. Il rappelle qu’une critique parlementaire digne de ce nom commence par les faits, les chiffres et la confrontation rigoureuse entre promesses et réalisations. La DPG n’est ni un exercice d’éloquence ni un défouloir d’indignations. C’est un document normé et structuré qui appelle une lecture méthodique, engagement par engagement. Faute de ce travail, la critique se dissout dans la parole creuse, et cette parole finit, paradoxalement, par conforter l’exécutif.
Ce diagnostic, juste et salutaire, mérite toutefois d’être élargi.
Dans un État de droit fonctionnel, à l’image de ce qui se pratique en France et ailleurs ,la DPG est un moment institutionnel pleinement assumé. La majorité s’y prépare pour défendre un bilan et une trajectoire, l’opposition s’y prépare pour contester, pièces à l’appui. Ce n’est pas seulement un débat politique, c’est un temps fort de la vie démocratique, une véritable cérémonie républicaine, avec ses codes, ses attentes et une mémoire collective qui structure le jeu institutionnel.
Chez nous, ce moment peine encore à produire tout son sens. Cela tient certes aux rapports de force politiques, mais aussi à une réalité plus profonde, la sociologie de notre Parlement et le déficit de culture parlementaire qui l’accompagne. Nos députés viennent d’horizons divers, souvent porteurs d’une forte légitimité sociale ou militante, mais rarement formés aux techniques du contrôle parlementaire, à la lecture budgétaire ou à l’analyse des politiques publiques. On leur confie pourtant une fonction hautement technique, dans un environnement où l’accès à l’information demeure limité et où la transmission des savoir-faire institutionnels reste fragile. Le résultat est prévisible, la DPG devient un moment de démonstration politique plus qu’un exercice de vérification démocratique. Remédier à cette situation suppose de dépasser la critique morale pour investir pleinement le terrain institutionnel et sociologique.
La culture parlementaire doit être pensée comme une compétence qui s’acquiert, se transmet et s’entretient. Cela implique une préparation en amont du débat sur la DPG, un socle minimal d’outillage commun et l’apprentissage des rôles et des codes du travail parlementaire, afin que la diversité sociologique des députés cesse d’être un handicap et devienne une richesse. Sans cet effort, la DPG restera un contrat sans compteur et le Parlement un arbitre sans instruments. Élever le niveau de la critique, ce n’est pas affaiblir l’opposition, c’est lui rendre sa crédibilité et installer durablement une pratique démocratique à la hauteur des attentes citoyennes, bien au-delà des postures.
Mansour LY -le 25 janvier 2026



