DPG : pourquoi l’opposition doit répondre par les chiffres et les faits
Tribune de Gourmo Abdoul Lô appelant l’opposition parlementaire à fonder la critique de la DPG sur des faits vérifiables et des chiffres précis.
Dans cette tribune, Gourmo Abdoul Lô exhorte les députés de l’opposition à recentrer la critique de la Déclaration de politique générale (DPG) sur les faits, les chiffres vérifiables et l’analyse rigoureuse des politiques publiques. Pour l’avocat et vice-président de l’UFP, le débat parlementaire ne peut se limiter aux invectives et aux postures politiques : il doit s’appuyer sur la confrontation méthodique entre promesses gouvernementales et réalités observables. À travers un plaidoyer exigeant pour une opposition crédible et responsable, l’auteur appelle à une élévation du niveau du contrôle parlementaire, au nom de la dignité de la fonction et du respect de l’opinion publique.
MESDAMES ET MESSIEURS LES DÉPUTÉS: CONCENTREZ VOUS SUR LES CHIFFRES ET LES LETTRES DE LA DPG!
La critique de la Déclaration de politique générale, devant le Parlement est l’essence même de l’activité parlementaire stratégique d’une opposition. C’est son heure de vérité de l’année. Celle où elle démontre sa maturité, son aptitude à être une alternative sérieuse, en énonçant ses propres propositions, après avoir démonté; factuellement, les contre-vérités, les leurres et les approximations de l’exécutif. Point par point. Chiffre par chiffre. La contestation doit se fonder sur des faits aussi vérifiables que ceux prétendus par les gouvernants du moment. Cette opération critique est facilitée par la structure même de la DPG: une partie bilan consacrée aux » réalisations » de l’exercice précédent et une seconde partie déclinant les orientations, les projets et attentes. L’exercice de la critique parlementaire est donc d’une simplicité désarmante : un tableau dont la première partie pointe les promesses de l’année dernière ( les plus essentielles) : ce qu’en dit le premier Ministre est-il vrai ou faux? Ici, la charge de la preuve DOIT être renversée. Ce n’est pas au Premier Ministre de prouver qu’il a réalisé 100 ou 92% de ce qu’il a déclaré. C’est à l’opposition de démontrer le contraire en s’appuyant sur des faits contraires, des chiffres inverses etc pour lesquels l’opinion peut être prise à témoin. Cela seul permet de justifier les honoraires des députés : aller chercher les informations en temps réel et mettre la vérité sous le nez de la majorité et de son gouvernement. Au lieu de cela, quel spectacle que celui d’une partie de nos parlementaires, à nous l’opposition, devenus de session en session, Champions du monde des invectives et des ́rodomontades, sans chiffres ni faits concrets à opposer aux prétentions, fussent-elles iconiques du régime comme pour combler notre légendaire paresse intellectuelle. Il suffit pour sonder la profondeur du gouffre qui nous sépare des vrais parlements de par le monde, de suivre cet exercice annuel chez nos voisins, du Nord ou du Sud dont les assemblées ne sont pourtant pas si éloignées de la nôtre ! Donc messieurs et chers camarades de l’opposition, relisez la DPG de l’année dernière et faites une simple comparaison entre ce qui y était annoncé et ce que la réalité actuelle impose au regard. » Vous aviez promis, tel puits à Ouad Nag1? Oû est-il? Telle reforme dans tel secteur avec tel financement. Oû est-elle? Tel progres en matiere de détention préventive : voilà les chiffres actuels et les rapports des ong »… Est-ce également trop demander à nos députés de faire vérifier par des spécialistes proches ou non de l’opposition, la fiabilité et la viabilité des projets annoncés dans la DPG afin de pouvoir fonder nos critiques sur les perspectives annoncées et proclamées souvent avec une assurance que rien ne peut justifier a priori?
Pour tout dire, il me semble nécessaire que les députés apprennent enfin à travailler sur les faits, à élever le niveau de la légitime critique en sauvegardant l’honneur et la dignité de la fonction et des personnes.
Gourmo Abdoul Lô, 25 janvier 2026



