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Mauritanie : le 3e mandat, une trahison du serment et de la Constitution

Analyse des risques d’un troisième mandat en Mauritanie. Entre serment coranique et verrou constitutionnel, pourquoi l'alternance démocratique doit prévaloir.

En Mauritanie, l’apparition d’appels en faveur d’un 3e mandat pour Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani suscite de vives inquiétudes. Au-delà du débat politique, cette démarche menace le verrou constitutionnel, l’alternance démocratique et la sacralité du serment présidentiel. Analyse d’un enjeu capital pour la stabilité de la République.

Le troisième mandat : une trahison du serment et de la Constitution.

En Mauritanie, certains responsables et militants commencent à réclamer un troisième mandat pour le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

Cette revendication n’est ni anodine ni innocente.

Elle constitue une grave menace pour la stabilité institutionnelle du pays, pour la parole donnée et pour le principe fondamental de l’alternance démocratique.

La Constitution mauritanienne est pourtant claire : le président de la République est élu pour cinq ans et rééligible une seule fois. L’article 29 impose également au chef de l’État de jurer, au nom d’Allah, de respecter la Constitution et de ne prendre ni soutenir aucune initiative visant à modifier les dispositions relatives à la durée du mandat et à son renouvellement.

Une parole solennelle ne doit pas être banalisée.

Le président n’a pas simplement prononcé une formule administrative lors de son investiture. Il a prêté serment sur le Coran, devant les institutions de la République, en s’engageant à respecter la Constitution et à préserver l’intérêt du peuple mauritanien.

Dès lors, ceux qui réclament aujourd’hui un troisième mandat posent une question grave : veulent-ils que le chef de l’État renie sa parole ?

Veulent-ils transformer un serment religieux et constitutionnel en simple déclaration de circonstance, valable seulement tant qu’elle sert les ambitions du moment ?

Dans une République islamique, la parole donnée ne peut être traitée avec légèreté. Le serment engage la conscience, l’honneur et la responsabilité de celui qui le prononce.

Chercher à contourner cet engagement reviendrait à affaiblir à la fois la morale publique et l’autorité de la Constitution.

Le peuple n’a pas élu un président à vie

La fonction présidentielle n’est pas une propriété personnelle.

Elle n’est pas un héritage familial, une récompense permanente ni un privilège réservé à un individu ou à un groupe. Le président reçoit temporairement un mandat du peuple et doit accepter, comme tout responsable démocratique, le principe de la fin de ce mandat.

Le troisième mandat repose souvent sur un raisonnement dangereux : « Puisque le président a réalisé des choses positives, il doit rester au pouvoir. » Mais aucun bilan, aussi favorable soit-il, ne peut justifier la confiscation des règles communes.

Une démocratie ne se mesure pas seulement à la capacité d’un dirigeant à gouverner ; elle se mesure aussi à sa capacité à respecter les limites de son pouvoir et à organiser pacifiquement sa succession.

Si un président devient irremplaçable, c’est que les institutions sont faibles, que les partis sont défaillants et que la relève politique n’a pas été préparée. La Mauritanie mérite mieux qu’un système construit autour de la fidélité à une personne.

Les laudateurs mettent le pays en danger

Les partisans du troisième mandat rendent-ils réellement service au président ? À notre avis, non. Ils l’exposent au contraire à une pression inutile et l’enferment dans une logique de personnalisation du pouvoir.

Dans de nombreux pays africains, les appels au troisième mandat ont commencé par des slogans, des meetings et des pétitions. Ils se sont ensuite transformés en campagnes de révision constitutionnelle, avant de provoquer des crises politiques, des divisions sociales et parfois des violences.

La Mauritanie, qui a besoin de paix, de cohésion et de développement, ne doit pas suivre ce chemin.
Le rôle des citoyens responsables n’est pas de pousser le président à violer son serment. Il est de défendre les institutions, d’exiger la bonne gouvernance et de préparer une alternance pacifique, dans le respect de la loi.

La Constitution n’est pas un obstacle à contourner.

Modifier la Constitution pour prolonger le pouvoir d’un dirigeant serait une manipulation de l’État au profit d’une ambition politique. Une Constitution n’est pas un texte que l’on change chaque fois qu’un président approche de la fin de son mandat.

Elle constitue le pacte qui protège tous les citoyens, y compris ceux qui ne détiennent pas aujourd’hui le pouvoir.

L’article 28 limite le renouvellement présidentiel à une seule fois, tandis que l’article 29 interdit au président de soutenir directement ou indirectement une initiative visant à remettre en cause ces dispositions.
Le Conseil constitutionnel a lui-même qualifié le mandat entamé en 2024 de second et dernier mandat au regard de la Constitution.

Ce verrou juridique n’est pas une faiblesse.

Il est une protection contre la concentration indéfinie du pouvoir. Le supprimer reviendrait à envoyer un message désastreux : en Mauritanie, les textes ne seraient respectés que lorsque les dirigeants y trouvent leur intérêt.

Respecter le président, c’est respecter sa parole.

Les véritables soutiens du président devraient l’encourager à rester fidèle à son engagement, et non à l’entraîner vers une crise constitutionnelle.
Ils devraient lui dire clairement : vous avez été élu pour deux mandats, vous avez prêté serment, vous devez maintenant protéger l’image de votre fonction et transmettre pacifiquement le pouvoir.

Quitter le pouvoir conformément à la Constitution n’est pas un échec.
C’est une preuve de grandeur politique. L’histoire retient davantage les dirigeants qui savent partir avec dignité que ceux qui s’accrochent au pouvoir au prix de la division nationale.

Un président qui respecte son serment renforce les institutions. Un président qui accepte l’alternance consolide la République. Un président qui refuse de trahir la constitution laisse au pays un héritage plus important que n’importe quel projet ou bilan : la stabilité de l’État.

La Mauritanie doit préparer l’avenir.

La Mauritanie ne doit pas être prisonnière de la question d’un troisième mandat. Elle doit plutôt se concentrer sur les véritables urgences : l’emploi des jeunes, la lutte contre la pauvreté, la justice sociale, l’éducation, la santé, la sécurité, la transparence et le développement équilibré des régions.
Le pays a besoin de partis politiques capables de proposer des programmes, de cadres compétents et d’une nouvelle génération de dirigeants.

Il a besoin d’une compétition politique fondée sur les idées, non sur la flatterie et le culte de la personnalité.

Réclamer un troisième mandat, c’est détourner le débat national des priorités essentielles. C’est donner l’impression que l’avenir de la Mauritanie dépend d’un seul homme, alors que l’avenir appartient à tout un peuple.

Le président doit tenir son serment.

Les citoyens doivent défendre la Constitution.
Et la Mauritanie doit démontrer qu’elle est capable de réussir une alternance pacifique, légale et démocratique.
Ce n’est pas une trahison du président ; c’est le plus grand service que l’on puisse rendre à la République.

Abdoulaziz DEME
Le 12 Septembre 2026

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