Accueil |Actualités économiques détailléesEnergie

Crise électrique à Nouakchott : la SOMELEC face aux doutes | Mauritanie

Nouakchott face au courant : la promesse d'un retour à la normale ne suffit pas encore à rassurer

Crise électrique à Nouakchott : après les incendies des sous-stations de la SOMELEC, Nouakchott exige plus que des promesses. Analyse d’une crise électrique majeure et des enjeux pour le réseau.

Crise électrique à Nouakchott : la promesse d’un retour à la normale ne suffit pas encore à rassurer

Près de trois semaines après les incendies qui ont plongé la capitale dans le noir, les Nouakchottois attendent une preuve plus solide que des communiqués : une électricité qui ne coupe plus.

Nouakchott, notre correspondant,  AOB

Il y a les discours, et il y a l’interrupteur. Entre les deux, une bonne partie de la population de Nouakchott dit ne plus vraiment savoir qui croire.

Le 20 août, puis le lendemain, deux postes de transformation de la SOMELEC — l’un à Toujounine, l’autre à Tevragh-Zeina — partent en fumée à quarante-huit heures d’intervalle. Des quartiers entiers basculent dans de longues coupures. La colère monte vite, portée par la chaleur de l’été et par le sentiment, largement partagé, que la capitale ne peut plus se permettre une infrastructure électrique aussi fragile.

Face à l’ampleur de la crise, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani ordonne la création d’une commission d’enquête indépendante, chargée de déterminer les causes exactes des sinistres et d’établir, le cas échéant, les responsabilités. Dans la foulée, le gouvernement multiplie les prises de parole se voulant rassurantes. Le porte-parole de l’exécutif, El Houssein Ould Medou, va jusqu’à présenter la crise comme une opportunité : il ne s’agirait pas seulement de réparer, mais de corriger les « dysfonctionnements » structurels du réseau. Des interventions techniques accélérées sont promises.

Des annonces techniques, une confiance qui tarde

Sur le terrain, la SOMELEC égrène les bonnes nouvelles au fil des jours : le poste Ouest retrouve sa pleine capacité, le poste Est récupère une partie de la sienne, puis, le 27 août, la société annonce le retour à la normale des deux installations sinistrées.

Mais pour les habitants, cette succession d’annonces techniques ne répond qu’à moitié à la question qui préoccupe vraiment : au-delà de la remise en service des équipements, le réseau peut-il désormais tenir dans la durée ? La différence est loin d’être anecdotique. Une installation réparée n’est pas nécessairement une installation fiable, et rien ne garantit à lui seul que les coupures intempestives, devenues un mode de vie forcé pour de nombreux foyers, appartiennent réellement au passé.

L’inquiétude est d’autant plus fondée que les autorités elles-mêmes ont reconnu la fragilité structurelle du système. Les six sous-stations qui alimentent Nouakchott sont interconnectées : la défaillance de l’une peut se répercuter sur les autres, comme l’ont brutalement rappelé les événements d’août.

Une commission sous surveillance

Officiellement instituée par arrêté du Premier ministre le 25 août, la commission d’enquête est présidée par l’ancien ministre Ousmane Mamoudou Kane et s’appuie sur l’expertise de spécialistes suisses et allemands. Sa mission dépasse le simple constat des dégâts : comprendre comment deux postes stratégiques ont pu être ravagés par le feu à deux jours d’écart, identifier les failles — techniques ou organisationnelles — qui ont permis un tel enchaînement, et formuler des recommandations pour empêcher qu’il se reproduise.

C’est là que le dossier prend une dimension politique. Au-delà des deux incendies, c’est tout un système qui est interrogé : l’état des infrastructures, la régularité de leur entretien, la solidité des investissements publics consentis ces dernières années. Plusieurs voix, parmi les responsables politiques comme dans la société civile, réclament que les travaux de la commission soient menés en toute transparence et donnent lieu à des conclusions rendues publiques.

Le verdict, c’est la lumière qui reste allumée

Cette crise aura au moins eu le mérite de rappeler une évidence : une annonce gouvernementale n’équivaut pas à une solution. Le gouvernement peut communiquer, la SOMELEC peut certifier la remise en service de ses installations, une commission peut être installée en grande pompe — rien de tout cela ne remplace, aux yeux des citoyens, l’épreuve quotidienne de l’interrupteur.

Signe que le chantier est loin d’être clos : la SOMELEC a publié le jour même de nouveaux appels d’offres portant sur la réhabilitation et le renforcement du réseau de distribution 15 kV. Autrement dit, la consolidation du système électrique de la capitale ne fait que commencer.

Après les discours, les commissions et les communiqués rassurants, c’est désormais aux faits de parler. Les habitants de Nouakchott n’attendent plus des promesses, mais des résultats tangibles : une alimentation stable, un réseau digne de ce nom, et la fin d’un mal qui n’a que trop duré. Car dans une capitale en pleine expansion démographique, l’électricité a cessé d’être un luxe. Elle est devenue, tout simplement, un service public de première nécessité.

Rapideinfo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires