Mohamed Ould Abdel Aziz : Sa lettre explosive depuis la prison
Exclusif : Depuis sa cellule, l'ex-président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz adresse un réquisitoire contre le président Ghazouani. Révélations sur son patrimoine et dénonciation d'une "cabale judiciaire
Rapide info / Nouakchott – C’est un pavé dans la mare politique mauritanienne. Depuis sa cellule de détention, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz vient de transmettre une longue et virulente lettre manuscrite à son successeur et ancien compagnon d’armes, l’actuel président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Datée du 28 avril 2026, cette correspondance de plusieurs pages — que nous avons pu consulter — prend des allures de réquisitoire contre ce que l’ex-chef de l’État qualifie de « cabale politique et judiciaire ».
Loin de faire amende honorable, l’ancien homme fort de Nouakchott (2008–2019) utilise cette tribune pour déconstruire point par point le feuilleton judiciaire qui le tient éloigné du pouvoir et de la liberté depuis plusieurs années.
« Blanchi sur le fond, condamné sur la forme »
Au cœur de l’argumentaire de Mohamed Ould Abdel Aziz se trouve une analyse technique et offensive des décisions de justice rendues à son encontre. Selon lui, les arrêts successifs de la Cour suprême et des tribunaux spécialisés dans la lutte contre la corruption l’ont en réalité « blanchi » des accusations les plus graves touchant directement aux deniers publics.
« Le système judiciaire a lui-même reconnu mon innocence concernant le trafic d’influence, l’abus de pouvoir, la dilapidation des biens publics, l’obtention d’avantages indus ou encore l’ingérence dans les marchés publics », martèle-t-il dans sa lettre.
Pour l’ex-président, sa condamnation repose sur un « montage juridique contradictoire », ciblant spécifiquement le chef d’inculpation d’« enrichissement illicite ». Un non-sens, plaide-t-il, affirmant que l’ensemble de son patrimoine est d’origine connue et a fait l’objet de déclarations conformes à la loi.
La révélation explosive : des « cadeaux » venus du sommet de l’État
C’est sans doute le passage le plus brûlant de cette missive, celui du palais présidentiel. Pour justifier la provenance d’une partie des fonds et des véhicules saisis par la justice et inscrits à charge dans son dossier, Mohamed Ould Abdel Aziz pointe directement du doigt… Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
L’ancien président affirme sans détour qu’une part significative de ces biens provenait de « dons personnels » octroyés par Ghazouani lui-même durant la période de transition politique qui a suivi la fin de son mandat présidentiel. Une révélation explosive qui vise à lier le destin des deux hommes et à placer l’actuel chef de l’État face à ses propres responsabilités.
Une justice « sélective » et politique
Dénonçant une instrumentalisation évidente de l’appareil judiciaire par le parquet et certaines officines politiques, l’ex-président crie à la tentative de « destruction politique ». Selon lui, l’unique objectif de cette procédure ultra-médiatisée était de le priver de ses droits civiques et de procéder à la confiscation arbitraire de ses biens ainsi que de ceux de sa famille, en dehors de tout cadre légal strict.
L’ex-dirigeant ne manque pas d’égratigner la politique de lutte contre la corruption du régime actuel, la qualifiant de « sélective ». Il accuse les autorités de fermer les yeux sur des dossiers récents de pillage systématique d’entreprises publiques, d’institutions nationales et de secteurs de services stratégiques survenus ces dernières années.
Un appel direct à « mettre fin à la mascarade »
En conclusion de sa longue lettre, rythmée par des citations de versets coraniques appelant à la justice, à la vérité et au refus du faux témoignage, Mohamed Ould Abdel Aziz interpelle directement son successeur. Il exhorte le président Ghazouani à « mettre un terme à cette mascarade judiciaire », renvoyant la responsabilité historique et politique de ce traitement directement au pouvoir exécutif.
Alors que la Mauritanie reste profondément divisée sur le sort réservé à son ancien président, cette lettre ouverte retentit comme un coup de semonce. Elle rappelle que même privé de liberté, Mohamed Ould Abdel Aziz conserve une capacité de nuisance politique intacte et n’a pas l’intention de quitter la scène publique sans livrer son dernier combat.



