Diplomatie et retenue : Pourquoi la Mauritanie doit éviter l’ingérence verbale
Face aux crises des pays voisins, la retenue est une vertu. Analyse d'Ahmed Issa El Yadali sur l'importance de préserver l'intérêt national mauritanien.


La liberté d’expression doit-elle s’effacer devant l’intérêt supérieur de la nation ? Face à la tentation de commenter et d’arbitrer les crises des pays frères, Ahmed Issa El Yadali livre un plaidoyer rigoureux pour la retenue. Pour lui, importer les tensions extérieures est un calcul dangereux : la sagesse diplomatique de la Mauritanie exige de savoir observer le silence là où le bruit des mots ne fait que diviser. Découvrez pourquoi la maîtrise de soi et le refus de la polarisation constituent, aujourd’hui plus que jamais, le plus grand service à rendre à la patrie.
Chaque fois qu’un pays frère ou ami traverse une période de tensions ou de recompositions politiques internes, nous constatons la répétition du même scénario.
En effet, certains de nos écrivains et militants se hâtent de prendre parti, comme s’ils étaient eux-mêmes impliqués dans une équation qui ne les concerne pas. Ainsi, ils soutiennent un camp contre un autre, adoptent des positions tranchées et émettent des jugements avec assurance sur une réalité complexe dont ils ne maîtrisent pourtant pas toutes les données.
Ce comportement ne sert personne… et il dessert particulièrement les intérêts de notre pays.
Il faut rappeler que les affaires intérieures des États demeurent avant tout du ressort de leurs peuples. Ce sont eux, en réalité, qui connaissent le mieux leurs contextes, et eux seuls sont les plus aptes à les gérer conformément à leurs équilibres, à leurs institutions et à leurs intérêts nationaux. Par conséquent, la sagesse exige de comprendre que s’engager dans ces polarisations, même par la parole, peut nous placer — sans que nous le voulions — dans la position d’un camp contre un autre. Or, c’est précisément ce qui ne devrait pas arriver.
Prenons, par exemple, notre environnement immédiat. Des pays frères, dotés d’institutions établies et d’élites politiques conscientes, traversent parfois des moments de tension ou de divergence. Cependant, ils possèdent l’expérience et les ressources nécessaires pour gérer eux-mêmes ces situations. C’est pourquoi notre rôle n’est ni de prendre parti, ni de juger de l’extérieur, ni de transformer les espaces de communication en tribunaux chargés d’arbitrer des affaires qui ne nous concernent pas.
En définitive, ce qu’il convient avant tout de faire, c’est de faire preuve de responsabilité et d’une certaine humilité politique. La Mauritanie n’a en aucun cas besoin d’importer les tensions, ni d’ouvrir des fronts verbaux avec son environnement naturel. Au contraire, les intérêts des États se construisent dans le calme, le respect et l’appréciation lucide des situations, et non dans les réactions impulsives ni dans les emballements du moment.Certes, la liberté d’expression est une valeur essentielle. Néanmoins, il existe une différence claire entre :
– Exprimer une opinion et s’aligner sur un camp ;
– S’intéresser à ce qui se passe et transformer cela en bataille personnelle.
De surcroît, il est contradictoire d’exiger des autres qu’ils respectent notre souveraineté et nos choix, pour ensuite commettre la même erreur lorsqu’il s’agit de leurs affaires intérieures. Il est vrai que l’État dispose de ses propres canaux, de ses propres calculs et de sa propre manière de gérer ses relations extérieures. Quant aux individus, en revanche, leur parole dans ce type de dossiers peut dépasser le simple cadre de l’opinion et se transformer facilement en fardeau dont nous n’avons nul besoin.
Aujourd’hui, nous vivons dans une région qui a besoin d’apaisement, non d’exacerbation ; de construction de la confiance, non de son épuisement. C’est pourquoi la sagesse ne consiste pas à dire tout ce que nous savons ou croyons savoir. Elle consiste plutôt à savoir quand le refus d’intervenir dans les affaires des autres constitue en soi une position, et quand la maîtrise de soi devient un véritable service rendu à l’intérêt national.
Ahmed Issa El Yadali
traduit de l’arabe par Rapide info



