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Mauritanie, Afrique : les idéologies passent, l’État reste à construire

Mauritanie, Afrique : Du legs marxiste aux orthodoxies libérales, Mansour Ly analyse ce que soixante ans de doctrines politiques ont laissé aux institutions africaines et mauritaniennes, appelant à passer de la critique idéologique à une véritable culture de la méthode et de la capacité administrative.

Mauritanie, Afrique : les idéologies passent, l’État reste à construire

Du legs marxiste aux orthodoxies libérales, ce que soixante ans de doctrines ont laissé à nos institutions, à nos intellectuels et aux générations qui viennent

Nous discutons encore du Mouvement national démocratique, né à la fin des années soixante dans le sillage de la répression des mineurs de Zouerate. Un demi-siècle plus tard, la controverse mauritanienne sur son héritage revient régulièrement, et toujours dans les mêmes termes. On y débat de ce que le MND fut et de ce qu’il aurait dû être, de son courage devant le parti unique, de sa lucidité anticoloniale, de ce qu’il a compris ou manqué de la question haratine. Le débat est sérieux. Ceux qui le mènent ne sont pas des amateurs et beaucoup ont payé leurs convictions.
Il y manque pourtant une question, et cette absence dit peut-être davantage que tout le reste. Personne ne demande ce que ce mouvement, ni aucun de ceux qui l’ont combattu ou lui ont succédé, a déposé dans l’administration mauritanienne. Nous nous disputons des titres de légitimité. Nous n’inventorions jamais les capacités. Or un héritage politique ne se mesure pas seulement au courage de ceux qui l’ont porté. Il se mesure aussi à ce qui fonctionne encore après eux.
Cette querelle n’est pas mauritanienne. Elle se rejoue partout sur le continent, avec d’autres sigles et les mêmes réflexes.
Écoutez ensuite n’importe quel débat public à Nouakchott ou à Dakar et notez les mots qui reviennent. Impérialisme, souveraineté, néocolonialisme, ajustement, gouvernance, partenariat. Deux vocabulaires formés à trente ans d’intervalle, tous deux venus d’ailleurs, qui continuent de structurer nos querelles pendant que la question de savoir pourquoi le registre foncier ne fonctionne pas n’intéresse personne. Nous n’avons jamais manqué de diagnostics. Nous savons nommer ce qui nous domine. Nous savons beaucoup moins fabriquer ce qui nous rendrait moins dominables.
D’où l’hypothèse que je propose, sans certitude d’avoir raison. Nous avons longtemps cherché des doctrines là où il fallait construire une méthode.

Une érudition sans institutions

Il faut d’abord dire ce que les pensées marxistes, socialistes et tiers-mondistes ont apporté aux générations des indépendances. Une critique de l’impérialisme, une analyse des inégalités, une exigence de souveraineté économique, une capacité d’organisation collective, et surtout la possibilité de penser l’Afrique hors du cadre mental installé par le colonisateur. Une génération entière a cessé de se percevoir comme objet de l’histoire. Ce n’était pas rien.Posons maintenant la question qui dérange. Que devient une pensée de l’émancipation lorsqu’elle se fige en réflexe permanent ?
Dans certaines élites, le vocabulaire de la domination a fini par fonctionner comme explication totale. Ces catégories désignent des réalités véritables. Elles n’expliquent pourtant pas, à elles seules, pourquoi une école de quartier fonctionne mal, pourquoi un acte administratif met neuf mois à sortir, pourquoi un pays exporte du minerai brut depuis quarante ans, pourquoi une station de pompage inaugurée avec les honneurs ne fonctionne plus trois ans après.
Une pensée devient stérile non lorsqu’elle critique le monde, mais lorsqu’elle considère la critique du monde comme l’équivalent de sa transformation.
Je veux être précis, parce que ce reproche est facile et souvent malhonnête. Nos intellectuels ne manquent ni de culture ni de rigueur. Beaucoup possèdent une étendue de savoir devenue moins fréquente dans des univers académiques occidentaux fortement spécialisés, et circulent dans la même conversation entre Marx, Fanon, Gramsci, l’histoire coloniale, le droit international et les théories de l’accumulation. Ce n’est ni une supériorité ni un défaut. C’est la trace d’un environnement où l’intellectuel a dû porter seul ce que des institutions prennent ailleurs en charge collectivement, produire les données, archiver, évaluer, conserver et transmettre. Chez nous, l’homme a porté à lui seul la nation, l’histoire, la dignité, l’économie et parfois la morale publique.
Nous avons produit des encyclopédies vivantes parce que nous n’avions pas de mémoire institutionnelle.
Le prix de cette formation est visible. Nous sommes redoutables lorsqu’il faut identifier un rapport de force. Nous sommes beaucoup plus faibles lorsqu’il faut construire un système statistique fiable, une politique éducative mesurable, une stratégie industrielle tenue sur quinze ans, une administration qui délivre, un dispositif de maintenance. Nous savons inaugurer. Nous entretenons mal.

Ce que les doctrines ont déposé dans l’État

Voilà ce que le débat africain regarde rarement. Les doctrines n’ont pas seulement occupé nos discours. Elles se sont déposées dans nos administrations, par couches successives, sans que personne ne nettoie derrière.
Dans une grande partie du continent, l’État postcolonial hérite d’une administration de
commandement, conçue pour contrôler des populations plutôt que pour servir des usagers. La planification lui confie ensuite des ambitions industrielles immenses avec des cadres formés en quelques années. Le parti unique le confond souvent avec le pouvoir politique lui-même. Puis l’ajustement lui demande de réduire son périmètre, de geler ses recrutements et de comprimer ses salaires, ce qui n’améliore pas la qualité de ceux qui restent. La libéralisation lui demande enfin de devenir régulateur d’un marché qu’il ne mesure pas, avec des autorités souvent créées par décret et dotées de moyens symboliques. Chaque doctrine a laissé son sédiment juridique. Des textes empilés, rarement abrogés, souvent contradictoires, qui coexistent dans le même code. Nous avons ainsi des États richement légiférés et faiblement administrés. La production de la norme est devenue chez nous une manière d’agir sans agir. On répond à un problème par une loi, à un échec par un décret, à une crise par une commission. Le pays produit du droit comme d’autres produisent des discours.
Je passe une partie de mes semaines à vérifier si une garantie est opposable. Un acte peut être valable entre les parties, régulier dans sa forme, et rester sans effet le jour où il faut le réaliser, parce qu’entre la validité et l’effet il y a un registre à jour, un délai tenu, une administration capable de délivrer en temps utile ce qu’elle a elle-même produit. La règle existe. L’effet n’arrive pas. La distance entre une règle et son effet est le vrai lieu du politique. Nous la traitons comme un détail d’exécution. Elle est en réalité la question centrale.
Et nous demandons aujourd’hui à cet État d’être simultanément souverain, social, stratège, écologique, numérique et efficace. Avec quelle administration. Avec quels cadres. Avec quel droit applicable. Avec quelle culture de la responsabilité, dans des systèmes où la sanction d’un fonctionnaire défaillant est plus rare que sa promotion.

Plusieurs causalités à la fois

Samir Amin garde une force explicative que quarante ans de mondialisation n’ont pas dissipée. Le centre et la périphérie, le développement inégal, l’accumulation asymétrique décrivent quelque chose de réel, et ceux qui croient l’avoir réfuté par une hausse de croissance devraient relire ce qu’il disait de la nature de cette croissance. La question que je pose ne le vise pas. Elle vise l’usage que nous en avons fait. Lorsque la dépendance extérieure devient l’explication dominante de l’échec, que reste-t-il de la responsabilité intérieure ?
Axelle Kabou avait déplacé le regard en cherchant une part des causes à l’intérieur des sociétés africaines. On lui a beaucoup reproché son titre et peu discuté son déplacement. Je n’en fais pas une vérité définitive. Son livre est une question, pas un verdict. Une économie peut subir un système international défavorable et être mal administrée. Un État peut supporter la contrainte de la dette et gaspiller ses recettes minières. Il faut sortir du choix infantile entre un Occident responsable de tout et une Afrique responsable de tout. Une pensée adulte tient plusieurs causalités à la fois. Cela vaut aussi contre moi. Je dois reconnaître ce qu’un marxiste africain m’opposerait avec raison. Des méthodes ont été tentées et détruites. Il y eut des coups d’État, des assassinats, des régimes renversés avant d’avoir produit quoi que ce soit d’évaluable. On ne juge pas la capacité d’une expérience à laquelle on a coupé le temps. Mais ce constat n’annule pas le mien. Il reste que dans plusieurs de nos pays, des décennies de stabilité relative n’ont pas suffi à produire une administration capable de rendre compte de ce qu’elle fait.

La deuxième orthodoxie

Les années 80 ne sont pas un chapitre d’histoire. Elles sont un renversement dont nous vivons encore les effets.
L’Afrique sort d’une orthodoxie et en rencontre une autre. Dette, effondrement des recettes d’exportation, déséquilibres, puis programmes d’ajustement structurel. Il serait excessif d’écrire que ces programmes ont créé la pauvreté. Ils se sont appliqués à des États déjà endettés, exposés aux chocs extérieurs, abîmés par leurs propres dysfonctionnements, et ils ont été associés à l’austérité, à la compression des revenus et à des coûts sociaux qu’une étude menée pour l’UNICEF documentait dès 1987, en demandant un ajustement à visage humain.
Il faut concéder l’objection libérale, parce qu’elle est solide. L’ajustement n’a pas été choisi dans un séminaire d’idées. Il a été subi par des États devenus insolvables. Mais cette concession se retourne. On perd la souveraineté de sa méthode le jour où l’on a perdu la souveraineté de son budget. Celui qui ne finance plus ses politiques ne les conçoit plus.
Les institutions de Bretton Woods ne sont donc ni un complot omnipotent ni un arbitre neutre. Elles sont le troisième grand producteur d’orthodoxie du débat africain. On avait expliqué aux Africains que l’État devait conduire le développement. On leur expliqua ensuite qu’il fallait le réduire pour le libérer. Moscou avait proposé une doctrine, Washington en proposa une autre, et la question africaine demeurait entière. Où était notre propre méthode ?
Rien de cela n’absout nos gouvernements. La planification a servi la centralisation politique, l’anti-impérialisme a neutralisé la critique intérieure, la libéralisation a couvert des privatisations de connivence, la dérégulation a produit des oligarchies. Les doctrines importées n’exonèrent jamais ceux qui les ont transformées en instruments de pouvoir.

Une génération sans les anciens catéchismes

Voici le fait politique le plus important du continent et le moins commenté. Une génération entière est arrivée à l’âge adulte sans les anciens catéchismes. Moscou n’a jamais été pour elle un horizon, Washington n’a jamais été une promesse. Elle n’a pas connu les cellules militantes ni les congrès où l’on tranchait la ligne juste. Elle ne se reconnaît pas dans les oppositions entre marxistes et libéraux, entre panafricanistes et occidentalistes. Elle hérite pourtant, très matériellement, d’écoles en difficulté, d’États à capacité inégale, du sous-emploi, de villes sous pression et d’économies qui produisent peu. Et lorsqu’elle entre dans le débat sans reprendre les anciens codes, elle est disqualifiée presque immédiatement. Si elle veut rompre, elle est radicale. Si elle veut réussir, elle est arriviste. Si elle entreprend, elle est néolibérale. Si elle discute une doctrine, elle trahit une cause. Une génération qui n’a pas participé aux anciennes guerres idéologiques doit demander la permission à leurs vétérans pour penser l’avenir.
Je refuse cependant de la flatter, parce que ce serait une autre manière de ne pas la prendre au sérieux. Elle est sans les anciens catéchismes. Elle n’est pas sans catéchisme. Il s’en fabrique sous nos yeux, plus rapides et plus courts. Un souverainisme de réseaux sociaux qui juge un régime à sa rhétorique plutôt qu’à ses hôpitaux. Une géopolitique en trois minutes où changer de partenaire tient lieu de politique industrielle. Une fascination automatique pour de nouveaux protecteurs, reproduisant exactement le réflexe qu’elle croit combattre. Un culte de dirigeants dont on n’évalue jamais les résultats. Un entrepreneuriat érigé en philosophie générale, comme si multiplier les micro-commerces produisait une industrie. Et des influenceurs qui occupent la place que tenaient autrefois les universités et les revues, avec moins de contradiction et beaucoup plus d’audience.
Le téléphone est au centre de cette transformation. Il est probablement le premier instrument intellectuel de masse que la jeunesse africaine oriente elle-même. La radio se recevait. Le téléphone se dirige. Il donne la comparaison immédiate, l’accès au savoir, la contestation, le commerce, l’apprentissage autonome et maintenant l’intelligence artificielle. Il donne aussi la désinformation, la fragmentation, l’illusion de connaissance et de nouvelles dépendances technologiques dont nous ne maîtrisons ni l’infrastructure ni les règles. Il ne faut donc pas romantiser cette révolution, d’autant qu’elle fabrique une inégalité nouvelle. L’Union internationale des télécommunications estime à 36 pour cent la part de la population africaine utilisant Internet en 2025, contre 74 pour cent au niveau mondial. La fracture ne passe plus seulement entre l’Afrique et le reste du monde. Elle passe entre le jeune connecté de la capitale et celui qui cherche un réseau stable.
Nous risquons de fabriquer une génération qui voit le monde entier sur son écran et à laquelle son propre pays ne donne pas les moyens d’y prendre place.
Le Sénégal et la Mauritanie offrent deux miroirs de ce phénomène. Même permanence des catégories héritées, même poids de la mémoire militante, même suspicion envers ceux qui n’ont pas les codes historiques, même difficulté à transformer un débat intellectuel dense en politique publique opérationnelle. J’ai décrit ailleurs, pour la Mauritanie, une crise de perception entre élites, c’est-à-dire des groupes formés dans des trajectoires différentes qui regardent le même pays et n’y voient pas la même nation. Le concept doit être élargi. Nous connaissons aussi une crise de perception entre générations. Les aînés interprètent le présent avec les catégories de leurs combats, les cadets avec les instruments de leur époque, et il n’existe plus de langage commun capable de convertir ces perceptions en action publique.

La souveraineté de la mesure

Joseph Ki-Zerbo avait déplacé la question dès 90 en plaçant l’éducation au centre. Éduquer ou périr. Le titre paraissait solennel. Il est descriptif. La Banque mondiale estimait en 2022 que près de neuf enfants sur dix en Afrique subsaharienne ne parvenaient pas, à dix ans, à lire et comprendre un texte simple. Ce chiffre demande de la prudence. Il repose sur des simulations, il a été contesté dans sa méthode, il extrapole à partir des pays où les données existent alors qu’elles manquent pour plusieurs des plus peuplés du continent. Cette contestation est précisément mon argument. Nous discutons de la fiabilité d’un indicateur produit ailleurs parce que nous n’avons pas construit les nôtres. Un pays qui ne se mesure pas lui-même sera toujours décrit par d’autres.
Voilà pourquoi la méthode n’est pas le contraire de la souveraineté. Elle en est la condition matérielle. Un institut statistique indépendant et financé est un acte souverain plus considérable qu’un communiqué de rupture. Cheikh Anta Diop l’avait compris, lui que l’on range trop vite parmi les culturalistes alors que son œuvre associe la restauration de la profondeur historique à une ambition scientifique et technique explicite. Il ne séparait pas la dignité de la capacité. La dignité historique reste indispensable. Elle ne remplace pas la puissance scientifique.

De l’idéologie à la méthode

La méthode ne doit pas devenir à son tour un catéchisme, et je me méfie de ma propre formule. Elle ne dit rien de ce qu’il faut faire. Elle dit seulement comment on doit s’y prendre pour le savoir. Partir d’un problème identifié plutôt que d’un modèle, produire ses propres données, expérimenter à petite échelle, évaluer par des tiers, corriger, abandonner ce qui ne marche pas, et accepter que la bonne solution dépende du pays, du secteur et du moment.
Cela suppose une transformation qui n’est ni économique ni idéologique mais juridique et morale. Un gouvernement devrait pouvoir dire qu’il pensait qu’une réforme fonctionnerait, qu’elle n’a pas produit les résultats attendus, et qu’il en change. Cela devrait être reçu comme de la compétence. Chez nous, l’aveu d’erreur coûte plus cher que l’échec. Nos cultures politiques punissent celui qui reconnaît et protègent celui qui persévère, ce qui explique pourquoi tant de nos échecs durent si longtemps. Aucune évaluation sincère n’est possible dans un système où le fonctionnaire qui mesure risque davantage que celui qui dissimule.
On m’objectera que rien de tout cela n’est africainement possible. L’objection est démentie par des faits. Le Botswana a longtemps utilisé un indicateur de soutenabilité budgétaire visant à éviter que les recettes minières financent la consommation courante, tout en accumulant une part de ses avoirs publics dans le Pula Fund. La crise diamantifère actuelle, avec le retour de déficits importants, rappelle cependant qu’aucune discipline institutionnelle n’abolit la contrainte économique ni la nécessité de l’entretenir. Le Rwanda a institué depuis 2006, sous le nom d’imihigo, des contrats annuels de performance concernant notamment les autorités centrales et les districts, assortis d’évaluations régulières dont les résultats sont publiés. On peut discuter sévèrement le système politique rwandais et reconnaître l’intérêt d’un mécanisme administratif, et c’est précisément la distinction que défend cette tribune. Ces cas ne sont pas des modèles à copier. Ils suffisent à établir qu’il ne s’agit pas d’une impossibilité culturelle.
Trois questions devraient alors nous occuper davantage que nos querelles. Qui mesure, dans nos pays, ce que produit réellement une politique publique. Qui répond de l’échec, et selon quelle procédure. Qui entretient ce que nous avons construit, une fois les rubans coupés.
Nous avons longtemps tenu pour grand intellectuel celui qui savait expliquer pourquoi le système était injuste. La génération qui vient demandera ce que nous avons construit après l’avoir compris.
La souveraineté ne se décrète pas dans les discours. Elle se construit dans une salle de classe où l’enseignant est présent et formé, dans un forage qui fonctionne encore trois ans après son inauguration, dans un tribunal qui rend sa décision dans un délai connu, dans un atelier qui transforme ce que le pays extrait, dans un registre que l’on peut consulter, dans la main d’un jeune Africain qui tient un téléphone et à qui l’on n’a pas donné les moyens de s’en servir pour autre chose que regarder. Nous avons consacré soixante ans à demander quelle idéologie devait sauver l’Afrique. La génération qui arrive nous pose une question plus simple et plus exigeante. Qu’est-ce qui fonctionne ?
La prochaine révolution africaine n’a peut-être besoin d’aucun catéchisme. Elle a besoin d’une méthode.

Mansour LY
Juriste

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