Nouakchott : L’opposition manifeste à la Place des Expositions (Arafat/El Mina)
Mobilisation de l'opposition à Nouakchott-Sud (Arafat/El Mina). Samba Thiam, Biram Dah Abeid et El id Ould Mbareck dénoncent la vie chère et le recul des libertés.

Nouakchott : Le cri de colère d’une opposition vent debout contre la « vie chère » et le recul des libertés
Par Ardo Ousmane, notre envoyé spécial à Nouakchott

Une démonstration de force sur fond de crise sociale
Il est 18 heures passées quand la place des Expositions finit de se remplir. Une marée humaine, composée de militants de tous horizons, est venue répondre à l’appel du collectif de l’opposition. Ce n’était pas qu’une simple réunion politique, mais un véritable baromètre du mécontentement social.
Aux côtés de Hamadi Ould Sid’Mokhtar, Chef de file de l’Opposition Démocratique, plusieurs figures éminentes ont marqué de leur présence ce front commun. Samba Thiam, leader historique des Forces Progressistes de Changement (FPC), a rejoint les rangs pour souligner l’urgence d’une refonte du système, tandis que le député El id Ould Mbareck et le militant Khally Diallo incarnaient cette jeunesse politique refusant le statu quo. Le syndicaliste et figure de proue de la lutte pour les droits civiques, Samory Ould Beye, était également présent, rappelant que la question sociale est indissociable de la lutte politique pour la dignité.
Le pouvoir d’achat au cœur du réquisitoire
Le constat dressé par les leaders est sombre. Mokhtar Ould Cheikh, président de la coalition des forces de l’opposition, a pointé du doigt un paradoxe douloureux : la hausse vertigineuse des prix des produits de base — notamment la viande et le lait — alors même qu’il s’agit de productions locales.
« Il est inacceptable que le bétail de nos terres devienne un luxe pour nos foyers », a-t-il fustigé. Cette colère a été relayée par Samory Ould Beye, qui a insisté sur la précarisation extrême des travailleurs mauritaniens face à l’effritement de la monnaie et à l’absence de revalorisation salariale.
Libertés en péril : « On emprisonne les voix, pas les corrompus »
Au-delà de l’assiette du citoyen, c’est l’état de la démocratie qui a occupé une place centrale. Les intervenants ont dénoncé le « musellement » de la société civile. El id Ould Mbareck et Khally Diallo ont particulièrement insisté sur le sort des blogueurs et des activistes détenus, y voyant une dérive autoritaire visant à étouffer toute contradiction.
Le député Biram Dah Abeid a frappé fort : « Aujourd’hui, les prisons accueillent des prisonniers d’opinion alors qu’elles devraient abriter les prévaricateurs. » Il a accusé le régime de tenter de perpétuer des pratiques archaïques en emprisonnant ceux qui combattent l’injustice.
La question de l’Unité Nationale
Pour Samba Thiam, l’unité nationale ne peut être décrétée tant que les marginalisations persistent. Pour lui, comme pour Hamadi Ould Sid’Mokhtar, la crise actuelle est le fruit d’une injustice sociale profonde qui transcende les clivages ethniques. La diversité de la foule présente ce dimanche, à la jonction d’El Mina et d’Arafat, était la preuve vivante que le peuple est uni dans la souffrance.
Perspectives : Un bras de fer qui s’installe
Ce meeting marque une nouvelle étape. En réussissant à fédérer des leaders aux parcours aussi divers que Samba Thiam, Biram Dah Abeid ou El id Ould Mbareck sur les thématiques de la cherté de la vie et des libertés, l’opposition impose un rapport de force inédit. À Nouakchott, le silence n’est définitivement plus à l’ordre du jour.
Rapide info
Libertés en péril : « On emprisonne les voix, pas les corrompus »


