Mali : la France menace de se retirer, les pays voisins en discussion

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Mali : la France menace de se retirer, les pays voisins en discussion

LIBERATION et AFP / publié le 30 mai 2021 à 12h31

Les dirigeants ouest-africains se réunissent ce dimanche pour décider de leur réponse au putsch menant le colonel Assimi Goïta à la tête du Mali alors qu’Emmanuel Macron brandit la menace du retrait des troupes françaises.

Cela s’appelle un coup de pression. Avant le début d’une réunion des dirigeants ouest-africains au sujet de leur réaction attendue au double putsch des militaires maliens, Emmanuel Macron a «passé le message» dans le Journal du dimanche. Il «ne resterait pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition». Paris avait déjà dénoncé mardi un «coup d’Etat inacceptable» au Mali.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se retrouvent ce dimanche à partir de 14 heures dans la capitale ghanéenne en sommet extraordinaire exclusivement consacré au Mali. Le colonel Assimi Goïta, désormais officiellement président du Mali, est lui aussi invité à Accra. Il est même arrivé dès samedi pour des «consultations», indique un courrier de l’organisation consulté par l’AFP.

La Cour constitutionnelle malienne a déclaré vendredi le colonel Goïta président de transition du pays, parachevant le coup de force déclenché lundi contre ceux qui se trouvaient entre lui et la direction de ce pays, plongé dans la tourmente alors qu’il a un rôle crucial pour la stabilité du Sahel face à la propagation jihadiste.

Remous politiques

Il s’agit du dernier rebondissement des remous politiques commencé dans le pays par le coup d’Etat d’août 2020. Assimi Goïta et un groupe de colonels avaient alors renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta après des mois de contestation populaire. La junte avait dû, sous la pression internationale, accepter la nomination d’un président et d’un Premier ministre civils. Elle s’était engagée à organiser des élections et à rendre le pouvoir à des civils à l’issue d’une transition de 18 mois.

Les relations entre la junte militaire et le président en place, Bah N’Daw, se sont tendues à l’occasion d’un remaniement gouvernemental. Confronté à une contestation politique et sociale grandissante, ce dernier a nommé un gouvernement dont la composition déplaisait aux militaires.

Une paire de noms avaient en effet disparu de la nouvelle liste des ministres : les colonels Sadio Camara (Défense) et Modibo Koné (Sécurité), deux des cinq officiers membres du Comité national de salut du peuple (CSNP), qui avait renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta l’an dernier. Leur éviction du gouvernement a sonné comme un affront et a conduit les militaires à reprendre les choses en main. Depuis, les militaires, peu soutenus par la population, cherchent des partenaires politiques et des soutiens internationaux.

Les partenaires du Mali au défi d’une réponse

En prenant le pouvoir, Goïta foule aux pieds l’engagement pris pour une transition civile remettant en cause la tenue d’élections début 2022. La junte a dit ces derniers jours qu’elle comptait respecter le calendrier, mais a ajouté qu’il pouvait être soumis à des aléas. La Cour constitutionnelle écrit quant à elle que le colonel Goïta présidera la transition jusqu’au bout.

La communauté internationale avait imposé que la transition démocratique soit menée par des civils et non des militaires. Vendredi, dans un apparent effort pour mobiliser des soutiens intérieurs, le colonel Goïta a dit son intention de nommer «dans les jours à venir» un Premier ministre issu d’un collectif qui avait mené en 2020 des mois de contestation contre l’ancien président Keïta mais que les colonels, une fois le chef de l’Etat renversé, avaient pris soin de laisser en marge de la transition. Même avec un tel Premier ministre, la désignation d’Assimi Goïta met les voisins et les partenaires du Mali au défi d’une réponse. La Cédéao avait corédigé avec l’Union africaine, la mission de l’ONU au Mali (Minusma), la France, les Etats-Unis et d’autres un communiqué rejetant «par avance tout acte imposé par la contrainte, y compris des démissions forcées».

Une mission de la Cédéao dépêchée au cours de la semaine au Mali a évoqué l’éventualité de sanctions. La France et les Etats-Unis, engagés militairement au Sahel, en ont brandi la menace. «Au président malien, Bah N’Daw, qui était très rigoureux sur l’étanchéité entre le pouvoir et les jihadistes, j’avais dit : «L’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie !» Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai», a ainsi mis en garde Emmanuel Macron ce dimanche.

Libération