pétrole Afrique de l’Ouest : la quête du prochain Brésil s’accélère
Chevron, TotalEnergies et Shell renforcent leur présence en Afrique de l’Ouest et australe, attirées par des découvertes majeures et un potentiel géologique comparable au Brésil.
pétrole Afrique de l’Ouest
Rapide info – Les grandes compagnies pétrolières intensifient leurs investissements en Afrique de l’Ouest et australe, une région désormais perçue comme la prochaine frontière énergétique mondiale.
Afrique de l’Ouest : les majors pétrolières à la conquête du « prochain Brésil »
L’Afrique de l’Ouest et australe s’impose de plus en plus comme l’un des nouveaux épicentres de l’exploration pétrolière mondiale. Attirées par une géologie prometteuse, des réformes réglementaires et l’impératif stratégique de renouveler leurs réserves, les grandes compagnies internationales — dont Chevron, TotalEnergies et Shell — multiplient les acquisitions de blocs offshore dans l’espoir de découvrir un nouveau géant énergétique comparable au Brésil.
Une course mondiale aux nouvelles réserves
Dans un contexte où la production de schiste américain semble atteindre un plateau, les majors réorientent leurs investissements vers des zones encore largement sous-explorées. Leur objectif est clair : anticiper une demande en hydrocarbures appelée à rester élevée plus longtemps que prévu il y a seulement quelques années.
« Les grands opérateurs sont clairement dans une phase de reconstitution de leurs zones d’activité et ont réussi à sécuriser de vastes superficies », explique David Thomson, vice-président de la division Amont Afrique subsaharienne chez Welligence Energy Analytics.
Depuis 2020, environ 8,7 milliards de barils équivalent pétrole, soit près de 11 % des découvertes mondiales, ont été identifiés le long de la façade ouest-africaine, selon S&P Global Commodity Insights. La région représente également près de 14 % des liquides découverts, confirmant son potentiel stratégique.
TotalEnergies en première ligne
Le groupe français TotalEnergies apparaît comme l’acteur international le plus actif dans cette dynamique. L’entreprise a récemment finalisé des contrats de partage de production au Nigeria, au Congo-Brazzaville et au Liberia, renforçant sa présence dans un corridor énergétique en pleine expansion.
Parallèlement, plusieurs États producteurs adaptent leurs politiques pour attirer davantage de capitaux. L’Angola, deuxième producteur d’Afrique subsaharienne, a ainsi adopté fin 2024 un décret présidentiel introduisant des réformes fiscales destinées à rendre les blocs matures plus attractifs et à relancer l’exploration. Le pays a également quitté l’OPEP un an plus tôt, se libérant des contraintes de quotas de production.
Shell, qui a récemment signé un accord pour acquérir des participations dans deux blocs offshore non exploités, estime que « de nouvelles explorations, comme en Angola, sont essentielles pour maintenir la production jusqu’en 2030 ».
Le bassin MSGBC attire les investisseurs
La compétition s’intensifie également dans le bassin MSGBC (Mauritanie-Sénégal-Gambie-Guinée-Bissau-Guinée), devenu en quelques années l’une des provinces pétrolières et gazières les plus observées au monde.
Chevron a renforcé sa position dans cette zone en acquérant deux blocs au large de la Guinée-Bissau. « Cela vient s’ajouter à un ensemble exceptionnel de blocs d’exploration que nous possédons le long de toute la côte ouest-africaine, une zone extrêmement prolifique », souligne Liz Schwarze, vice-présidente de l’exploration du groupe.
Selon plusieurs analystes, ces blocs pourraient renfermer des milliards de barils, confirmant la transformation progressive du bassin en hub énergétique majeur.
L’Atlantique, miroir géologique du Brésil
Les experts établissent souvent un parallèle entre la marge ouest-africaine et les grands bassins offshore d’Amérique du Sud.
« L’Afrique et l’Amérique du Sud sont de véritables jumelles atlantiques, liées par une histoire géologique commune », observe Gil Holzman, PDG d’Eco Atlantic Oil & Gas. Les succès enregistrés au large du Brésil alimentent ainsi l’espoir de découvertes comparables sur le continent africain.
La Namibie, nouvelle frontière pétrolière
Parmi les zones les plus prometteuses, la Namibie se distingue avec environ 6,2 milliards de barils équivalent pétrole de ressources récupérables, soit un volume largement supérieur à celui de ses voisins.
Dans le bassin d’Orange, considéré comme l’une des régions d’exploration les plus attractives au monde, la coentreprise Azule Energy — associant Eni et BP — a annoncé trois découvertes majeures l’an dernier. TotalEnergies poursuit de son côté le développement du projet Venus et a acquis 40 % de la méga-découverte Mopane, dont les réserves dépasseraient 10 milliards de barils.
Rhino Resources prévoit également de nouveaux forages afin d’accélérer la mise en production.
Des défis techniques persistants
Malgré un taux de réussite supérieur à 70 % lors des campagnes de forage, la région n’est pas exempte de risques. Les eaux profondes, la complexité géologique et certains paramètres techniques — comme un ratio gaz/pétrole élevé observé sur le projet Venus — compliquent les opérations.
Shell a d’ailleurs dû enregistrer une dépréciation de 400 millions de dollars sur une découverte namibienne jugée moins rentable que prévu, tout en affirmant maintenir ses ambitions exploratoires.
Une recomposition énergétique aux implications globales
Cette ruée vers les hydrocarbures africains traduit une recomposition plus large du marché énergétique mondial. À mesure que les provinces traditionnelles s’essoufflent, l’Afrique de l’Ouest et australe pourrait devenir l’un des piliers de l’approvisionnement futur.
Pour les pays concernés, l’enjeu dépasse la simple production : il s’agit de transformer ces ressources en levier de croissance, de stabilité macroéconomique et de développement industriel — tout en répondant aux exigences croissantes de la transition énergétique.
Si les promesses géologiques se confirment, la région pourrait bien incarner, dans les prochaines décennies, le « prochain Brésil » que recherchent aujourd’hui les majors.
Source : Reuters, 2026.



