Ghazouani et 3e mandat : Appel au respect de la Constitution mauritanienne
Lettre au président Ghazouani : « Monsieur le Président, ne trahissez pas votre serment, la Mauritanie vaut plus qu'un troisième mandat »


3e mandat- Dans une lettre ouverte poignante adressée au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, l’observateur politique Abdoulaziz Deme lance un appel solennel au respect de la Constitution et du serment sacré prêté devant Allah. Alors que les appels de courtisans à un 3e mandat en 2029 commencent à se faire entendre, l’auteur rappelle les dérives du passé, l’impératif républicain d’une alternance démocratique et l’obligation morale d’honorer la parole donnée.
Lettre au président Mohamed ould cheikh Ghazouani.
Monsieur le Président, ne trahissez pas votre serment : la Mauritanie vaut plus qu’un troisième mandat.
Un appel à la conscience d’un homme d’État
Excellence Monsieur le Président de la République,
Vous avez été élu une première fois en 2019, puis réélu en août 2024 pour un second mandat de cinq ans. Selon les dispositions claires et sans ambiguïté de la Constitution que vous avez juré de respecter, votre mandat prendra fin en août 2029.
La loi fondamentale de la République islamique de Mauritanie, dans son article 28, stipule sans détour : « Le Président de la République est rééligible une seule fois. » Et nul ne peut exercer plus de deux mandats, successifs ou non.
Ce ne sont pas là des simples formules juridiques.
Ce sont des remparts érigés par la volonté nationale pour protéger la Mauritanie du continisme, cette maladie chronique qui a rongé tant de nations africaines et arabo-musulmanes.
Le serment devant Allah : un engagement sacré.
Monsieur le Président, le jour de votre investiture, vous avez prêté un serment solennel dont les termes méritent d’être rappelés mot pour mot. L’article 29, troisième alinéa de la Constitution, prescrit que le Président de la République prête le serment suivant :
« Je jure par Allah l’Unique de ne point prendre ni soutenir, directement ou indirectement, une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives à la durée du mandat présidentiel et au régime de son renouvellement prévus aux articles 26 et 28 de la présente Constitution. »
Ce serment, vous l’avez prononcé devant Allah, devant le peuple mauritanien et devant l’histoire. Vous ne pouvez pas, en tant que musulman pieux et homme de principe, prêter ce serment avec la main sur le Coran puis chercher, par des voies détournées, à le vider de sa substance.
L’islam est catégorique sur ce point : le respect de la parole donnée et du serment est une obligation sacrée. Le Très-Haut dit dans le Coran : « Et tenez vos engagements, car on vous demandera des comptes sur vos engagements » (Sourate Al-Isra, verset 34).
Allah ne se laisse pas berner par des arguties juridiques. Réviser la Constitution pour supprimer la limite des mandats, puis prétendre que « la Constitution ne m’interdit plus de me représenter », c’est se jouer d’Allah Lui-même.
Car ce n’est pas la lettre amendée qui compte, c’est le serment originel : vous avez juré de ne point soutenir, directement ou indirectement, une initiative qui pourrait conduire à cette révision.
Le verbe est clair. L’adverbe « indirectement » est explicite. La conditionnalité « pourrait conduire » englobe tous les chemins, y compris les plus tortueux.
Les courtisans du troisième mandat : une menace pour vous et pour la Mauritanie
Monsieur le Président, le danger ne vient pas de vous seul. Il vient de ces voix qui, de plus en plus nombreuses, murmurées ou clamées dans des cérémonies officielles, vous appellent à briguer un troisième mandat.
Ces courtisans ne défendent ni la Mauritanie, ni votre honneur. Ils défendent leurs propres intérêts, leurs privilèges et leurs positions.
Certains parmi eux étaient déjà là, hier, autour d’un autre président. Ils lui ont soufflé les mêmes mots, tendu les mêmes miroirs, promis les mêmes fidélités éternelles.
Et où est aujourd’hui cet autre président ? En prison. Ses courtisans ont disparu dans la nature, se sont retournés contre lui ou ont négocié leur survie à ses dépens. L’histoire bégaie, mais elle ne pardonne pas.
Monsieur le Président, ces zélateurs qui vous entourent aujourd’hui et vous poussent vers un troisième mandat ne seront pas là le jour où il faudra rendre des comptes. Ils ne partageront pas votre sort devant l’histoire, ni devant la justice des hommes.
Leur loyauté est mesurée à l’aune de ce qu’ils peuvent obtenir de vous, pas de ce qu’ils peuvent vous apporter. Ils vous flattent aujourd’hui ; ils vous accableront demain.
Ne les écoutez pas. Ne leur laissez pas l’initiative de ternir votre héritage. Ne leur permettez pas de vous entraîner dans une erreur historique, monumentale, irréparable.
La prudence des mots : pourquoi vos déclarations ne suffisent pas.
Lors de votre conférence de presse du 24 juillet 2026, vous avez déclaré : « Je ne soutiendrai rien qui soit contraire à la Constitution ou qui ne bénéficie pas de la volonté du peuple. » Ces paroles vont dans le bon sens, Monsieur le Président, et nous vous saluons pour cela.
Mais elles ne suffisent pas.
Comme l’ont souligné des constitutionnalistes et des hommes politiques avertis, affirmer que l’on ne violera pas la Constitution n’exclut pas explicitement une révision des articles verrouillés. Or, si ces articles venaient à être modifiés, une nouvelle candidature ne constituerait plus, formellement, une violation de la Constitution amendée.
Ce serait cependant une violation flagrante de l’esprit de votre serment et de la confiance que le peuple mauritanien a placée en vous.
La seule position réellement claire, réellement honorable, consisterait à déclarer sans équivoque : « Je refuse toute modification des articles 26 et 28 de la Constitution, et je ne solliciterai pas un troisième mandat. » Tout le reste est ambiguïté, et l’ambiguïté, dans ce domaine, est une trahison rampante.
La Mauritanie n’a pas besoin d’un homme à vie, mais d’un système à perpétuité
Monsieur le Président, la grandeur d’un homme d’État ne se mesure pas au nombre d’années passées au pouvoir. Elle se mesure à sa capacité à poser des actes qui survivent à son mandat.
Les plus grands leaders de l’histoire sont ceux qui ont su quitter le pouvoir au bon moment, par choix et par principe, et non par contrainte ou par chute.
Nelson Mandela a quitté le pouvoir après un seul mandat. Le général de Gaulle s’est retiré plutôt que de s’accrocher. Lee Kuan Yew a transmis le relais de son vivant. Dans le monde arabo-musulman, des figures comme Habib Bourguiba ont fini par être écartées précisément parce qu’elles n’avaient pas su partir à temps.
La Mauritanie a connu, en 2019, la première transition civile et constitutionnelle de son histoire.
Ce fut une victoire que beaucoup vous attribuent, à juste titre. Ne transformez pas cette victoire en défaite. Ne réduisez pas cette première historique à un simple intermède entre deux phases de pouvoir personnel.
Votre véritable héritage : une alternance pacifique et exemplaire.
Monsieur le Président, votre plus bel héritage ne serait pas un troisième mandat obtenu de force ou par manœuvre constitutionnelle. Votre plus bel héritage serait d’être le premier président mauritanien à transmettre le pouvoir, librement et constitutionnellement, à un successeur élu par le peuple.
Cela seul suffirait à vous inscrire dans l’histoire de la Mauritanie comme un bâtisseur et non comme un accapareur. Cela seul honorerait votre serment. Cela seul protégerait votre famille, votre dignité et votre place dans la mémoire collective.
La Mauritanie a assez souffert du politique qui se confond avec le personnel, du parti qui se confond avec l’homme, de l’État qui se confond avec le régime. Il est temps de bâtir des institutions qui survivent aux hommes.
Un dernier mot : la clause de conscience.
Monsieur le Président, vous êtes un musulman. Vous savez que chaque parole, chaque serment, chaque engagement prononcé devant Allah sera pesé le jour du Jugement.
Le pouvoir terrestre est éphémère ; la justice divine est éternelle.
Celui qui prête serment par Allah pour ne pas modifier la limitation des mandats, puis cherche à le faire, ne trompe que lui-même. Celui qui laisse son entourage préparer le terrain pour un troisième mandat tout en se déclarant « respectueux de la Constitution » joue avec des mots qu’Allah connaît mieux que quiconque.
Ne laissez pas votre entourage vous induire en erreur monumentale. Ne laissez pas des courtisans intéressés décider de votre place dans l’histoire.
Ne laissez pas la soif de pouvoir, qui n’est peut-être même pas la vôtre mais celle des autres, ternir un parcours que vous pouvez encore couronner par un acte de grandeur.
Dites-le clairement, dès maintenant, sans attendre : la Constitution est un engagement sacré, mon serment devant Allah est irrévocable, et je ne me présenterai pas en 2029.
Ce jour-là, Monsieur le Président, vous ne perdrez rien. Vous gagnerez l’honneur, la gratitude de votre peuple et, par la grâce d’Allah, Sa satisfaction.
La Mauritanie survivra à tous ses présidents. Mais seuls survivront dans les mémoires ceux qui auront su partir à temps.
« Et quiconque craint Allah, Il lui donnera une issue favorable et lui accordera Ses dons d’où il ne s’y attendait pas. »
Sourate At-Talaq, versets 2-3.
Abdoulaziz DEME simple observateur politique
Le 04 Août 2026



