La réaction du président Samba Thiam au discours de Ghazouani

79083012 10156852934030544 3260980037184126976 n e1613872579487
79083012 10156852934030544 3260980037184126976 n e1613872579487

Discours de célébration du 59ème anniversaire par Ghazouani, le 28 novembre 2019 à Akjoujt,

Réaction

Je ne pense pas qu’il y’ait quelqu’un sur la scène politique nationale, qui se soit, plus que moi, opposé au Président Abdel Aziz. Si on en trouve c’est une minorité. Je l’ai fait en toute objectivité, de façon directe et frontale, à chaque fois que j’avais à apprécier, ou redire sur son action politique. Je voudrais adopter la même position avec Ghazouani, même si je sais qu’il ne fait pas ‘’ bonne image ’’, en ces temps d’euphorie et de retournement de vestes coutumier, d’adopter une telle attitude.

L’intellectuel, comme le journaliste, – je ne suis ni l’un ni l’autre-, se doit nous dit A. Londres, non pas de plaire mais d’armer, de dire ce qui est.

En soumettant le Discours de Ghazouani à ma grille de lecture, qu’est ce que je retiens ? Un discours général, évasif, toujours avec des déclarations d’intention louables, mais qui reste muet sur les questions de fond qui me préocupent …

Promesse d’honorer ses engagements, rappel de ses actes posés, entre autres celui d’avoir ‘’consolidé l’unité nationale’’ par l’ouverture aux acteurs politiques. Une vision tout à fait réductrice, étriquée à mon sens, de la question centrale de l’Unité , qui ne peut se résumer à l’ouverture à une Opposition. Cela participe , sans nul doute, de l’apaisement du climat politique, mais pas nécessairement de la consolidation de l’Unité. Loin s’en faut; il en faut beaucoup plus ! Ouverture du reste marquée par des limites…Jusqu’ici un parti politique légal comme l’Ajd-mr n’a pas été convié, certaines notabilités et acteurs politiques significatifs non plus. Pourquoi, si comme on le distille, nous avons tourné le dos avec Ghazouani, à l’esprit et à la pratique ethniciste et de copinage qui imprègne nos mœurs politiques?

Autre aspect noté, cette multiplication de structures comme la Délégation à la pauvreté, le Conseil présidentiel, le Conseil superieur et la haute Autorité de l’Education, en fait, des structures peu ou prou de même type ou de même vocation que le médiateur de la République de naguère, qui n’avait rien donné , ou pas servi à grand-chose …Le mal, profond, est dans l’Administration ; tant qu’elle reste en l’état, gangrenée par la corruption , le laxisme , la complaisance des agents, l’absence de conscience morale et professionnelle, (des dossiers non plus transmis aux services par des plantons mais par les interessés eux-mêmes ) cette flopée de structures n’y feront rien… L’allure générale du mouvement ou du changement doit être impulsée du sommet pour forcer au changement des comportements. Par ailleurs, ‘’ L’Ecole républicaine fédératrice’’ -au sens premier que lui donnait Jules Ferry- dont on parle ici, n’éclosera, que lorsqu’on se sera attaqué au nœud du problème qui est l’inégalité structurelle, instaurée entre les enfants à la base, par la domination et l’instrumentalisation d’une langue, d’une culture sur les autres …

Ce texte, en conclusion, s’il recèle quelque chose de positif, une offre quelconque, c’est en direction, une fois de plus, des fils d’esclaves, et de certains segments d’une communauté, sans plus. Il tente d’adresser, en filigrane, la problématique haratine surtout .

Le président, visiblement, ne semble pas accorder l’attention particulière requise à la question centrale de l’Unité. Enfin, que dire d’une structure qui, pour être chargée de débloquer des dossiers des citoyens, se voit logée au ministère des Transports ??? A qui parle-t-on ?

Non, le Discours de Ghazouani ne me parle pas,

ne nous parle pas…

Cela dit, j’avoue ne pas comprendre l’indifférence des cadres intellectuels et politiques face à l’ actualité ; actualité aussi cruciale que le discours du Président de la république qui ne suscite aucune réaction des plus concernés par cette oppression dévastatrice! Je ne peux pas comprendre cette passivité générale qui s’installe…On lit, on consomme et on garde le silence …

Samba Thiam

Nouakchott 4 /12/2019