La condamnation de l’annexion des régions ukrainiennes par la Russie votée à l’ONU

La condamnation de l’annexion des régions ukrainiennes par la Russie votée à l’ONU

Publié dans .lefigaro.fr hier à 19:51, Mis à jour hier à 23:14 Par Maurin Picard

DÉCRYPTAGE – L’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution condamnant l’annexion «illégale» de régions ukrainiennes par la Russie à 143 voix pour, face à cinq pays contre et 35 abstentions.

La Russie a tout tenté pour contrarier le vote d’une résolution condamnant l’annexion illégale de régions d’Ukraine, à l’Assemblée générale des Nations unies. En suggérant, tout d’abord, que le vote soit tenu secret, pour permettre au maximum d’États de participer. Mais la proposition a été rejetée, lundi 10 octobre, par 107 États sur les 193 que compte l’Assemblée, contre 13 voix favorables et 39 abstentions. En s’efforçant, ensuite, de procéder au vote avant l’ouverture du pupitre au débat public, réclamé par 65 États. Le but, pour Moscou, était de rendre inaudible le concert attendu de protestations contre ses conquêtes territoriales en Ukraine. Là encore, l’initiative a échoué.

À l’origine du texte, l’Union européenne rappelle, par la bouche de son envoyé spécial Silvio Gonzato, que «si nous ne condamnons pas aujourd’hui les actions de la Fédération de Russie en Ukraine, nous ouvrons grande la porte pour des attaques flagrantes similaires contre n’importe lequel de nos pays demain.» L’Assemblée générale a voté pour la condamnation de ces annexions, avec 143 voix pour, 5 contre et 35 abstentions. À Turtle Bay, la Russie a pu compter ses soutiens sur les doigts d’une main: Biélorussie, Corée du Nord, Nicaragua et Syrie. D’autres puissances « neutres » (Brésil, Inde, Chine, Pakistan) et nombre de pays africains, dont l’Afrique du Sud, se sont prudemment abstenues. Moscou comptait sur leur silence, ainsi que sur celui du reste des «non-alignés» d’Amérique du Sud et d’Asie pour rompre son isolement mondial commencé le 24 février dernier, jour de l’invasion de l’Ukraine.
Signes d’usure

Depuis avril, les diplomates occidentaux perçoivent les signes grandissants d’une «usure» des pays dits «du Sud», au regard de la guerre en Ukraine. Soucieux des importations agroalimentaires interrompues, des fléaux conjugués de la famine et d’une inflation exponentielle, ces pays expriment désormais ouvertement leur exaspération face à ce qu’ils considèrent comme une obsession de l’Occident, alors que sévissent d’autres conflits dévastateurs en Syrie, en Éthiopie, au Yémen.

Pour en avoir le cœur net, l’organisation non-gouvernementale International Crisis Group a passé au crible les interventions des États membres de l’ONU lors de la «semaine de haut niveau» fin septembre à New York. Alors que 141 États sur 193 avaient condamné l’agression russe en février, 54 dirigeants sur les 156 recensés ont pris soin de ne pas mentionner le conflit dans leur discours. Seuls 18 leaders africains sur 53 ont omis de citer le nom de la Russie.

La réunion d’urgence de l’Assemblée générale, organisée à la demande de l’Ukraine et de l’Albanie, faisait suite à celle tenue au Conseil de sécurité, vendredi 7 mars, lors de laquelle la Russie avait brandi son veto contre une résolution condamnant les annexions de territoires ukrainiens.

Frustrée par la pusillanimité de l’ONU dans la crise, Kiev reproche à ses partenaires occidentaux de ménager la chèvre et le chou, avec leurs initiatives jugées parcimonieuses contre la Russie. C’est pour «mieux garder sa poudre sèche», résume l’International Crisis Group dans son rapport, les chancelleries occidentales redoutant que trop de résolutions accusatrices ne finissent par diluer le message et aliéner définitivement les pays non-alignés. L’un des 13 soutiens au principe de vote secret, lundi, était l’Égypte du président Abdel Fattah al-Sissi, officiellement allié des États-Unis. «L’heure est venue de s’engager au nom de l’Ukraine», clamait pour sa part le secrétaire d’État américain Antony Blinken. «Elle n’est plus aux abstentions, aux paroles apaisantes ou aux équivoques sous le prétexte de la neutralité, Les principes fondateurs de la charte des Nations unies sont en jeu.»
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