JMTSI 2026 : Comment la Mauritanie accélère le tempo de sa transformation numérique
À l'occasion de la JMTSI 2026 à Nouakchott, la Mauritanie dévoile son bilan numérique exceptionnel : 80% de pénétration internet, plus de 9100 km de fibre optique et le cap fixé vers la 5G et la souveraineté numérique. Analyse d'une transformation à marche forcée.

JMTSI 2026 : comment la Mauritanie blinde son infrastructure numérique
Par Rapide info — Publié le 19 mai 2026 à Nouakchott
Alors que le pays célèbre la Journée Mondiale des Télécommunications (JMTSI 2026) au Sheraton de Nouakchott, l’écosystème mauritanien affiche une ambition claire : s’affranchir des vulnérabilités du passé et propulser le pays dans l’ère de la 5G grâce à une alliance public-privé inédite.
C’est une image forte qui est venue marquer l’ouverture de la JMTSI 2026 ce matin à Nouakchott. Une projection en mapping vidéo retraçant, ligne après ligne, l’évolution de la carte réseau du pays. Là où le territoire national n’affichait autrefois qu’une connectivité timide, se dessine désormais une toile serrée : plus de 9 100 kilomètres de fibre optique terrestre interconnectent aujourd’hui le pays. Une performance technique qui dépasse largement les objectifs initiaux de l’Agenda Numérique 2022-2025 (fixés à 8 000 km) et symbolise le coup d’accélérateur structurel amorcé depuis 2021.
Réunis sous la bannière commune de la « Famille du Numérique », le Ministère de la Transformation Numérique (MTNIMA), l’Autorité de Régulation (ARE) et les quatre opérateurs nationaux détenteurs de la licence 5G (Moov Mauritel, Mattel, Chinguitel et Rimatel) font front commun. L’enjeu dépasse la simple célébration : il s’agit de sanctuariser les fondations de l’économie numérique du pays.
Le traumatisme d’ACE : de la dépendance à la résilience
Pour comprendre la ferveur qui anime les 120 experts, décideurs et régulateurs présents au Sheraton, il faut se souvenir d’un événement critique : la panne historique du câble sous-marin ACE (Africa Coast to Europe). En coupant l’unique cordon ombilical de données de la Mauritanie, l’incident avait brutalement fait chuter le routage national de 88 à seulement 29 préfixes IPv4. Une quasi-paralysie qui a servi d’électrochoc.
« Lignes de vie du monde numérique : Renforcer la résilience dans un monde connecté »
Le thème mondial résonne ici comme un ordre de marche. La réponse mauritanienne ne s’est pas fait attendre. Pour briser ce monopole et éviter un risque systémique, le pays a activé le câble sous-marin WAC (Maroc Telecom West Africa Cable) opéré par Moov Mauritel à Nouadhibou, dote son écosystème d’un point d’échange Internet (IXP) fonctionnel géré par la SDIN, et prépare le raccordement stratégique au câble EllaLink d’ici le premier trimestre 2027. En parallèle, la bande passante internationale utilisée est passée de 75 Gbps en 2021 à plus de 500 Gbps aujourd’hui.
Des indicateurs macro-numériques au vert
Le diagnostic pays (DE4A) publié par la Banque Mondiale en mars 2025 est formel : « les fondations d’une économie numérique robuste ont été établies ». Les chiffres consolidés à l’occasion de cette journée dressent le portrait d’un bond technologique spectaculaire :
| Indicateur clé | Situation actuelle (2024-2026) | Dynamique constatée |
| Pénétration Internet | 80 % | Contre seulement 31 % en 2021 |
| Pénétration mobile brute | 119 % | Un marché dynamique à 99% prépayé |
| Taux d’équipement Smartphones | 69 % | L’un des taux les plus élevés de la sous-région |
| Dorsale Fibre Optique (Backbone) | 9 145 km | Objectif initial de l’Agenda 2025 pulvérisé |
L’horizon 5G et la souveraineté numérique
Au-delà des tuyaux et des câbles, la JMTSI 2026 s’est penchée sur les usages de demain. Au cœur des débats : l’arrivée imminente de la 5G et l’intégration de l’intelligence artificielle appliquée aux infrastructures, décryptées lors d’une masterclass par l’experte internationale Dr. Imen Ben Chaâbane.
Mais pour le Ministre Ahmed Salem BEDE, l’ingénieur-docteur aujourd’hui à la tête du MTNIMA, la connectivité doit impérativement s’accompagner d’une souveraineté forte. C’est pourquoi le pays accélère sur trois piliers régaliens :
- La confiance numérique : Pilotée par l’ANCCE (créée en 2024), avec le déploiement du centre de réponse aux incidents cyber (MAURICERT) et d’un SOC (Security Operations Center).
- L’identité citoyenne : Avec 92 % de la population enrôlée dans le système biométrique de l’ANRPTS et le succès de l’application mobile HOUWIYETI, saluée par la Banque Mondiale pour sa gestion d’état civil à distance.
- La révolution Fintech : Un cadre légal libéralisé qui a permis aux volumes et valeurs du Mobile Money de doubler en un an, soutenu par le Digilab de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) qui planche activement sur l’e-ouguiya, la future monnaie numérique centrale.
Alors que l’Agenda de Transformation Numérique 2022-2025 touche à sa fin, les regards se tournent déjà vers l’Agenda 2030. Les défis restent de taille : désenclaver les zones rurales et densifier le très haut débit. Mais avec une feuille de route claire et une « Famille du Numérique » unie, la Mauritanie prouve qu’elle ne veut plus simplement suivre le rythme de l’Afrique digitale : elle entend bien le dicter.
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