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La jeunesse africaine ou cette génération qui gagne les combats des autres

La jeunesse africaine ou cette génération qui gagne les combats des autres

Il a vingt-cinq ans. Pendant des mois, il a battu le macadam. Il a participé aux réunions de quartier, fait du porte-à-porte, convaincu ses amis, parfois même sa propre famille. Il a marché sous le soleil, collé des affiches, passé des nuits entières à refaire le pays dans les veillées politiques. Comme beaucoup, il croyait qu’un nouveau chapitre de l’histoire était en train de s’écrire. Quelques mois plus tard, les ministres ont changé. Les discours ont changé. Les visages ont changé. Lui est toujours au même endroit. Sans emploi. Sans accès au crédit. Sans capital. Sans véritable place dans un système qu’il a pourtant contribué à transformer.

Cette histoire n’est pas celle d’un seul jeune. Elle est celle de millions d’Africains. Depuis les indépendances, le même scénario se répète avec une étonnante régularité. La jeunesse se mobilise, les régimes changent, les promesses fleurissent, puis les anciennes logiques réapparaissent sous de nouveaux visages. Pendant longtemps, nous avons cru que le problème venait de l’âge des dirigeants. C’était une erreur de diagnostic. Des responsables jeunes ont reproduit les mêmes pratiques que leurs aînés, parfois avec davantage d’efficacité.

Ce qui se perpétue n’est pas un visage.C’est un système.Un système de relations, d’influences et de privilèges qui survit aux alternances. Il contrôle l’accès aux opportunités économiques, aux financements et aux positions d’influence. Les hommes passent. Les réseaux demeurent. Et c’est pourquoi changer un dirigeant ne change presque jamais les règles du jeu. Pendant que les élites continuent de se disputer le pouvoir, une autre révolution est discrètement en marche.
Selon l’Organisation internationale du travail, l’Afrique subsaharienne voit arriver chaque année près de douze millions de jeunes sur le marché de l’emploi. L’économie formelle n’en absorbe qu’une fraction. Les autres n’attendent plus qu’une administration les recrute ou qu’un ministre leur tende la main. Alors ils ont cessé d’attendre.

Partout sur le continent, des jeunes créent des entreprises avec un téléphone portable, un ordinateur d’occasion ou quelques économies familiales. Ils développent des applications, vendent en ligne, travaillent à distance, exportent vers des marchés situés à des milliers de kilomètres et construisent parfois leur avenir sans passer par les circuits traditionnels du pouvoir.
Pour la première fois dans notre histoire, une partie de la jeunesse africaine a un accès direct au monde. Elle compare les politiques publiques, suit des formations internationales, construit des réseaux professionnels transnationaux et découvre chaque jour que ses limites ne sont pas toujours celles que lui imposent ses frontières.

Cette révolution est silencieuse. Elle ne produit ni slogans ni manifestations spectaculaires. Pourtant, elle transforme déjà le rapport d’une génération entière au pouvoir, au travail et à la réussite.Ce que cette jeunesse réclame n’est pas qu’on la célèbre. Elle demande simplement qu’on cesse de lui barrer la route.Car ce qui la freine n’est ni un manque de talent, ni un manque de courage, ni un manque d’idées. Ce sont des règles souvent conçues pour protéger les positions acquises, des systèmes économiques qui favorisent ceux qui sont déjà installés et des institutions qui compliquent parfois ce qui devrait être simple.Ces obstacles ne sont pas des accidents.Ils sont l’architecture.La vraie question n’est donc pas de savoir quand la jeunesse africaine accédera au pouvoir. Elle est de savoir si nos États sont prêts à faire confiance à ceux qui arrivent. Une école qui apprend à créer plutôt qu’à réciter. Une administration qui accompagne au lieu de décourager. Une justice qui protège l’initiative. Une économie qui récompense l’effort davantage que la proximité avec le pouvoir. Ce ne sont pas des utopies. Ce sont des choix.
Pendant longtemps, les générations africaines ont cru que la conquête du pouvoir ouvrait les portes du changement. La génération actuelle découvre une réalité différente. Dans un monde connecté, la véritable bataille n’est plus seulement de conquérir le pouvoir. Elle consiste à conquérir les opportunités, le savoir, l’innovation et la capacité de créer sa propre trajectoire.

La jeunesse africaine a déjà démontré qu’elle pouvait faire tomber ce qui semblait immuable.
Le défi qui s’ouvre devant elle est plus grand encore. Il consiste à transformer son énergie en entreprises durables, son indignation en institutions solides, ses aspirations en savoirs et ses rêves en projets capables de changer la société. Car le véritable risque n’est peut-être pas qu’elle échoue. Le véritable risque est qu’elle réussisse malgré tout, malgré les obstacles, malgré les lenteurs, malgré les blocages, et qu’un jour elle finisse par considérer que ses rêves ont davantage besoin du monde que de ses propres institutions. Ce jour-là, la plus grande fuite des cerveaux de l’histoire africaine ne passera peut-être pas par les aéroports. Elle se produira dans les esprits. Des millions de jeunes continueront de vivre sur le continent tout en construisant leur avenir ailleurs. Et ce ne sera pas la jeunesse qui aura abandonné l’Afrique. Ce sera l’Afrique qui n’aura pas su retenir sa jeunesse.

Mansour LY- le 7 juin 2026

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