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La jeunesse en Mauritanie craque : quand la chronique saigne

Pourquoi la jeunesse en Mauritanie craque-t-elle ? Entre drogue, santé mentale oubliée et faits divers tragiques, découvrez les clés pour sauver cette génération.

La jeunesse en Mauritanie fait face à une crise sans précédent. Des sinistres et macabres faits divers défraient la chronique au Gorgol, au Brakna et au Trarza. En début mai à Maghama, un jeune poignarde à mort son ami. À Kaédi, un cas similaire s’était produit peu après. Avant-hier à Boghé, hier à Rosso. Le drame est que la plupart de ces jeunes a moins de trente ans. Tous ces cas de meurtres ont un même soubassement : des troubles psychotiques non pris en charge, une jeunesse qui s’accroche à la drogue, faute d’accompagnement. Derrière les manchettes, c’est donc une perte de repères qui crie.

Gorgol, Brakna, Trarza : quand la jeunesse craque, la chronique saigne

Des sinistres et macabres faits divers défraient la chronique au Gorgol, au Brakna et au Trarza. En début mai à Maghama, un jeune poignarde à mort son ami. À Kaédi, un cas similaire s’était produit peu après. Avant-hier à Boghé, hier à Rosso. Le drame est que la plupart de ces jeunes a moins de trente ans. Tous ces cas de meurtres ont un même soubassement : des troubles psychotiques non pris en charge, une jeunesse qui s’accroche à la drogue, faute d’accompagnement. Derrière les manchettes, c’est donc une perte de repères qui crie.

D’abord, la santé mentale reste invisible. Psychoses, épisodes délirants, dépressions frappent fort chez les jeunes. Pourtant, en Mauritanie, les centres psychiatriques sont concentrés à Nouakchott. Dans les moughataas, il n’y a ni écoute ni suivi. À cela s’ajoute la stigmatisation : « c’est la folie, on cache ». De fait, on soigne le drame après coup, mais pas la cause avant.

Ensuite, la drogue joue le rôle d’anesthésiant social. Tramadol, yamba, mélanges artisanaux désinhibent, déclenchent l’agression et brouillent le jugement. Or, sans emploi, sans perspective et sans cadre, ces substances deviennent un refuge. Un refuge fragile qui explose à la moindre dispute.

Enfin, le lien social se distend. Famille, quartier, école, mosquée ne jouent plus leur rôle de filet. Entre chômage, pression sociale et modèles venus des réseaux, beaucoup de jeunes grandissent seuls. Dès lors, quand le repère saute, un conflit de rien du tout finit au couteau.

Face à ce constat, il faut attaquer les racines avant le prochain drame. D’une part, rapprocher les soins psychiatriques du terrain s’impose. Il s’agit de créer des cellules d’écoute dans chaque moughataa, avec un infirmier formé et une ligne verte gratuite pour dépister tôt et orienter sans juger. Parallèlement, il faut dé-stigmatiser à la mosquée et à l’école en formant imams et enseignants. L’objectif est simple : faire comprendre que consulter un psychiatre, c’est comme consulter pour le palu. De plus, les agents de santé doivent être formés pour repérer les signes d’alerte : isolement, agressivité, consommation soudaine.

D’autre part, la prévention contre la drogue doit parler vrai. Plutôt que des discours moralisateurs, ce sont les paroles de jeunes à jeunes qui passent : des anciens consommateurs réinsérés qui témoignent dans les lycées et quartiers. Dans le même temps, il faut renforcer le contrôle du trafic de tramadol, mais surtout proposer des alternatives concrètes : sport, ateliers, micro-projets financés localement. Enfin, les parents ont un rôle clé et doivent être formés à travers les associations de parents d’élèves pour repérer la consommation et réagir sans violence.

Par-dessus tout, il est urgent de recoudre le lien social. Pour cela, les maisons des jeunes doivent redevenir fonctionnelles : pas seulement quatre murs, mais des coachs, du foot, de la couture, du code, de l’élevage. Bref, un endroit où on appartient à quelque chose. Dans le même esprit, un mentorat communautaire peut faire la différence : que chaque notable et chaque cadre du quartier « adopte » cinq jeunes pour l’écoute, le conseil et l’accès aux stages. Enfin, les médias locaux ont leur part : moins de relais du fait divers, plus de reportages sur ceux qui s’en sortent, afin de montrer que d’autres chemins existent.

En somme, Maghama, Kaédi, Boghé, Rosso… Ces noms ne doivent pas devenir une litanie. La violence des jeunes est un symptôme, pas une fatalité. Le vrai combat est donc celui de l’accompagnement : soigner l’esprit, décrocher de la drogue, recréer du lien. Cela prend du temps, mais cela coûte moins cher qu’un cercueil. Et cela commence maintenant, dans chaque quartier, chaque famille.

Pour Rapide info Yahya Niane

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