Dialogue politique en Mauritanie : le plaidoyer pour la cohérence de M. M. Bâ
Analyse exclusive de Mamadou Moustapha Bâ sur le dialogue politique en Mauritanie. Face aux tabous constitutionnels, il appelle à la maturité démocratique.
Dialogue politique en Mauritanie- Nouakchott, le 10 juin 2026. Alors que le Président de la République multiplie les consultations avec la majorité et l’opposition, l’initiative se heurte à une équation politique complexe, entre fragmentation des forces et crispations constitutionnelles. Dans cette tribune lucide, Mamadou Moustapha Bâ, Président du PAREN-VE, analyse les paradoxes d’un dialogue national proclamé « sans tabou » mais freiné par les calculs partisans. Il signe un vibrant plaidoyer pour la cohérence politique, la maturité démocratique et l’intérêt supérieur d’une Mauritanie en quête de cohésion.
J’ai suivi à distance les rencontres initiées par le Président de la République avec, tour à tour, la majorité présidentielle et les différents pôles de l’opposition. Cette démarche mérite d’être saluée, car elle traduit une volonté de maintenir ouverts les canaux de communication entre les acteurs politiques à un moment où le climat national et régional exige davantage de dialogue et de concertations régulières.
Cependant, cette initiative semble se heurter à une séquence politique particulièrement complexe. D’un côté, une opposition fragmentée, traversée par des rivalités de leadership, des conflits de générations et des divergences stratégiques qui limitent sa capacité à porter une position unifiée. De l’autre, une majorité présidentielle forte de sa légitimité institutionnelle et de son assise politique, mais dont la fermeté peut parfois être perçue comme une réticence à faire évoluer les termes du débat.
Dans cet environnement, le sommet de l’exécutif se retrouve dans une position délicate : celle d’un facilitateur qui cherche à favoriser le dialogue tout en évitant d’en dicter les conclusions. Or, l’histoire politique enseigne que les périodes de transition ou de tension ne sont jamais résolues par la seule bonne volonté des institutions ; elles exigent également une capacité des acteurs à dépasser leurs intérêts immédiats au profit d’une vision nationale plus large.
L’une des contradictions les plus frappantes de la période actuelle réside dans la revendication d’un dialogue national inclusif « sans tabou », tout en exigeant simultanément que certaines questions soient exclues du champ de la discussion. Une telle position soulève un problème de cohérence intellectuelle et politique. Car si le dialogue est réellement sans tabou, aucune question d’intérêt national ne devrait être interdite de débat. Et si certaines questions doivent être exclues, alors il faut assumer que le dialogue est encadré par des limites préalablement définies.
La question « des mandats » illustre parfaitement cette tension. Qu’on soit favorable ou opposé à son examen est un débat politique légitime. Mais considérer que le simple fait d’en discuter constitue une transgression revient à confondre respect de la Constitution et sacralisation de celle-ci. Une Constitution n’est pas un texte religieux ; elle est une construction juridique et politique élaborée pour organiser la vie collective. Sa force ne réside pas dans son caractère intangible, mais dans la légitimité des procédures démocratiques qui régissent son application et, le cas échéant, sa révision.
La véritable maturité démocratique ne consiste pas à interdire certains débats, mais à permettre leur tenue dans un cadre institutionnel respectueux de l’État de droit. Une démocratie sûre d’elle-même n’a pas peur des questions ; elle a confiance dans ses institutions pour y répondre.
Au fond, le défi auquel la Mauritanie est aujourd’hui confrontée n’est pas seulement celui du dialogue, mais celui de la cohérence politique. La majorité, l’opposition et l’ensemble des acteurs nationaux devront démontrer leur capacité à placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des calculs partisans. Car un dialogue n’est utile que lorsqu’il permet de rapprocher les positions, non lorsqu’il devient le prolongement des rapports de force par d’autres moyens.
L’avenir du processus dépendra donc moins des sujets inscrits à l’ordre du jour que de la volonté réelle des acteurs d’accepter une vérité simple : dans une démocratie, aucun sujet ne devrait être tabou ; seules les règles de droit et la souveraineté du peuple doivent constituer les limites du débat politique.
C’est pourquoi un appel à la raison et à la compromission politique s’impose, non pas comme renoncement aux principes, mais comme exigence de réalisme politique. Le peuple mauritanien aspire profondément à cela : se parler, se reconnaître et dépasser des clivages qui, à force d’être entretenus, fragilisent la cohésion nationale.
10/06/2026
Mamadou Moustapha Bâ Président du PAREN-VE



