Dialogue politique en Mauritanie : Les coulisses de la réunion de 10h entre Ghazouani et l’opposition
Récit exclusif des 10 heures de négociations au Palais présidentiel entre le président Ghazouani et l'opposition : mandats, contrat Addax, et couvre-feu.
Au cœur du Palais présidentiel, une réunion fleuve de près de dix heures a dessiné les contours d’un dialogue politique en Mauritanie en quête de second souffle. Face à une opposition qui réclamait son arbitrage sur la question des mandats constitutionnels, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a choisi de maintenir une neutralité stricte, tout en ouvrant le débat sur l’économie et la sécurité régionale.
Dialogue politique en Mauritanie – Au cœur du Palais présidentiel, une réunion fleuve de près de dix heures a dessiné les contours d’un dialogue politique en quête de second souffle. Face à une opposition en quête d’arbitrage, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a choisi la carte de la neutralité stricte sur les réformes constitutionnelles, tout en s’engageant sur le terrain économique et social.
Nouakchott, publié le 9 juin 2026 par la Rédaction Rapide info
C’est une table en U, sobre et solennelle, qui a accueilli ce lundi de 16 heures jusqu’aux douze coups de minuit, le sommet de la dernière chance pour le dialogue national. Autour du chef de l’État, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, les visages des leaders de l’opposition mauritanienne traduisaient l’importance des enjeux. Au menu : déblocage du processus politique, crise des hydrocarbures, et sécurité régionale.
Le « Non » présidentiel à l’ingérence constitutionnelle
Alors que l’opposition fondait ses espoirs sur une intervention directe du président pour sortir le dialogue de l’ornière, la réponse de ce dernier a été limpide. Pas question de jouer les arbitres ou de forcer la main à quiconque.
Le point de friction majeur reste inchangé : la volonté de la majorité d’inscrire la révision de la limitation des mandats présidentiels à la feuille de route, face au refus catégorique de l’opposition. Pour Ghazouani, ce différend n’est pas « fondamental » au point de paralyser le pays.
« Je n’appliquerai aucun résultat qui ne fasse pas l’objet d’un consensus entre la majorité et l’opposition. », a martelé le chef de l’État, renvoyant les deux blocs à leurs responsabilités pour trouver un consensus direct.
Économie et carburant : l’exécutif défend son bilan.
Au-delà de la politique pure, le marathon nocturne s’est transformé en un grand oral économique. Face aux critiques sur la cherté de la vie, le président a vigoureusement défendu les récentes mesures gouvernementales, notamment l’ajustement du prix des carburants et les subventions destinées aux ménages les plus vulnérables.
Pour prouver la transparence de sa démarche, le chef de l’État a créé la surprise en convoquant directement en séance Ahmedou Ould Jelvoune, le président de la commission des hydrocarbures. Ce dernier a dû s’expliquer en détail sur le très controversé contrat d’approvisionnement pétrolier signé avec la société Addax, répondant point par point aux interrogations techniques de l’opposition.
Vers un assouplissement du couvre-feu
Parmi les annonces concrètes de cette nuit de discussions, une lueur d’espoir émerge pour les usagers de la route et les commerçants. Selon des sources internes, le Président s’est engagé auprès de ses interlocuteurs à « réexaminer » l’interdiction de circulation nocturne des véhicules, en vigueur depuis deux mois.
Ce couvre-feu (actuellement fixé de 2 h à 5 h du matin) a pourtant porté ses fruits selon le porte-parole du gouvernement, El Housseine Ould Medou, permettant une baisse de 34 % de la consommation nationale de carburant le mois dernier. Un argument écologique et macroéconomique qui n’empêche pas le pouvoir de chercher un compromis social.
Le Mali et l’ombre de l’instabilité régionale
Le volet diplomatique n’a pas été en reste. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a longuement évoqué la situation sécuritaire chez le voisin malien. Rappelant les liens « fraternels, humanitaires et historiques » qui unissent Nouakchott et Bamako, le président a insisté sur le fait que la stabilité du Mali reste le pivot de la sécurité sous-régionale, dans un contexte international de plus en plus incertain pour les économies en développement.
En tendant la main à l’opposition pour ce débriefing stratégique, Ghazouani réaffirme sa méthode : celle d’une gouvernance par la concertation, quitte à laisser la classe politique face à ses propres démons.



