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Dialogue national : pour Ahmed Ould Sidi Baba, la question du chef de l’État est d’abord un appel à une citoyenneté pleine et égale

Dans un entretien à l'AMI, l'ancien ministre Ahmed Ould Sidi Baba revient sur la question « Où allons-nous ? » du président Ghazouani et plaide pour une citoyenneté égale sans discrimination.

Dans un entretien accordé à l’Agence mauritanienne d’Information (AMI),Ahmed Ould Sidi Baba, l’ancien ministre revient sur l’interrogation « Où allons-nous ? » lancée depuis Atar par le président Ghazouani. Selon lui, l’unité nationale ne souffre d’aucune menace intérieure. L’enjeu est de bâtir une harmonie fondée sur l’égalité des citoyens.

(Photo : Ahmed Ould Sidi Baba lors de son entretien avec l’AMI.)

NOUAKCHOTT – Trois mots suffisent parfois à ouvrir un débat national. En posant à Atar la question « Où allons-nous ? », le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a suscité des lectures très différentes. L’ancien ministre Ahmed Ould Sidi Baba, dans un entretien à l’AMI, en propose une interprétation à la fois politique, historique et civilisationnelle.

Une question qui n’est pas nouvelle

Pour l’ancien ministre, cette interrogation n’a rien de déconcertant. Elle avait déjà été posée en son temps par le Président fondateur, Moktar Ould Daddah. Ce retour d’une même question n’a donc rien d’étonnant à ses yeux. Les deux hommes procèdent, selon lui, d’une même source, d’une même authenticité civilisationnelle et d’une même formation culturelle mauritanienne. Chacun est doté d’une vision qui dépasse la pensée traditionnelle et les schémas habituels.

Il écarte d’emblée une lecture alarmiste : la problématique d’aujourd’hui ne concerne pas l’unité nationale. Le Président fondateur en aurait posé les fondements de manière à la prémunir contre toute menace intérieure. Elle ne pourrait, selon lui, être exposée qu’à une menace venue de l’extérieur.

Trois interrogations, un seul enjeu : l’harmonie nationale

Ahmed Ould Sidi Baba invite à comprendre la portée réelle de la question présidentielle. Où va-t-on en matière d’harmonie nationale ? De langue arabe ? De composantes ethniques ? Sa réponse tient en une distinction : valoriser ces composantes et les tribus sur le plan culturel, non sur le plan politique. « La civilisation est une chose et la culture en est une autre », résume-t-il. La première englobe tous les Mauritaniens à travers l’islam. Les secondes peuvent être multiples et différentes, comme dans tous les États.

Refuser l’enfermement dans les appartenances

Selon l’ancien ministre, le président pose au fond la question suivante : que faire pour consolider l’harmonie nationale ? Resterons-nous prisonniers des appartenances partisanes et tribales, chaque partie revendiquant ses spécificités ? Il vise notamment les appels à modifier la Constitution pour reconnaître les composantes ethniques existantes. Il juge ces thèses contraires à la conception de l’État et de la République.

Pour lui, la vraie question à laquelle le dialogue doit répondre est celle-ci : si nous voulons concrétiser l’unité nationale et vivre dans l’harmonie, que devons-nous faire ? La réponse qu’il esquisse est une citoyenneté égale, sans discrimination fondée sur la couleur, l’appartenance ethnique ou l’origine sociale.

Contre les catégories héritées des années 1940

Une telle citoyenneté, estime-t-il, rendrait inutiles les dénominations inventées dans les années 1940 par certains penseurs africains. Se réclamant de la science anthropologique, ils ont divisé les sociétés africaines en Arabes, Berbères, Noirs et Africains. Ahmed Ould Sidi Baba affirme que tous les Mauritaniens sont Africains et attachés à leur unité nationale. Ce qui les rassemble, dit-il, c’est l’islam et une terre où il leur a été destiné de vivre ensemble, « qu’ils le veuillent ou non ». Ce qui manque aujourd’hui, à son sens, est de poser la question essentielle : comment coexister dans un système fondé sur l’harmonie nationale ?

L’héritage soufi et la référence aux premiers temps de l’islam

En conclusion, l’ancien ministre réaffirme que Moktar Ould Daddah et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani partent de la même source. Il la décrit comme porteuse de spiritualité soufie, de religion et de valeurs morales, et profondément enracinée dans la civilisation que cette terre a abritée. Il cite l’époque du Prophète et des Califes bien guidés. Cette civilisation, ajoute-t-il, n’aurait pas été souillée par les divisions apparues après le califat d’Ali Ibn Abi Talib. Le fait que le président pose aujourd’hui cette question témoignerait, à ses yeux, de son enracinement dans cet héritage et de sa compréhension de la mission du dialogue national.

Cette mission, insiste-t-il, n’est pas de diviser la Mauritanie entre Blancs et Noirs. Il s’agit d’en faire un État uni, où règnent l’harmonie et la coexistence entre toutes ses composantes, tourné vers le développement et la prospérité, « loin de tout discours populiste ».

Le contexte : un dialogue annoncé, des lectures contrastées

Ces propos s’inscrivent dans la préparation du dialogue national inclusif. À Atar, le président a espéré que ce dialogue dégage un large consensus sur les grandes questions nationales, en renforçant la citoyenneté, la justice et les institutions. Il a précisé vouloir adapter le « pacte national » aux mutations de la société et aux aspirations des nouvelles générations, sans « redéfinir la patrie » ni toucher aux fondements de l’État.

La formule présidentielle n’a pas fait l’unanimité. Ould Abeid a jugé, dans une publication Facebook, que cette question n’est pas anodine venant du chef de l’État, dont le rôle est de définir l’orientation du pays. Il a affirmé que le citoyen a le droit de savoir où va son pays et qui le conduit. Le dialogue s’ouvre donc sur un débat où les mots comptent autant que les intentions. Africa Press

Reste à savoir si les composantes de la société mauritanienne se retrouveront dans la voie décrite par l’ancien ministre. Plusieurs de ses affirmations, notamment sur la place des composantes ethniques et sur les catégories anthropologiques, font débat. C’est à la table du dialogue que ces divergences devront être tranchées.

Rédaction Rapide info

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