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Crise électricité Nouakchott : Lettre ouverte d’Ahmed Ould Bettar au Président

Face à la crise électricité Nouakchott et aux pannes de la SOMELEC, Ahmed Ould Bettar interpelle le Président et demande un profond changement gouvernemental.

La crise électricité Nouakchott prend une tournure sans précédent après les récents incendies survenus dans les installations de la SOMELEC. Dans cette lettre ouverte poignante adressée au Président de la République, Ahmed Ould Bettar analyse les répercussions de ces coupures récurrentes sur la vie quotidienne des citoyens et plaide pour un changement profond de l’équipe gouvernementale afin d’instaurer une nouvelle méthode de gouvernance.

À Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président,

Depuis vendredi, Nouakchott traverse une situation qui dépasse désormais la simple perturbation technique. En l’espace de quelques jours, deux incendies ont touché des postes électriques 33/15 kV de la SOMELEC, plongeant successivement de larges secteurs de la capitale dans l’obscurité. Le premier incendie, survenu au poste Est, a affecté notamment Dar Naïm, Toujounine et des parties d’Arafat. Le second a touché le poste de Nouakchott-Ouest, perturbant l’alimentation de Tevragh-Zeina, du Ksar et de Sebkha.

Le ministère de l’Énergie a confirmé ce dimanche les dégâts causés au poste de Nouakchott-Ouest et les efforts engagés pour rétablir le service.

Mais derrière les communiqués techniques, il y a une réalité beaucoup plus brutale : des familles qui étouffent, des enfants qui dorment mal, des personnes âgées qui cherchent un peu d’air, des commerçants qui voient leurs marchandises se détériorer, des malades qui subissent les conséquences des coupures et des citoyens qui ne savent plus quand la lumière reviendra.

Et cette crise électrique intervient dans un contexte déjà lourd : hausse du coût de la vie, prix des produits alimentaires, difficultés d’accès à l’eau, coût du transport, problèmes des services publics et inquiétudes grandissantes des ménages.

Monsieur le Président, le moment est venu d’assumer une décision politique forte

Il ne s’agit pas de désigner des coupables à la hâte. Les incendies doivent faire l’objet d’une enquête technique sérieuse et indépendante afin d’établir leurs causes.

Mais lorsque les difficultés deviennent récurrentes et touchent directement la vie quotidienne des citoyens, la responsabilité politique ne peut plus être esquivée.

Nous vous demandons donc solennellement de procéder à un changement profond de l’équipe gouvernementale.

Non pas un simple remaniement destiné à changer quelques noms ou quelques portefeuilles, mais une véritable équipe nouvelle, resserrée, compétente, responsable et évaluée sur ses résultats.

Il faut avoir le courage de reconnaître qu’une politique publique qui ne parvient pas à garantir durablement l’électricité, l’eau, l’approvisionnement et un niveau de vie supportable doit être réévaluée.

Le changement gouvernemental ne serait pas un signe de faiblesse. Il pourrait au contraire être un acte d’autorité, de responsabilité et d’écoute.

L’histoire nous enseigne que les crises sociales peuvent provoquer des changements de gouvernement

La Mauritanie ne serait d’ailleurs pas le premier pays à tirer les conséquences politiques d’une crise sociale.

En Jordanie, en 1989, des émeutes éclatèrent après de fortes hausses de prix touchant notamment le carburant et plusieurs produits de consommation. La contestation s’étendit à plusieurs villes et les manifestants réclamèrent le départ du gouvernement. Le Premier ministre Zaid Rifai finit par démissionner avec son cabinet, et le roi Hussein accepta sa démission.

En Haïti, en 2008, de violentes émeutes provoquées par la flambée des prix alimentaires ont conduit le Parlement à retirer sa confiance au Premier ministre Jacques-Édouard Alexis, dont le gouvernement a dû démissionner.

En Tunisie, en 1984, l’augmentation spectaculaire du prix du pain et de la farine provoqua les célèbres « émeutes du pain ». Le président Habib Bourguiba finit par annuler les hausses et limogeait notamment son ministre de l’Intérieur, Driss Guiga, dans les suites immédiates de la crise.

En Égypte, en 1977, l’annonce de hausses des prix des produits alimentaires et d’autres produits de première nécessité provoqua de graves émeutes. Le gouvernement dut suspendre les augmentations face à l’ampleur de la contestation.

Ces exemples ne signifient évidemment pas que chaque crise sociale doit nécessairement conduire à la chute d’un gouvernement. Ils montrent cependant une chose essentielle : lorsqu’une population estime que les politiques publiques ne répondent plus à ses besoins fondamentaux, le pouvoir doit savoir écouter, corriger et, lorsque cela est nécessaire, renouveler ses responsables.

L’électricité n’est pas un luxe

Monsieur le Président,

Un pays peut supporter beaucoup de choses. Il ne peut pas durablement considérer comme normales les coupures d’électricité, les difficultés d’accès à l’eau, la cherté des produits essentiels et la dégradation des services publics.

L’électricité, ce sont les hôpitaux.

C’est l’eau.

Ce sont les commerces.

Ce sont les ateliers et les entreprises.

Ce sont les étudiants qui travaillent le soir.

Ce sont les familles qui cherchent simplement à dormir dans des conditions supportables.

Et lorsque deux postes stratégiques prennent feu à moins de deux jours d’intervalle, le citoyen est en droit de demander : notre réseau est-il suffisamment entretenu ? Les équipements sont-ils adaptés ? Les investissements ont-ils été correctement réalisés ? Les systèmes de sécurité sont-ils à la hauteur ?

La SOMELEC affirme que les incidents sont liés à des circonstances indépendantes de sa volonté et que ses équipes travaillent à rétablir le service.

Très bien.

Mais précisément parce que ces infrastructures sont vitales, il faut aller au-delà du communiqué et établir publiquement les responsabilités, les insuffisances éventuelles et les mesures correctives.

Changer d’équipe pour changer de méthode

Monsieur le Président,

La Mauritanie a besoin aujourd’hui d’un gouvernement qui ne se contente pas de gérer les urgences, mais qui anticipe.

Un gouvernement capable de dire aux citoyens :

– voici l’état réel de notre réseau électrique ;

– voici nos réserves et nos capacités ;

– voici les investissements nécessaires ;

– voici le calendrier de réparation ;

– voici les mesures contre la hausse des prix ;

– voici notre plan pour l’eau ;

– voici les résultats que nous nous engageons à atteindre ;

– et voici les responsables qui devront rendre compte si ces objectifs ne sont pas atteints.

Le temps des excuses doit céder la place au temps des résultats.

Nous ne vous demandons pas de changer de gouvernement pour satisfaire une colère passagère. Nous vous demandons de le faire pour prévenir une colère plus profonde.

Car la patience d’un peuple n’est jamais infinie.

Et nous aussi devons regarder notre propre responsabilité

Il serait cependant injuste de mettre toute la responsabilité sur l’État.

Nous devons également regarder notre propre comportement.

Nous voulons des services publics efficaces, mais nous tolérons parfois le passe-droit.

Nous dénonçons la corruption, mais certains l’acceptent lorsqu’elle permet de résoudre leur propre problème.

Nous demandons la justice, mais nous sommes parfois les premiers à rechercher le privilège.

Nous voulons un État fort, tout en fragilisant nous-mêmes ses règles.

La Mauritanie n’est donc pas seulement confrontée à une crise des infrastructures. Elle est confrontée à une crise de responsabilité collective.

Celui qui peut acheter un groupe électrogène s’en sortira peut-être.

Celui qui en a les moyens trouvera une solution à la hausse des prix.

Mais celui qui n’a rien n’a d’autre choix que d’attendre.

C’est précisément pour lui que l’État existe.

Monsieur le Président, il faut entendre le message avant qu’il ne devienne un cri

La lumière finira par revenir dans les quartiers de Nouakchott.

Les climatiseurs redémarreront.

Les commerces rouvriront.

Les familles reprendront leur quotidien.

Mais une question demeurera :

aurons-nous simplement réparé les câbles et les transformateurs, ou aurons-nous aussi réparé notre manière de gouverner ?

Votre responsabilité, Monsieur le Président, est aujourd’hui de transformer cette crise en occasion de refondation.

Un nouveau gouvernement, composé de femmes et d’hommes compétents, expérimentés, intègres et capables de rendre compte de leurs résultats, pourrait envoyer un message puissant au pays :

le pouvoir a entendu la population ; le pouvoir accepte de se remettre en question ; le pouvoir choisit l’efficacité plutôt que l’immobilisme.

La Mauritanie n’est pas seulement notre territoire.

C’est notre maison commune.

Et une maison ne tient pas longtemps lorsque chacun ne protège que sa propre chambre.

Monsieur le Président, changez l’équipe. Changez la méthode. Élevez le niveau d’exigence.

Ne laissez personne croire que demander des comptes à ceux qui gouvernent est une menace pour l’État.

Au contraire.

C’est ce qui permet à l’État de rester fort.

La Mauritanie mérite mieux que des nuits dans le noir et des lendemains dans l’incertitude.

Elle mérite un gouvernement à la hauteur de ses ambitions, de ses citoyens et de son avenir.

Nouakchott est aujourd’hui dans le noir.

Mais notre responsabilité, elle, est en pleine lumière.

Ahmed Ould Bettar

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