Coumba Bâ : « Le Canada a un rôle encore plus grand à jouer » à l’OIF
À l’approche du 20e Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, la candidate mauritanienne Coumba Bâ détaille sa vision pour l’OIF, la place du Canada et les enjeux au Sahel.

Candidate au secrétariat général de la Francophonie, Coumba Bâ promet de relancer le dialogue avec les pays du Sahel et de faire plus de place au Canada. Dans un entretien accordé à ONFR, elle plaide aussi pour un vote fondé sur un large consensus plutôt que sur la majorité simple. Médecin, diplomate et ancienne conseillère à la présidence mauritanienne, elle affirme que son expérience de la médiation, acquise lors du coup d’État de 2008, est son principal atout pour rassembler une organisation de plus de 90 États et gouvernements.
PHNOM PENH (Cambodge) – Elle est médecin, diplomate, ancienne ministre, et elle aimerait diriger la Francophonie. À quelques jours du scrutin qui départagera quatre candidats au 20e Sommet, la Mauritanienne Coumba Bâ s’est confiée à ONFR. Son message tient en peu de mots : une organisation plus concrète, plus lisible, et un Canada davantage mis à contribution.
Un français qui sert à quelque chose
Pour elle, une langue ne se sauve pas par décret. Elle vit parce qu’on l’utilise pour étudier, travailler, créer, faire des affaires. Tout commence donc par la volonté politique des chefs d’État et de gouvernement, sans laquelle les plus belles stratégies restent dans les tiroirs. Elle compte aussi beaucoup sur le numérique : produire plus de contenus en français, mieux les diffuser, les rendre faciles à trouver sur les plateformes. Sur l’intelligence artificielle, elle veut travailler avec les universités, les chercheurs et les entreprises pour bâtir des ressources de qualité, dans le respect des droits des créateurs.
Le Canada à la table, et le poste d’administrateur
Sur le poste d’administrateur, la réponse est nette : il doit revenir au Canada. Les règles écrites comptent, dit-elle, mais les équilibres politiques non écrits pèsent tout autant dans la gouvernance d’une organisation. Elle en discuterait avec Ottawa, à qui reviendrait le choix de la personne. Elle va plus loin : le Canada peut s’investir davantage dans les programmes et la coopération.
Le Sahel : parler avant de décider
Elle défend la Charte, la Déclaration de Bamako et celle de Saint-Boniface, qui doivent s’appliquer à tous, sans deux poids, deux mesures. Quand une suspension s’impose, on suspend, mais on continue d’accompagner le retour à des institutions normales. Pour les pays de l’Alliance des États du Sahel, elle promet de se mettre au travail dès les premières heures, mais pas question de décider à leur place : il faut d’abord les écouter.
Garder le contact, même quand ça coince
Face au recul du multilatéralisme, elle refuse de baisser les bras. Si l’on quitte les lieux où l’on peut encore chercher un accord, demande-t-elle, qui décidera ? Les plus forts, pour les autres. Elle veut être une secrétaire générale avec qui l’on puisse se parler franchement, y compris dans le désaccord.
Ce que 2008 lui a appris
Interrogée sur la pire crise de son parcours, elle évoque le coup d’État de 2008 en Mauritanie, alors qu’elle était conseillère à la présidence. Elle dit avoir aidé à renouer le dialogue entre la junte et le président déchu, ce qui a ouvert la voie à la médiation du Sénégalais Abdoulaye Wade en 2009. Elle affirme aussi s’être mobilisée pour l’intégrité physique du président et sa libération. Son atout, selon elle : la confiance de camps opposés.
Une méthode en quatre « D »
Données, Dialogue, Développement, Dépassement. Concrètement, partir des besoins du terrain, réunir États et opérateurs, agir avec un calendrier et des moyens, puis regarder honnêtement ce qui marche. On corrige, on arrête si nécessaire, on étend ce qui fonctionne.
Un vote qui doit rassembler
Elle a enfin dit ses réserves sur le recours à la majorité simple en l’absence de consensus. À la tête de plus de 90 États et gouvernements, estime-t-elle, il faut un soutien très large. Il y va, dit-elle, de la crédibilité et même de la survie de l’organisation.
Source : Rédaction Rapide Info Mauritanie, avec ONFR.



