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Il y a 18 ans (1er mars 2008) : Ahmed Ould Bettar interview 2008 sur la politique, la santé et la démocratie en Mauritanie

Interview archivée du 1er mars 2008 : Ahmed Ould Bettar analyse la transition politique, la santé et la promotion des femmes en Mauritanie.

Ahmed Ould Bettar interview 2008.

IL Y A 18 ANS : 01 mars 2008 : Ahmed Ould Bettar à  »cœur ouvert »…..

Gestionnaire de santé, représentant du parti « L’Alternative » et également journaliste, Ahmed Ould Bettar n’est pas à présenter pour les milieux, notamment pour les cridemistes qui apprécient ses contributions suggestives de notre quotidien politique et socioéconomique.

L’homme qui cherche à cultiver son prochain en laissant couler librement cette encre fidèle est un confrère à la plume imprégnée non seulement d’humour, mais de véritable réalisme transposé dans la littérature.

Dans ses excellents articles, chacun de nous ressent sa vie, celle d’autrui et de son milieu. Nous l’avons rencontré pour vous pour l’interroger sur des sujets d’actualité : scène politique, secteur de la santé, le plan d’urgence au Tagant et son combat pour une plus grande promotion de la condition féminine.
Question : pouvez-vous présenter à nos lecteurs ?

Ahmed Ould Bettar : Je suis gestionnaire de santé, candidat malheureux de l’Alternative pour les dernières législatives à Tidjikja et également journaliste.

Question : en tant qu’homme versé aussi dans la politique, quelle lecture pourrez-vous nous brosser sur le paysage politique qui prévaut actuellement ?

Ahmed Ould Bettar : je pense que la Mauritanie est toujours en train de traverser une période transitionnelle. Si cette alternance est bien gérée, le processus démocratique sera respecté. Le constat que je fais particulièrement du paysage politique actuel, c’est l’existence d’une majorité qui n’est pas organisée face à une opposition minée par les querelles intestines.

Je dirai aussi que le pays reste encore en proie d’une société civile et d’une presse sans moyens pour asseoir une convergence ou une concurrence des médias et pour s’acquitter convenablement de leurs missions respectives. Les médias officiels qui constituent un autre aspect non-négligeable de ce décor, représentent à mon avis un enjeu pour le pouvoir.

C’est vrai que le pays a passé par des périodes d’exceptions qui ont fini par s’éclipser devant la soif démocratique pour aboutir à l’organisation d’élections ouvertes et transparentes. Mais, ce qu’on ne semble pas comprendre, c’est que la démocratie ne se limite pas seulement à l’avènement de la liberté d’expression politique.

Au contraire, il faut penser également à la liberté économique qui devrait conduire à un cadre où la concurrence loyale est seule régulateur des marchés. Autant dire qu’on ne doit pas crier victoire en s’arrêtant net aux bienfaits de cette alternance. L’autre revers de la médaille qui mérite d’être regardé en face est celui qui nous impose d’aller de l’avant, d’essayer de relancer l’économie, d’accélérer le processus d’égalité entre les citoyens, de cultiver les valeurs de citoyenneté, de lutter contre la discrimination, la stigmatisation et de s’ouvrir au monde.

Question : en tant que cadre du ministère de la Santé, quel bilan dressé de ce département après 10 mois de politique dite réformiste ?

Ahmed Ould Bettar : Oui, c’est une question importante que vous posez et à laquelle je m’efforcerai de répondre en toute connaissance de cause. Comme vous n’êtes pas sans le savoir, la santé est un problème continental, particulièrement de l’Afrique en raison de la pandémie du VIH/Sida qui continue de faire des ravages malgré les campagnes de sensibilisation sur cette maladie du 20e siècle.

C’est aussi un casse-tête devant les nombreuses autres épidémies qui sévissaient dans l’hémisphère Nord comme la grippe aviaire, la méningite cérébro-spinale, le diabète…
La Mauritanie est, peut-on se permettre de dire, en grande avancée dans le domaine de la prévention.

En effet, on remarque qu’il y a une couverture sanitaire en perpétuel accroissement portant en autres sur l’organisation de campagnes d’éradication de certaines maladies comme la poliomyélite, le tétanos… Le secteur de la santé traverse donc une transition qui montre le passage d’une période de lutte contre les maladies infectieuses vers celle de maladies non-transmissibles….

Je crois que les objectifs fixés par ce département seront atteints, dés lors où l’on sent l’existence d’une synergie de tous les efforts des acteurs impliqués dans le relèvement de ce défi, notamment les partenaires au développement, les partis politiques, les organisations de la société civile, les organes de la presse…

Le problème n’est donc pas un problème du ministère de la Santé, ni non plus celui du gouvernement. Je suis étonné du fait que bon nombre de formations politiques, des hommes d’affaires ne s’activent pas dans cette question ultra-sensible qu’est la santé.

Un problème qui pourtant concerne toutes les populations du pays du fait qu’il est lié intrinsèquement à la notion de développement. Le constat est clair : dans les pays développés, le niveau de santé est en constante amélioration, alors qu’il connaît des bas dans les pays sous-développés.
Certes, les pays pauvres ont des ressources limitées, mais la synergie des efforts doit être une priorité en vue d’une meilleure concertation avec les partenaires dans le but d’aller de l’avant.

Question : n’y a-t-il pas une contradiction dans vos propos, alors qu’on assiste actuellement à une révision à la hausse des tarifs des consultations médicales ?

Ahmed Ould Bettar : non, il n y a pas de contradiction, mais plutôt, l’existence d’une réforme ambitieuse dans le domaine de la santé prônée par l’actuelle équipe dirigeante. Faut-il le reconnaître, le ministère de la Santé travaille depuis 2007 pour assainir le secteur médical en Mauritanie, en atteste la création pour la première fois dans le pays d’un laboratoire de contrôle et de surveillance des médicaments et l’incinération de plusieurs milliers de tonnes de médicaments contrefaits ou périmés.

Toute cette nouveauté résulte du fait que les médicaments génériques sont naturellement très appréciés par les consommateurs, du fait qu’ils obéissent aux mesures de contrôle. Avec l’existence d’une concurrence déloyale entre les secteur public et privé en termes de dotation médicamenteuse, en raison de la mise sur pied d’un laboratoire local et de la destruction de médicaments illicites, l’afflux des patients vers le public enregistre des taux plus élevés.
Face à ce revirement tout à fait logique, le système du recouvrement des coûts opéré par le privé ne se trouve plus en mesure de combler le volume des charges, du fait d’une demande très forte pour des médicaments subventionnés. Pour surmonter ce dysfonctionnement, et pour pouvoir faire face aux charges du personnel, du loyer, il était donc nécessaire d’augmenter les tarifs des consultations.
Actuellement, il n’échappe à personne que le secteur sanitaire public dispense des prestations plus améliorées aussi bien en termes de qualité de soins, de disponibilité de médicaments qu’en termes déploiement du personnel. Cette réelle volonté de faire toujours mieux s’est manifestée aussi par la visite effectuée par le Ministre à l’intérieur du pays ; une première pour un secteur qui a vu se succéder à sa tête 22 ministres en 10 ans seulement!.

Cette politique adoptée par le département que nous pouvons qualifier d’externalité positive est incontestablement salutaire pour le secteur, dés lors où elle vise à le doter d’un personnel de qualité bénéficiant régulièrement de formations de mise à niveau. Des mesures qui ont des incidences sur le personnel médical auparavant démotivé par le désintérêt de la tutelle.

Seulement, la liquidation d’Air Mauritanie a rendu difficiles les évacuations sanitaires à l’intérieur du pays. Aussi, je ne trouve pas normal que certains départements continuent à réceptionner des lots de véhicules alors le niveau opérationnel ou périphérique n’a même pas d’ambulance.

Question : le Gouvernement a décrété un plan d’urgence pour venir au secours des populations en cette période de soudure ? Quand est-il au juste pour les habitants du Tagant ?

Ahmed Ould Bettar : Le Tagant est un cas particulier, étant donné que parallèlement à ce plan d’urgence prôné par les autorités, cette wilaya dispose de notables, de cadres animées de bonnes volontés et généreuses qui témoignent leur solidarité vis-à-vis des autochtones affectés par la flambée des prix ou d’autres aspects relatifs à la pauvreté.

Le Tagant est une Wilaya où l’analphabétisme est quasi-inexistant. Les fils de cette contrée cherchent à apporter quelque chose en participation par le biais de création de microprojets socioéconomiques.

S’il y a quelque chose à combattre de ce côté, c’est le changement des mentalités, la lutte contre l’oisiveté… Il y a aussi des cas de malnutrition qu’il faut signaler en ce début de période de soudure. L’action du Gouvernement doit porter sur la participation à la vie active, à la production…

Question : quel serait votre dernier mot ?

Ahmed Ould Bettar : je pense que le Gouvernement doit mettre en place une télévision indépendante dans le cadre de cette libéralisation dont il se fait l’artisan. La libéralisation ne doit pas rester sur le papier, mais être perçu par les citoyens à tous les niveaux, gouvernants et gouvernés.

Les opérateurs privés comme les syndicats doivent aussi adopter une nouvelle dynamique pour révolutionner les mentalités et emboîter le train de la locomotive du développement.

Je ne peux terminer sans lancer un appel à l’endroit de la femme qui doit être continuellement promue. Il ne faut pas qu’on limite sa place au sein du dispositif électoral et autre à 20 %, mais plutôt à plus de 50 %. Ceci est d’autant plus vrai que la femme représente plus de 52 % de la société. Alors, il est temps de la libérer, de la débarrasser des affres du domicile, de l’oisiveté, du cycle fermé des invitations, de la séance El Hena et les Hamam.

Propos recueillis par
Mohamed Ould Mohamed Lemine

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