Analyse Stratégique : La Mauritanie au 3e Sommet Russie-Afrique

L’autre regard
Cette fois, le regard se porte sur le troisième Sommet Russie-Afrique, une échéance majeure qui se tiendra à Moscou les 28 et 29 octobre 2026. Loin des prismes géopolitiques traditionnels et des lectures purement occidentales, cet événement appelle à une analyse décentrée, résolument ancrée dans les réalités et les intérêts des capitales africaines. Pour la Mauritanie, ce rendez-vous moscovite dépasse le simple cadre de la diplomatie des poignées de main. Il se révèle être un carrefour d’opportunités tangibles et un laboratoire de souveraineté économique, industrielle et sécuritaire, au cœur d’un Sahel en pleine mutation.
Les Enjeux Stratégiques du 3e Sommet de Moscou
Ce forum économique et humanitaire, encadré par les plus hautes autorités russes, s’articule autour d’orientations stratégiques majeures pour l’ensemble du continent :
1. La définition d’un plan d’action opérationnel (2027-2029) : visant à formaliser des engagements concrets et des projets industriels pérennes plutôt que de simples déclarations d’intention.
2. L’investissement dans les filières d’avenir : avec une focalisation accrue sur la transition numérique, la cybersécurité et les applications civiles de l’énergie nucléaire.
3. L’affirmation d’une souveraineté financière : à travers la mise en place de mécanismes de paiement alternatifs conçus pour s’affranchir des circuits monétaires traditionnels.
4. La consolidation des impératifs sécuritaires : articulant la stabilité politique, la souveraineté des États et les enjeux vitaux de la sécurité alimentaire.
Les Retombées Réelles et Potentialités pour la Mauritanie
Pour Nouakchott, l’insertion dans cette dynamique multilatérale comporte des retombées concrètes, largement portées par les récents accords bilatéraux structurés au cours de l’année 2026.
Dynamisation des flux financiers et d’affaires ;
Le partenariat ne repose plus sur des intentions vagues, mais sur un protocole d’accord signé en juillet 2026 entre les ministères du Développement économique des deux nations. Ce cadre prépare l’organisation d’une Journée d’investissement à Moscou en collaboration directe avec l’Agence de Promotion des Investissements en Mauritanie (APIM) et son homologue russe. Pour Nouakchott, cela facilite la mise en relation technique des milieux d’affaires mauritaniens avec de grands bailleurs de fonds.
Transfert technologique dans la recherche minière
Dans le domaine minier, le sommet sert de tremplin pour matérialiser l’offre du groupe public russe Rosgeologia. La Mauritanie peut bénéficier de la fourniture de données techniques avancées et de cartographies géologiques spécialisées. Cet appui technologique est crucial pour identifier de nouvelles zones à fort potentiel minéral (or, fer, cuivre), réduisant ainsi les coûts nationaux de prospection.
Partenariat dans l’énergie et les hydrocarbures
Les discussions bilatérales avec le ministère russe de l’Énergie ouvrent d’importantes perspectives dans les secteurs du pétrole, du gaz, de l’électricité et des énergies renouvelables. Alors que la Mauritanie développe son potentiel gazier offshore, l’expertise technique russe offre une alternative de partenariat pour le développement d’infrastructures énergétiques lourdes et le transfert de compétences.
Modernisation de la pêche et sécurité agricole
La pêche demeure le pilier historique des échanges, notre pays exportant pour près de 95 millions de dollars de produits halieutiques vers le marché russe. Le sommet de Moscou permet de :
• Pousser les acteurs russes vers des investissements dans la transformation locale du poisson plutôt que la simple extraction.
• Développer la coopération agricole pour sécuriser les approvisionnements mauritaniens en blé russe face aux fluctuations et aux crises des marchés mondiaux.
Institutionnalisation du cadre juridique et sécuritaire
Sur le plan de la justice, ce sommet consacre la finalisation de deux traités internationaux majeurs négociés en septembre 2026 portant sur l’extradition et le transfèrement des personnes condamnées. À cela s’ajoute un protocole signé par le Bureau du procureur général russe pour intensifier la lutte contre la criminalité transnationale, un enjeu névralgique pour la Mauritanie, qui s’impose comme un pôle de stabilité dans une région du Sahel hautement volatile.
Valorisation du capital humain
La Russie mise également sur le levier de la formation. Avec plus de 3 500 diplômés mauritaniens issus des universités russes et soviétiques actifs dans le pays, Nouakchott profite de ce sommet pour négocier une augmentation des quotas de bourses d’études. Cela permettra de former une nouvelle génération d’ingénieurs et de cadres mauritaniens aux technologies de pointe.
Pour finir, le rendez-vous de Moscou marque un tournant pragmatique pour la diplomatie mauritanienne. Au-delà des postures géopolitiques, la Mauritanie parvient à transformer ce partenariat multilatéral en opportunités concrètes et sectorielles, allant de la modernisation industrielle de sa pêche à la sécurisation de ses frontières juridiques. En diversifiant ainsi ses alliances technologiques et économiques avec Moscou sans rompre ses liens traditionnels, Nouakchott consolide magistralement son statut de pivot de stabilité incontournable et d’acteur souverain en Afrique de l’Ouest.
Cheikh Ahmed ould MOHAMED
Ingénieur
Etablissement portuaire de la Baie du repos de Nouadhibou



