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Mauritanie : la carte de séjour, un sésame qui se fait attendre

Obligatoire depuis 2022, la carte de séjour en Mauritanie est essentielle pour les migrants. Mais entre guichets saturés et longs délais, la régularisation reste un défi.

Obligatoire depuis 2022, le titre de séjour est devenu la clé de l’emploi, de la mobilité et de la tranquillité des migrants. Mais entre guichets saturés et délais de plusieurs mois, la régularisation reste un parcours d’obstacles.
Par la rédaction de Rapide Info
NOUAKCHOTT – Pour Kalidou, arrivé il y a trois mois, tout se joue un samedi. Ce jour-là, et ce jour-là seulement, les demandes de carte de séjour peuvent être déposées. Les files s’allongent, les places manquent, et l’attente s’étire. « Plus de 3 à 4 mois », confirme Ibrahima, installé dans la capitale depuis 2020, pour recevoir le précieux document une fois le dossier déposé.
Deux témoignages, une même réalité : en Mauritanie, ce n’est pas tant le principe de la carte que sa lenteur d’obtention qui cristallise les critiques des migrants.

Un goulot d’étranglement administratif

Depuis 2022, tout étranger résidant en Mauritanie doit détenir une carte de séjour, dans une logique affichée de contrôle migratoire. Les migrants interrogés ne dénoncent pas un refus systématique de les régulariser. Ils pointent plutôt un engorgement : volume élevé de demandes, créneaux de dépôt très limités, délais de traitement prolongés.
Le constat n’est pas nouveau. Dès 2025, un acteur humanitaire cité par InfoMigrants décrivait des services d’enregistrement « débordés », avec de longues files d’attente, dans un contexte d’augmentation des demandes et d’introduction de visas électroniques.
L’opacité ajoute à l’incertitude. Le portail public attribue la procédure à l’Agence nationale du registre de la population et des titres sécurisés (ANRPTS), mais n’y publie ni délai de traitement ni montant des taxes. La liste des pièces à fournir renvoie, elle, à une annexe inaccessible sur la page consultée.

Sans carte de séjour, une vie en pointillé

Pour un travailleur informel, l’absence de titre est tout sauf une formalité. Elle fragilise l’ensemble de l’activité :
• Le travail : sans carte, les migrants rapportent plus de difficultés à travailler. Avec elle, disent-ils, on travaille « sans problème ».
• La mobilité : circuler librement est indispensable pour chercher des clients, rejoindre un chantier ou tenir un commerce ambulant.
• La peur du contrôle : selon les témoignages recueillis à Nouakchott, l’absence de document nourrit la crainte d’une interpellation policière.
• La précarité qui s’installe : plusieurs mois d’attente maintiennent dans une zone grise des personnes pourtant engagées dans une démarche légale.
Les travailleurs informels sont d’autant plus exposés qu’ils disposent rarement d’un contrat formel ou d’un justificatif de domicile solide, des pièces qui compliquent les démarches lorsqu’elles sont exigées.

2022, un tournant

Avant 2022, la carte de séjour était surtout accessible aux migrants pouvant produire un contrat de travail et un justificatif de domicile, et s’acquitter de frais, souvent hors de portée. La barrière était alors essentiellement financière et documentaire.
La campagne de régularisation menée de juillet à novembre 2022 a changé la donne : demande gratuite pour les migrants en situation irrégulière, et, selon le gouvernement, nombre de pièces réduit pour encourager les démarches. Les autorités affirment avoir régularisé plus de 136 000 étrangers de 85 nationalités depuis cette date. Une autre évaluation officielle évoque près de 147 000 personnes pour la seule campagne de 2022.
Aujourd’hui, la difficulté a changé de nature. Elle n’est plus d’abord financière, mais opérationnelle : des délais de trois à quatre mois et un dépôt concentré sur une seule journée par semaine.

Deux régimes, peu de repères

Il faut distinguer la campagne exceptionnelle de 2022, plus souple et gratuite, du régime courant de délivrance et de renouvellement. Pour ce dernier, le portail national indique « non spécifié » à la ligne des taxes. Pour une autre procédure de titre sécurisé, il affiche 40 euros pour les ressortissants de pays arabes et africains et 55 euros pour les autres. Faute de confirmation officielle, ce tarif ne saurait être présenté comme celui de la carte de séjour.

Ce que répond le gouvernement

Les autorités défendent une politique visant à encadrer la migration par des voies légales, menée, disent-elles, « dans un esprit de respect de la dignité humaine et de sécurité juridique ». Le ministre délégué a annoncé l’ouverture de 29 nouveaux points de passage frontaliers, portant leur total à 82, afin de réduire les passages informels et de favoriser les entrées légales.
Face aux critiques sur les expulsions, le gouvernement rappelle que la régularisation de 2022 avait concerné environ 130 000 migrants, qui devaient ensuite renouveler leur situation légale. Il rejette les accusations d’expulsions brutales formulées par plusieurs ONG.

L’épreuve du régime permanent

La politique de régularisation a incontestablement élargi l’accès formel à la carte. Mais le passage d’une opération exceptionnelle à un régime permanent met à nu les limites de la capacité administrative. Pour les travailleurs informels, le titre est à la fois un bouclier contre l’insécurité et un document difficile à obtenir vite. Tant que délais et capacités de traitement ne suivront pas la demande, une partie d’entre eux resteront dans une vulnérabilité persistante.
Rédaction Rapide Info

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