Remaniement Gouvernement Mauritanie : Ghazouani change de ministres mais garde son PM
Remaniement Gouvernement Mauritanie : Après le rapport choc sur les incendies de la Somelec, Mohamed Ould Ghazouani remanie le gouvernement mauritanien mais reconduit le PM Moctar Ould Diay.

Remaniement Gouvernement Mauritanie
Après les incendies de la Somelec, Ghazouani change les visages mais garde le Premier ministre
Le gouvernement annoncé le 10 octobre renouvelle les portefeuilles les plus exposés à la crise électrique. Mais en reconduisant Moctar Ould Diay, le chef de l’État choisit la continuité, et laisse ouverte la question de la responsabilité politique.
Nouakchott, 13 octobre 2026. Le remaniement a été conçu comme une réponse à une crise, mais il n’en est pas la conclusion. Deux jours après la publication du rapport sur les incendies des centrales de la Somelec, le président Mohamed Ould Ghazouani a dévoilé une équipe de 29 membres. Elle est dirigée par un Premier ministre qui avait démissionné quelques heures plus tôt, et qui a été aussitôt reconduit.
Un rapport sans complaisance
Rendu public le 8 octobre, le document de la commission d’enquête, présidée par l’ancien ministre des Finances Ousmane Mamoudou Kane, évoque de « graves insuffisances ». Elles touchent la prévention, la protection électrique, le contrôle des travaux et la gestion des urgences.
Le rapport décrit une chaîne de défaillances plus qu’une faute isolée. Il relève des lacunes dans les études préalables, dans la qualification de l’entreprise titulaire du marché et dans la conformité des équipements. Le suivi des chantiers, les essais avant mise sous tension et le traitement des réserves techniques sont également mis en cause. Il lie les incendies à de nouveaux câbles de moyenne tension, d’une valeur estimée à plus de 9 millions de dollars.
Ses recommandations sont précises. Elles demandent de suspendre les paiements au titre du marché attribué à CTM Bâtiments et de faire examiner l’attribution du contrat par l’autorité de régulation des marchés publics. Elles demandent aussi de transmettre à la justice un dossier sur une attestation de bonne exécution contestée par la SNIM. Elles plaident enfin pour une réforme de la Somelec : modernisation des installations, professionnalisation des recrutements, formation, maintenance et clarification des relations financières avec l’État.
Le président a ordonné l’application « intégrale et rigoureuse » de ces recommandations. L’engagement est fort, et c’est à son exécution qu’il sera jugé.
Des têtes qui tombent, une ossature qui demeure
Le remaniement touche l’Énergie et le Pétrole, mais aussi des ministères de souveraineté. À la Défense nationale, Ba Ousmane remplace Hanana Ould Sidi. À l’Intérieur, El Moctar Ould Ahmed Bouceif succède à Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine. La Santé, les Affaires islamiques et les Affaires économiques et du Développement sont aussi concernés.
Les Affaires étrangères, la Justice, les Finances, l’Équipement, les Mines et l’Industrie, ainsi que le Commerce et le Tourisme restent aux mains de ministres reconduits. L’équilibre est net : on sanctionne ce qui est exposé et on protège le noyau économique et diplomatique.
« Pas une rupture »
La presse locale ne s’y trompe pas. Pour Cridem, le gouvernement « ne constitue pas une rupture » ; Sahara Médias y voit un dosage de maintiens, de transferts sectoriels et de nouveaux venus. Le signal est celui d’une confiance présidentielle maintenue envers Ould Diay et d’une fidélité au programme « Mon ambition pour la Patrie ».
La formule est pourtant critiquée par une partie des médias et de l’opinion. Démissionner puis être reconduit quelques heures plus tard peut passer pour une manœuvre destinée à absorber la colère sans changer de cap. Le remplacement des ministres de l’Énergie, de l’Intérieur et de la Défense apparaît alors comme le prix à payer pour préserver l’essentiel.
Le diagnostic le plus sévère vient de la presse
L’analyse la plus incisive est sans doute celle de Cridem : la crise aurait révélé un État qui a « investi plus vite qu’il ne s’est réformé ». Selon cette lecture, le problème ne tient pas seulement à un ministre ou à une entreprise. Il tient à la gouvernance des infrastructures, à la passation des marchés publics et à la culture de la maintenance.
Cela déplace le débat du terrain des personnes vers celui des institutions. Remplacer un ministre se fait en une soirée. Réformer des procédures de contrôle, assainir la commande publique et restructurer un opérateur public prend des années.
Les chantiers qui attendent le cabinet
L’équipe devra mener de front plusieurs dossiers interdépendants :
- Financer la remise à niveau électrique, entre modernisation, maintenance et plan de développement de la Somelec, sans dérapage budgétaire.
- Assainir les marchés publics, en appliquant les recommandations sur le contrat CTM Bâtiments et en renforçant les contrôles.
- Sécuriser les recettes gazières, en valorisant les revenus du projet GTA pour qu’ils contribuent réellement au développement national.
- Préserver la stabilité macroéconomique, les Finances et les Affaires économiques restant des postes clés, dans un contexte de pression sociale.
- Répondre aux attentes sociales : la crise a montré que l’électricité, la santé et l’emploi des jeunes conditionnent la crédibilité politique du pouvoir.
Ce que l’on ne sait pas encore
Un point reste flou : la majorité présidentielle n’a, selon les sources consultées, produit aucun communiqué unifié détaillant sa position. Sa réponse passe par l’action du chef de l’État, ce qui confirme la verticalité du dispositif, mais ne dit rien de l’état réel du consensus en son sein.
Plusieurs questions restent ouvertes : d’autres sanctions sont-elles à attendre, que fera la justice du dossier transmis, comment l’opposition réagira-t-elle, et quel sera le coût économique des coupures ? Les réponses dépendront moins du remaniement que de ce qui suivra.
En résumé
Ce gouvernement est un ajustement défensif habilement calibré : il répond à une crise immédiate tout en préservant l’ossature du pouvoir. Il sera jugé à des résultats concrets : une électricité fiable, des marchés publics transparents, une Somelec réformée. Faute de quoi, la crise de l’été pourrait revenir sous une autre forme.
Rédaction Rapide info



