Rapport Kane Ousmane : Les défaillances de la SOMELEC à l’origine des incendies de Nouakchott
Analyse du rapport de la commission Ousmane Mamoudou Kane sur les incendies des postes électriques de Nouakchott. Révélations sur les défaillances techniques, la gestion de la SOMELEC et les suites judiciaires.

Rapport Kane Ousmane
Après avoir lu en intégralité le rapport de la commission de Kane Ousmane.
Le rapport de la commission indépendante présidée par Ousmane Mamoudou Kane conclut que les incendies des postes électriques de Nouakchott ne peuvent pas être expliqués par un simple accident isolé.
Ils révèlent une chaîne de défaillances techniques, administratives et organisationnelles au sein du système de préparation, de réalisation, de contrôle et de mise en service des installations de la SOMELEC.
Comme vous le savez le rapport final a été remis aux autorités le 6 octobre 2026, après une semaine supplémentaire accordée à la commission.
Le gouvernement a ordonné l’application intégrale de ses recommandations.
1. Les faits à l’origine de l’enquête.
Deux postes de transformation de la SOMELEC ont été touchés par des incendies à Nouakchott :
le Poste Est, à Toujounine ;
le Poste Nord, à Tevragh-Zeina.
Les incendies ont provoqué d’importantes coupures d’électricité pendant plusieurs jours, affectant les familles, les entreprises, les services publics et l’activité économique.
Les dégâts matériels et les coûts de remise en état sont considérables. L’enjeu n’était donc pas seulement de réparer les postes, mais de comprendre pourquoi deux installations stratégiques ont pu être gravement endommagées presque successivement.
2. La conclusion générale du rapport.
La conclusion essentielle peut être formulée simplement :
Les incendies ont été favorisés par une accumulation de faiblesses dans la préparation des projets, la sélection des entreprises, le choix et l’installation des équipements, le contrôle technique, la maintenance, la protection contre les incendies et la gestion des urgences.
Le rapport ne réduit donc pas la crise à un seul câble ou à une seule personne.
Il met en évidence un problème plus large de gouvernance et de maîtrise des projets électriques.
Les éléments publiés indiquent que l’origine technique exacte des incendies n’aurait pas pu être établie de manière définitive. En revanche, la commission Kane Ousmane aurait clairement identifié des défaillances dans la prévention, la protection électrique, le contrôle des travaux et la gestion des urgences.
3. Les reproches adressés à la SOMELEC.
Une préparation insuffisante des projets
La commission aurait relevé des insuffisances dès la préparation des marchés et des travaux.
Cela concerne notamment :
la définition des besoins ;
la préparation des cahiers des charges ;
l’analyse des risques ;
la vérification des conditions techniques ;
la planification de la mise en service ;
la coordination entre les différents intervenants.
En clair, certains projets auraient été engagés sans que tous les risques techniques et opérationnels soient suffisamment maîtrisés.
Un contrôle insuffisant des entreprises.
Le rapport mettrait en cause la manière dont les entreprises candidates ont été évaluées et contrôlées.
La commission aurait examiné :
les références techniques présentées ;
les qualifications exigées ;
les attestations de bonne exécution ;
la capacité réelle des entreprises ;
les conditions de sélection ;
le suivi de l’exécution des marchés.
La question centrale est la suivante :
Les entreprises retenues avaient-elles réellement l’expérience et les compétences nécessaires pour intervenir sur des équipements électriques aussi sensibles ?
4. Le cas de CTM Bâtiment.
Le rapport s’intéresse particulièrement au rôle de CTM Bâtiment, société citée dans les informations publiques comme ayant fourni, installé ou raccordé certains câbles moyenne tension concernés par les travaux.
Des interrogations ont été soulevées sur :
la réalité de certaines références techniques ;
la conformité des attestations présentées ;
l’expérience réelle de l’entreprise dans les travaux similaires ;
les conditions d’attribution de certains marchés ;
le contrôle des équipements livrés et installés ;
l’exécution des délais contractuels.
Une organisation de transparence avait notamment affirmé que CTM Bâtiment aurait présenté comme référence des travaux réalisés à la centrale solaire de la SNIM, alors que d’autres documents attribueraient la partie technique à une autre entreprise.
Elle avait également soulevé des questions sur un marché d’environ 819 millions de MRU attribué alors que plusieurs offres moins élevées auraient été déposées. Ces éléments constituaient des soupçons à vérifier et non une condamnation définitive.
5. Le marché et ses suites.
La procédure d’attribution a connu plusieurs étapes.
CTM Bâtiment a d’abord été désignée attributaire provisoire de certains marchés. Une attribution provisoire ne signifie pas que le contrat est définitivement sécurisé : elle peut encore faire l’objet de contrôles, de recours ou d’une réévaluation.
Selon les documents de la SOMELEC, le marché relatif à la construction de deux postes 33/15 kV et à la réhabilitation de six autres postes a fait l’objet d’une attribution provisoire, puis d’une attribution définitive après réévaluation.
Le rapport semble toutefois recommander une vigilance particulière sur les paiements et les procédures liés au marché de CTM Bâtiment. Des informations publiques indiquent notamment une recommandation de :
suspendre les paiements liés au marché concerné ;
saisir l’autorité de régulation des marchés publics ;
transmettre aux autorités judiciaires un dossier relatif à une attestation de bonne exécution contestée par la SNIM.
Cela signifie que le marché n’est pas simplement considéré comme une affaire commerciale ordinaire. Il doit faire l’objet d’un examen administratif, technique et éventuellement judiciaire.
6. Des insuffisances dans les câbles et les équipements ?
Le rapport aurait examiné le choix des câbles, leur conformité et leur intégration dans les installations.
Les points étudiés concerneraient notamment :
les caractéristiques techniques des câbles ;
leur conformité au cahier des charges ;
leur résistance et leur capacité ;
les conditions de stockage ;
les opérations de raccordement ;
les essais avant mise sous tension ;
la compatibilité avec les systèmes de protection.
Il faut cependant être prudent.
Les informations actuellement disponibles ne permettent pas d’affirmer que les câbles seraient définitivement la cause directe des incendies.
La conclusion paraît plutôt être la suivante :
Même si l’origine exacte du feu n’est pas définitivement établie, les contrôles techniques et les procédures de sécurité n’étaient pas suffisamment solides pour prévenir ou limiter le risque.
7. Des faiblesses dans la protection électrique et incendie.
La commission aurait également relevé des problèmes concernant les systèmes de protection.
Cela peut concerner :
la détection des anomalies électriques ;
les dispositifs de coupure automatique ;
la coordination des protections ;
la détection incendie ;
les moyens d’extinction ;
l’alerte des équipes ;
la rapidité de l’intervention ;
la protection des installations voisines.
Dans une installation électrique importante, il ne suffit pas que les câbles fonctionnent.
Il faut aussi que les systèmes de protection détectent rapidement toute anomalie et isolent la partie dangereuse avant qu’elle ne provoque un incendie majeur.
8. Une gestion insuffisante des urgences.
Le rapport de Kane Ousmane aurait constaté des faiblesses dans la préparation aux situations de crise.
Les questions portaient notamment sur :
l’existence de plans d’urgence ;
la disponibilité des équipes d’intervention ;
les moyens matériels de lutte contre le feu ;
la coordination entre les services ;
les solutions de secours ;
le rétablissement de l’électricité ;
la continuité de l’alimentation en eau et des services essentiels.
L’enquête avait officiellement pour mission d’évaluer l’efficacité de l’extinction des incendies, le niveau de préparation, les modalités de rétablissement du service et les solutions alternatives pour l’eau et les services de santé.
9. Les responsabilités envisagées.
Le rapport ne semble pas retenir une responsabilité unique. Il met plutôt en évidence une répartition possible des responsabilités entre plusieurs acteurs :
les responsables de la SOMELEC ;
les services techniques ;
les responsables de la maintenance ;
les personnes chargées du contrôle des travaux ;
les entreprises prestataires ;
les fournisseurs ;
les personnes ayant validé les équipements ;
les responsables de la mise sous tension ;
les autorités ayant validé les procédures de marché.
La commission distingue donc probablement :
les erreurs de décision ;
les omissions ;
les négligences ;
les insuffisances de contrôle ;
les éventuelles irrégularités dans les marchés ;
les manquements techniques.
Cette distinction est importante, car la responsabilité administrative, la responsabilité contractuelle et la responsabilité pénale ne sont pas identiques.
10. Les suites administratives.
Le gouvernement a annoncé des mesures administratives strictes contre les personnes ayant manqué à leurs obligations.
Ces mesures pourront être prises en fonction du rôle réel de chacun et de la gravité des manquements constatés.
Elles pourraient concerner :
des responsables de la SOMELEC ;
des agents chargés du suivi des travaux ;
des responsables de la maintenance ;
des personnes ayant validé certains documents ;
des responsables ayant négligé des alertes ou des procédures.
Le principe annoncé est celui d’une responsabilité individualisée : chacun doit répondre de ses propres actes ou omissions.
11. Les suites judiciaires.
Le rapport prévoit également la transmission aux autorités judiciaires des éléments susceptibles de révéler des violations de la loi.
Les procédures pourraient porter sur :
des attestations contestées ;
d’éventuelles fausses déclarations ;
l’irrégularité d’une procédure de marché ;
la fourniture de matériel non conforme ;
une mauvaise exécution contractuelle ;
des négligences ayant contribué aux incendies ;
d’éventuels conflits d’intérêts ;
d’éventuelles infractions liées à la commande publique.
Il ne s’agit pas encore de condamnations.
Le parquet et les tribunaux devront établir les faits, entendre les personnes concernées et déterminer s’il existe des preuves suffisantes.
12. Les recommandations principales.
Les recommandations du rapport semblent s’organiser autour de plusieurs priorités.
Sécuriser rapidement les installations
Il faut :
réhabiliter les deux postes endommagés ;
vérifier les autres postes similaires ;
contrôler les câbles et les systèmes de protection ;
renforcer les dispositifs de détection et d’extinction ;
éviter la remise en service d’équipements insuffisamment testés.
Renforcer le contrôle des marchés.
Il faut :
vérifier les qualifications des entreprises ;
contrôler les références présentées ;
examiner les attestations de bonne exécution ;
renforcer l’expertise technique lors de l’évaluation ;
suivre les travaux jusqu’à leur réception ;
suspendre les paiements lorsque la conformité n’est pas démontrée.
Améliorer la gouvernance de la SOMELEC
Le Premier ministre a demandé l’élaboration d’un plan organisationnel et de développement pour doter la SOMELEC des capacités nécessaires à une meilleure qualité de service et à une gestion plus efficace des projets d’investissement.
Ce plan devrait notamment améliorer :
la planification ;
la maintenance ;
la gestion des risques ;
le contrôle interne ;
la formation ;
la responsabilité des cadres ;
la supervision des prestataires ;
la transparence des marchés.
Préparer de véritables plans d’urgence
La SOMELEC doit pouvoir réagir rapidement lorsqu’un poste important tombe en panne ou prend feu.
Cela nécessite :
des procédures écrites ;
des exercices réguliers ;
des équipes disponibles ;
des équipements de secours ;
des itinéraires d’alimentation alternatifs ;
une coordination efficace avec les services publics ;
une communication claire avec les citoyens.
13. Ce que le rapport change politiquement et administrativement.
Le rapport transforme une crise électrique en question de gouvernance publique.
Il ne s’agit plus seulement de savoir pourquoi deux postes ont brûlé. Il faut également répondre à des questions plus profondes :
Comment les projets sont-ils préparés ?
Qui vérifie les références des entreprises ?
Qui contrôle la qualité des équipements ?
Qui autorise la mise sous tension ?
Qui suit les retards ?
Pourquoi des sanctions ne sont-elles pas appliquées lorsqu’un délai est largement dépassé ?
Qui vérifie que les recommandations sont effectivement mises en œuvre ?
La crise révèle donc un problème de confiance entre l’État, les entreprises publiques, les prestataires et les citoyens.
14. Synthèse en langage simple.
Le rapport Kane Ousmane dit essentiellement ceci :
Les incendies ne sont pas seulement le résultat d’un problème technique imprévisible. Ils ont été favorisés par plusieurs faiblesses : préparation insuffisante des projets, contrôle incomplet des entreprises, doutes sur certaines références et attestations, surveillance technique insuffisante, faiblesse des systèmes de protection, mauvaise préparation aux urgences et défauts dans la gouvernance de la SOMELEC.
Le rapport recommande donc de :
réparer et sécuriser les postes ;
vérifier les équipements ;
suspendre ou réexaminer certains paiements et marchés ;
saisir les autorités de régulation ;
transmettre certains dossiers à la justice ;
sanctionner les responsables selon leur degré de faute ;
réorganiser la SOMELEC ;
renforcer durablement la maintenance, le contrôle et la gestion des risques.
Conclusion
Le rapport de Kane Ousmane ne se limite pas à rechercher la cause immédiate des incendies. Il met en lumière une chaîne de responsabilités et de faiblesses allant de la préparation des marchés jusqu’à la mise en service des équipements et à la gestion de la crise.
Sa conclusion la plus importante est que la sécurité du réseau électrique dépend autant de la qualité des câbles que de la qualité de la gouvernance : choix des entreprises, contrôle des travaux, respect des normes, maintenance, transparence et responsabilité.
La suite dépend désormais de l’application effective des recommandations.
Le gouvernement a demandé leur mise en œuvre intégrale, la réhabilitation immédiate des postes et l’engagement de procédures administratives et judiciaires lorsque les faits le justifient.
Abdoulaziz DEME
Le 09 Octobre 2026



