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Mauritanie : Troisième mandat de Ghazouani, un débat qui divise

La tournée du parti El Insaf au Sud de la Mauritanie ravive le débat sur un 3e mandat pour Ghazouani. Analyse d'une fracture entre élus et citoyens.

Alors que la tournée du parti au pouvoir El Insaf dans le Sud du pays ravive les appels à une révision constitutionnelle pour un troisième mandat du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la classe politique et l’opinion publique se déchirent. Entre élus locaux favorables à la continuité, opposition vent debout et population préoccupée par la crise socio-économique, décryptage d’un débat qui paralyse le dialogue national.

Quand la question du troisième mandat divise élus et citoyens

_Par Yahya Niane – Rapide Info_

À Nouakchott comme dans les wilayas de l’intérieur, une même question *sourd* et occupe désormais l’espace public : faut-il rouvrir la Constitution pour permettre un troisième mandat au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani ? Loin d’être une simple rumeur de palais, cette hypothèse a pris corps avec la tournée de sensibilisation menée par les cadres du parti El Insaf au Sud du pays. Officiellement présentée comme une démarche de « rapprochement avec la base », elle est en réalité perçue par beaucoup comme le prélude à une manœuvre constitutionnelle. Or, le pays semble loin de faire bloc. En effet, entre élus partagés et citoyens davantage préoccupés par le quotidien, le consensus attendu ne vient pas. Au final, la classe politique paraît « pas en ordre de sainteté ».

D’abord, le Parti de l’Équité, El Insaf, créé en 2022 pour porter l’action du président Ghazouani, multiplie les descentes sur le terrain. Les dernières étapes l’illustrent : Magta Lahjar et Bababé dans le Brakna, Kaédi et Maghama dans le Gorgol. Selon un communiqué du parti, l’objectif est de « renforcer le contact direct avec les instances du parti, les élus et les acteurs locaux, et de recueillir les préoccupations des citoyens ». Toutefois, un décalage apparaît entre le discours officiel et les prises de parole locales. Devant les militants, les coordinateurs se contentent d’assurer que la « poursuite de la ligne du président » est la « garantie pour préserver les acquis ». Le mot « troisième mandat » n’est jamais prononcé par la direction du parti. En revanche, sur place, le message est plus direct. À Bababé, à Kaédi et à Maghama, plusieurs maires ont publiquement demandé un troisième mandat, au nom de la « stabilité » et de la « continuité des réformes ». Un scénario qui fait écho à ce qui s’était déjà entendu dans le Trarza quelques semaines plus tôt.

Sur le plan juridique, la Constitution est pourtant claire : l’article 28 limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Réélu le 29 juin 2024 avec 56,12% des voix, Mohamed Ould Ghazouani a prêté serment pour son second et, a priori, dernier mandat le 1er août. Dès lors, pour contourner ce verrou, il faudrait engager une révision constitutionnelle. Techniquement, cela semble à portée de main : El Insaf détient 107 sièges sur 176 à l’Assemblée Nationale. Mais politiquement, la manœuvre est risquée. Car l’opposition, emmenée par Biram Dah Abeid, dénonce déjà une tentative de « hold-up électoral » et une atteinte au principe de l’alternance pacifique. Conséquence : elle a conditionné sa participation à tout dialogue national à l’abandon explicite de ce projet, gelant ainsi les perspectives de concertation.

Sur le terrain, ce bras de fer se traduit par un contraste frappant. Si le parti parle d’un accueil « massif », les échos qui remontent des quartiers et des marchés racontent une autre histoire. D’un côté, le camp des élus : à Bababé, Kaédi, Maghama et dans le Trarza, des maires et notables portent la voix du troisième mandat. Pour eux, il ne s’agit pas d’un « tripatouillage » mais d’une « adaptation nécessaire » pour finaliser les chantiers en cours. De l’autre côté, le camp du quotidien : le peuple semble indifférent. Une large part de l’opinion publique reste focalisée sur l’électricité, la flambée des prix, le chômage des jeunes et l’accès à l’eau. Pour beaucoup, le débat constitutionnel apparaît comme une distraction orchestrée par la classe politique. C’est d’ailleurs ce climat qui, selon plusieurs observateurs, « paralyse le dialogue national ». Ainsi, cette déconnexion explique le sentiment de désordre ambiant. Les élus parlent d’une voix, mais la base ne suit pas en bloc.

En définitive, la mission d’El Insaf au Sud aura mis en lumière une réalité : le message de continuité est relayé par les élus locaux, mais l’idée d’un troisième mandat ne fait pas consensus dans la rue. Elle divise la majorité, crispe l’opposition et laisse une partie des citoyens en retrait. Tant que ce sujet restera au centre du jeu, le dialogue national risque de rester paralysé. Au-delà du juridique, la question posée à la Mauritanie est donc devenue une question de confiance entre dirigeants et dirigés.

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