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Mauritanie : Cri du cœur d’un citoyen engagé | Abdoulaziz DEME

Analyse et réflexions d'un citoyen mauritanien engagé : décalage entre indicateurs économiques et quotidien, enjeux de gouvernance et appel à l'action.

Cri du cœur d’un citoyen engagé !
Face au décalage entre la croissance affichée et le vécu quotidien des Mauritaniens, Abdoulaziz DEME lance un appel à la lucidité, à la responsabilité et à l’action pour construire un nouveau contrat social inclusif.

Quand on tourne les yeux autour de nous en Mauritanie, une question s’impose, lancinante, presque douloureuse : quel secteur fonctionne correctement dans ce pays ?

Dans les rues de Nouakchott comme dans les quartiers de Nouadhibou, Rosso, Kiffa ou Zouérate, le constat est amer : hôpitaux sans moyens, écoles surpeuplées, jeunes diplômés au chômage, eau et électricité aléatoires, justice perçue comme à deux vitesses, administration lente et parfois opaque.

Et pourtant, dans les rapports officiels, on parle de croissance, de pétrole, de gaz, de mines, de recettes fiscales en hausse.

Comment expliquer ce décalage entre les chiffres et le vécu ?

Ce cri de cœur n’est pas un exercice de pessimisme. C’est un appel à la lucidité, à la responsabilité, et à l’action.

Une économie à deux vitesses : la richesse d’en haut, la précarité d’en bas.

La Mauritanie n’est pas un pays pauvre en ressources. Loin de là.

Le secteur minier représente près de 30% du PIB et une part majeure des exportations.

La pêche industrielle contribue à hauteur de 10% du PIB et finance une partie importante du budget de l’État.

Les projets pétroliers et gaziers (GTNL, Grand Tortue Ahmeyim, etc.) promettent des revenus supplémentaires considérables.

Mais où va cette richesse ?

Pour le citoyen ordinaire, le quotidien reste marqué par :

Le chômage massif des jeunes, malgré des diplômes parfois solides.

La cherté de la vie, dans un contexte d’inflation et de dépendance aux importations.

Des services publics défaillants, incapables de suivre la croissance démographique et urbaine.

Un sentiment grandissant d’injustice et de déconnexion entre les décideurs et la population.

La vérité, aussi difficile soit-elle, est que la Mauritanie vit une économie à deux vitesses :

D’un côté, des secteurs capitalistes, bien structurés, connectés aux marchés internationaux : mines, pêche industrielle, télécoms, grandes importations, banques.

De l’autre, une économie populaire, informelle, précaire, qui assure la survie de millions de familles mais sans protection, sans perspective, sans dignité réelle.

Ce n’est pas une fatalité. C’est le résultat de choix politiques, de modèles de gouvernance, et de priorités budgétaires.

Les secteurs qui « tournent »… mais pour qui ?

Soyons honnêtes : certains secteurs fonctionnent, techniquement et économiquement.

Les mines extraient, exportent, génèrent des revenus.

La pêche industrielle transforme, vend, rapporte des devises.

Les télécommunications se développent, le mobile money progresse, les grandes villes se connectent.

Mais la vraie question n’est pas :

« Est-ce que ce secteur produit des chiffres ? »

La vraie question est :

Est-ce que ce secteur améliore concrètement la vie du plus grand nombre ?

Sur ce plan, le bilan est mitigé, pour ne pas dire préoccupant.

Les mines créent peu d’emplois directs et ont un effet d’entraînement limité sur l’économie locale.

La pêche industrielle, malgré ses revenus, ne profite pas suffisamment aux communautés côtières et menace la durabilité des ressources.

Les télécoms, bien que modernes, restent inégaux en couverture et en accessibilité, et ne transforment pas encore profondément la productivité économique.

En d’autres termes : la machine tourne, mais elle n’embarque pas tout le monde.

Pourquoi ce sentiment que « tout est pire » ?

Plusieurs facteurs expliquent ce malaise profond :

Une dépendance excessive aux secteurs extractifs

L’économie mauritanienne reste trop dépendante du fer, de l’or, du cuivre, et désormais du pétrole et du gaz. Ces secteurs sont volatils, sensibles aux cours internationaux, et peu créateurs d’emplois massifs.

Un secteur privé non extractif étouffé

Fiscalité complexe, justice peu prévisible, accès au financement difficile, concurrence déloyale avec certains acteurs publics : l’environnement des affaires décourage l’initiative locale et l’investissement productif.

Des services publics sous tension

Éducation, santé, eau, électricité, voirie, justice : la demande explose, les capacités de l’État ne suivent pas. Le résultat est un sentiment d’abandon, surtout chez les jeunes et les classes populaires.

Une informalité massive non structurée

Une grande partie de l’économie réelle échappe à la régulation, à la fiscalité, à la protection sociale. Cela donne une impression de « chacun pour soi », de systèmes parallèles, d’injustice structurelle.

Un décalage entre richesse macro et vécu micro.

Les indicateurs macroéconomiques peuvent sembler « corrects », mais le quotidien reste marqué par le chômage, la précarité, la cherté de la vie, et le sentiment que les opportunités sont réservées à un cercle restreint.

Ce n’est pas une fatalité : la Mauritanie a les moyens de réussir.

La Mauritanie n’est pas condamnée à ce modèle. Elle a :

Des ressources naturelles considérables (mines, pêche, potentiel pétrolier et gazier, énergies renouvelables).

Une jeunesse nombreuse, dynamique, connectée, prête à entreprendre.

Une diaspora engagée, compétente, investie dans le développement local.

Une position géostratégique entre l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb, avec un potentiel logistique et commercial réel.

Le problème n’est pas le manque de ressources. Le problème, c’est le modèle de gouvernance et de redistribution.

Appel à une prise de conscience collective

Cet article est un appel :

Aux décideurs politiques : il est temps de passer d’une logique de rente à une logique de développement inclusif. Les revenus des mines, de la pêche, du pétrole et du gaz doivent être massivement investis dans l’éducation, la formation, la santé, les infrastructures de base les centrales électriques ou énergétiques éoliennes, et l’appui aux PME locales.

Au secteur privé : il est possible de faire du profit tout en contribuant au développement national. La responsabilité sociale des entreprises ne doit pas être un slogan, mais une pratique concrète : emplois décents, formation, sous-traitance locale, respect de l’environnement.

À la société civile et aux jeunes : ne vous résignez pas au fatalisme.

Organisez-vous, proposez, exigez, contrôlez. La démocratie ne se limite pas aux élections ; elle se vit dans le débat public, la mobilisation citoyenne, et la redevabilité des dirigeants.

À la diaspora : votre rôle est crucial. Vous avez les compétences, les réseaux, les ressources. Mais votre engagement doit être structuré, collectif, orienté vers des projets concrets et durables, pas seulement vers l’assistance ponctuelle.

Pour un nouveau contrat social mauritanien

La question « quel secteur fonctionne correctement en Mauritanie ? » doit être reformulée.

La vraie question est : « Comment faire en sorte que les secteurs qui fonctionnent profitent réellement à l’ensemble de la population ? »

Cela exige :

Une diversification économique réelle, au-delà des secteurs extractifs.

Un environnement des affaires simplifié et équitable, favorisant les PME et l’initiative locale.

Une redistribution plus juste des revenus nationaux, avec des investissements massifs dans le capital humain.

Une structuration de l’informel, avec reconnaissance, formation, accès au crédit et protection sociale progressive.

Une gouvernance plus transparente, avec un contrôle citoyen renforcé sur les contrats, les budgets, et les projets.

La Mauritanie mérite mieux.

La Mauritanie n’est pas un pays en échec. C’est un pays en attente de choix politiques clairs.

Oui, certains secteurs tournent. Mais tant que cette richesse restera concentrée entre 309 ou 400 personnes , tant que les services publics resteront défaillants, tant que les jeunes resteront sans perspective, le sentiment que « tout est pire » persistera.

Il est temps de construire un nouveau contrat social, où la richesse nationale se traduit par des opportunités réelles pour chaque Mauritanien, où l’État redevient un garant de justice et de services de qualité, où le secteur privé devient un partenaire du développement et non une caste fermée.

La Mauritanie a les moyens de réussir.

Ce qui manque, ce n’est pas l’argent, ni les ressources. C’est la volonté politique des gouvernements, la vision stratégique, et la mobilisation citoyenne.

À nous de les construire, ensemble.

Abdoulaziz DEME

Le 25 Août 2026.

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