Publications des résultats du Bac 2026 : Nouakchott à 16%, Guidimakha à 4% : Le Bac 2026 consacre l’école à deux vitesses

Publications des résultats du Bac 2026 :
Nouakchott à 16%, Guidimakha à 4% : Le Bac 2026 consacre l’école à deux vitesses
_Par Yahya Niane_ | _Pour Rapide Info_ | Kaédi, 22 Juillet 2026
Les résultats de la première session du Baccalauréat 2026 sont tombés. Et le constat est sans appel : le système éducatif mauritanien est en état d’alerte.
Avec une moyenne simple de 11,74% au niveau national, et un écart abyssal de 14,77 points entre la meilleure et la moins bonne wilaya, ces chiffres ne sont plus de simples statistiques. Bien plus que des notes, ils sont le reflet d’une crise structurelle qui appelle une réponse politique forte : la tenue d’états généraux de l’éducation.
À première vue, le palmarès par wilaya dresse une carte scolaire à deux vitesses. D’un côté, les territoires qui tirent leur épingle du jeu : Nouakchott Ouest arrive en tête avec 18,83%, suivie de Nouakchott Nord à 15,69% et de Hodh El Gharbi *à* 14,43%. Ici, la concentration des moyens, des lycées d’excellence et des centres de préparation paie. Mais de l’autre côté, le tableau est beaucoup plus sombre. Trarza n’atteint que 9,36%, Adrar 7,70%, Gorgol 6,67% et Guidimakha ferme la marche avec 4,06%.
Le fossé est donc béant. Quatre wilayas sont sous la barre des 10%. Au Guidimakha, moins d’1 élève sur 25 réussit dès la première session. Dans ces conditions, comment parler d’égalité des chances ? Pire encore, seulement 5 wilayas dépassent 14%. Plus de la moitié du pays est sous les 12%.
Au-delà des chiffres, ces résultats confirment une tendance lourde. Il ne s’agit pas « d’une mauvaise cuvée ». Premièrement, on observe une fracture territoriale profonde : la moyenne des 3 wilayas de Nouakchott est de 16,12% contre 6,95% pour les 4 dernières. Autrement dit, on forme des Mauritaniens à vitesse variable selon leur lieu de naissance. *Deuxièmement, la crise de l’encadrement est évidente. Comment exiger 15% de réussite dans des classes surchargées, sans profs de sciences qualifiés, et parfois sans eau ni électricité ? Enfin, il y a le gâchis humain. Avec 85% à 96% d’échec en première session, que deviennent ces milliers de jeunes ? La question se pose : combien abandonneront avant la seconde session ? En somme, l’école ne corrige plus les inégalités sociales. Aujourd’hui, elle les reproduit et les aggrave.
Certes, des réformes ont été lancées. Seulement, les chiffres de 2026 montrent qu’elles ne touchent pas le fond. Il est donc temps de changer de méthode. Loin de désigner des coupables, des états généraux de l’éducation doivent rassembler tous les acteurs : profs, parents, élèves, syndicats, collectivités. L’enjeu est clair : poser un diagnostic sans tabou et déboucher sur un plan d’action concret avec des objectifs mesurables.
Pour passer des constats aux actes, des mesures d’urgence s’imposent d’ici 2029, organisées autour de trois axes prioritaires.
S’agissant d’abord de l’enseignant et de l’élève, il est indispensable d’instaurer une prime « zones difficiles » pour les enseignants affectés au Gorgol, au Guidimakha, en Adrar, au Tagant pendant 3 ans minimum, afin de corriger les déséquilibres. De même, la formation continue doit devenir obligatoire à raison de 60h/an, adaptée aux besoins réels du terrain. Allant plus loin, un audit national des compétences enseignantes doit être lancé avant les prochaines ouvertures afin d’évaluer 100% des enseignants du secondaire et en déduire un plan de formation individualisé sur 3 ans. L’objectif est que 90% des profs de matières d’examen soient « certifiés aptes » d’ici 2029. Enfin, la formule du Baccalauréat elle-même doit être réformée à l’horizon 2028. Concrètement, un test d’admission en Terminale en Octobre avec un seuil de 8/20, puis une validation de candidature au Bac en Février avec un seuil de 9/20 et un plan de rattrapage obligatoire. Le Bac final passerait à 40% de contrôle continu et 60% d’examen final. Le but : passer de 11,74% à 25% en 1ère session en 2029 en arrêtant d’envoyer des élèves non préparés.
Concernant ensuite l’équité territoriale*, un « Pacte pour 10% » doit garantir qu’aucune wilaya ne soit sous 10% de réussite en 1ère session d’ici 2029, avec une dotation prioritaire pour les 5 dernières wilayas. *Dans la même logique, il faut ouvrir 1 centre de révision gratuit par wilaya dès la rentrée 2027, ouvert 6j/7 et encadré par des enseignants. Pour lutter aussi contre l’abandon scolaire, il est urgent de développer les cantines et internats en construisant plusieurs internats dans les zones rurales d’ici 2028.
Pour ce qui est enfin de la qualité et de la gouvernance, il faut réduire la pléthore des effectifs avec un plafond de 45 élèves par classe au lycée d’ici 2028. Ensuite, tous les lycées doivent être équipés en matériel scientifique, avec des labos de Physique /Chimie et Sciences d’ici fin 2027. Par ailleurs, il faut auditer toute la chaîne de pilotage : ministère, DREN, inspections, établissements, pour responsabiliser et corriger les dysfonctionnements. Dans la même dynamique, une évaluation trimestrielle publique des taux de réussite par lycée et par matière permettra de créer l’émulation et la transparence. Pour clore, un fonds d’urgence « décrochage » est nécessaire pour détecter et rattraper les élèves en difficulté dès la 3ème.
Au final, trois vérités s’imposent. On ne peut pas demander les mêmes résultats à Nouakchott Ouest et à Guidimakha si on ne met pas les mêmes moyens. On ne peut pas exiger 15% à un élève si on ne l’a pas évalué et accompagné dès Octobre. On ne peut pas attendre de bons résultats si on ne forme pas d’abord les enseignants.
Le Bac 2026 n’est donc pas qu’un examen. C’est un thermomètre. Et le thermomètre affiche la fièvre.
Dès lors, sauver l’école n’est plus une option. C’est un choix politique. Il est temps de soigner le malade avant qu’il ne soit trop tard.
Il faut que notre école redevienne cet ascenseur social comme jadis et non une école d’élite !



