Passif humanitaire : Les victimes en ordre dispersé !
Passif humanitaire : Les victimes en ordre dispersé!
_L’initiative de l’UFP de réunir les principaux protagonistes du dossier_
30 ans après, le Passif humanitaire saigne encore. Non pas parce qu’on a oublié, mais parce que les victimes parlent en rangs dispersés.
Tant que les ayants droit, les rescapés militaires et même l’élite qui devait les porter restent divisés, l’État continuera de gérer la douleur au compte-goutte.
Le dossier renvoie aux violations graves des droits humains commises entre 1989 et 1991 : exécutions sommaires, disparitions forcées, tortures, et déplacements massifs.
Il est important de le rappeler : le Passif humanitaire ne concerne pas seulement les fonctionnaires civils et militaires négro-mauritaniens. Toutes les populations négro-africaines vivant en Mauritanie à cette période ont été victimes : fonctionnaires civils,militaires, paysans, éleveurs, commerçants, étudiants. Le préjudice est national, pas catégoriel.
Aujourd’hui encore, les victimes sont en ordre dispersé. Des milliers de familles vivent entre la Mauritanie, le Sénégal et le Mali. Beaucoup n’ont ni les moyens, ni le cadre pour se regrouper, porter plainte collectivement ou désigner un porte-parole commun. À cette dispersion géographique s’ajoute une dispersion politique. Les ayants droit des victimes et rescapés ne sont pas en ordre de sainteté. Les priorités divergent : pour certains il faut d’abord la justice, pour d’autres l’indemnisation, pour d’autres encore le devoir de mémoire.
Cette fracture est aggravée par la division et l’indifférence d’une partie de l’élite négro-mauritanienne face au dossier. Entre calculs politiques, positionnements individuels et silence, plusieurs cadres censés porter la voix des victimes ont choisi la distance. Ce vide a laissé le champ libre à l’émiettement.
Chez les rescapés militaires, la cassure est visible. Ils ne partagent pas tous la position de Samba Thiam. La majeure partie d’entre eux prône la justice transitionnelle pour clore la page sombre de notre histoire : vérité, réparations, pardon, et garanties de non-répétition. D’autres continuent de réclamer des poursuites judiciaires. Or le débat s’est récemment durci. Les propos proférés par un ex-militaire promouvant la justice transitionnelle à l’encontre de Samba Thiam ont été véhéments, insultants et diffamatoires. Cette escalade éloigne les positions au lieu de les rapprocher.
Face à ce constat, l’Union des Forces Progressistes – UFP a décidé de prendre ses responsabilités et de lancer une initiative politique pour réunir les principaux protagonistes du dossier. L’objectif n’est pas de se substituer aux victimes, mais de créer les conditions d’un dialogue national. L’UFP propose trois axes : d’abord regrouper victimes et ayants-droit malgré les sensibilités et les trajectoires différentes pour dégager une plateforme commune minimale. Ensuite mettre autour de la table les associations de victimes, les partis politiques, la société civile et les représentants de l’État afin de sortir d’une gestion au cas par cas. Enfin remettre le Passif humanitaire au cœur de l’agenda national pour obtenir un processus juste de vérité, justice, réparation et mémoire.
L’UFP est consciente des difficultés. Il existe un passif. L’UFP, à travers son prédécesseur le M.N.D, avait eu un différend avec une partie des victimes qui n’ont jamais pardonné le communiqué publié lors du putsch avorté de 1987. Ce contentieux historique pèse encore sur la confiance. C’est pourquoi l’UFP appelle à une table ronde sans parti pris. Un cadre inclusif, apolitique, où toutes les composantes des victimes, y compris les voix dissonantes et critiques, peuvent s’exprimer librement. Seule une démarche transparente peut dépasser les méfiances.
Les défis restent énormes : la crainte de récupération politique, les divisions internes entre partisans de la justice judiciaire et partisans de la justice transitionnelle, le silence d’une partie de l’élite, la pluralité des attentes entre justice, réparation, mémoire et retour des biens, et le temps qui efface les preuves.
En somme, l’UFP tente de faire ce travail de mise en ordre que l’État n’a pas encore accompli : recenser, écouter, rassembler. Sans cela, le Passif humanitaire restera une plaie ouverte dans la mémoire collective mauritanienne.
_Pour que justice se fasse, il faut d’abord que les voix se rassemblent ,se concertent et se font conscience. « La Mauritanie doit oser revisiter et revoir son passé afin de résoudre ses problèmes » et il n’est jamais trop tard pour bien faire …..
Yahya Niane
_Pour Rapide Info_



