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L’indépendance de la Mauritanie : Un plan colonial empoisonné ?

Analyse critique d’Ely Ould Sneiba sur l’indépendance de la Mauritanie. Entre la stratégie du Général  De Gaulle, les tensions ethniques Maures – Pulaars et les revendications territoriales, découvrez les dessous d’une décolonisation complexe.

Dans cette tribune, Ely Ould Sneiba explore les fondements de l’indépendance  de la Mauritanie sous le prisme de la politique coloniale française. En analysant le rôle du général De Gaulle et les dynamiques internes entre Maures et Pulaars, l’auteur interroge la création d’un État aux frontières et aux équilibres communautaires complexes dès 1960.

Le plan colonial pour l’indépendance de la Mauritanie : un cadeau empoisonné.

Pendant le conflit armé algéro-marocain connu sous le nom de ‘la guerre des sables’, le général De Gaulle avait fait preuve d’une duplicité bien coloniale en offrant son soutien aux deux camps pour les encourager à s’entretuer. À ses yeux, le conflit n’était qu’une ‘histoire d’Arabes’.
La révélation de cette confidence par Alain Peyrefitte, son ministre des affaires étrangères, dans ‘C’était De Gaulle’, éveille des doutes sur les intentions bienveillantes du général envers ses anciennes colonies arabes.
Il est donc légitime de supposer que le président décolonisateur ait élaboré un stratagème machiavélique pour enfoncer les Maures dans des problèmes inextricables postindépendance, un conflit des ethnies plutôt qu’une ‘guerre des sables’.
Ainsi, De Gaulle a catégoriquement refusé toute entente entre le Maroc et la Mauritanie, et a décidé de rendre cette dernière indépendante, tout en fusionnant les Maures et les Pulaars : on a séparé les Foutanké de la rive droite du fleuve Sénégal de ceux de la rive gauche, et on a également séparé les Maures de leur prolongement marocain, de leurs cousins sanhadja et oudaya.
En réaction à cette décision, la Ligue des États arabes, conformément à une résolution du 23 août 1960, a exprimé son soutien agissant en faveur des revendications territoriales du Maroc à propos de la Mauritanie, affirmant que l’impérialisme cherchait par son plan à créer une ‘identité artificielle’, sous le nom de République Islamique de Mauritanie.
C’est là que les Arabes et les nationalistes pulaars, sans la moindre télépathie, ont pensé la même chose.
En effet, peu de temps après l’accession à la souveraineté nationale, les nationalistes pulaars ont réagi avec vigueur et ont affirmé que la Mauritanie était véritablement un État artificiel, multiethnique, qui ne peut exister sans l’établissement d’une identité plurielle.
Ils ont même surenchéri en affirmant qu’ils étaient majoritaires, même si par ailleurs, ils faisaient comprendre au président Mokhtar que des garanties constitutionnelles étaient absolument nécessaires pour protéger les Négro-Mauritaniens minoritaires : ‘’Ils disaient que si la règle démocratique, selon laquelle la majorité numérique impose sa loi à la minorité, était appliquée telle que chez nous, la majorité maure pourrait, dans certains domaines importants, imposer des mesures qui lèseraient la minorité noire’’ (M. O. Daddah, p287).
Certains irrédentistes sénégalais partageaient également cette opinion. Ils affirmaient que les Négro-Mauritaniens ‘’seraient mieux à leur place dans l’ensemble sénégalais que dans la situation de minorité qui était la leur en Mauritanie ‘’ (Constantin François. Les relations internationales de la Mauritanie. P 37).
Comment est-il possible d’être à la fois majoritaire et minoritaire ?
Peu importe si les Poulo-Toucouleurs sont majoritaires ou minoritaires, la question du ‘vivre-ensemble’ sera abordée avec une violente acuité.
En vérité, les nationalistes pulaars se manifestent bien au-delà des frontières de la Mauritanie et souhaitent voir les Peuls être reconnus comme un peuple à part entière dans chaque État ouest-africain.
Naturellement, la puissance coloniale ne peut pas ignorer tout cela, mais ‘le pays des Maures’ est perçu comme le maillon faible parmi les anciens États de l’AOF. Il a souffert et souffrira encore, certainement car ‘le Roy le veult’.
Ely Ould Sneiba
Le 13 juillet 2026

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