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Passif humanitaire en Mauritanie : quelle solution équitable et salvatrice ?

Passif humanitaire en Mauritanie : quelle solution équitable et salvatrice ?

Le passif humanitaire ne se règle ni par l’oubli, ni par l’argent seul, ni par des formules politiques expéditives.

Une sortie juste et durable suppose vérité, justice, réparation et mémoire, dans un cadre national inclusif respectueux de la dignité des victimes .

En Mauritanie, les événements de 1989-1991 ont laissé des blessures profondes : déportations, exactions, spoliations, exécutions sommaires et ruptures durables de confiance entre l’État et une partie de ses citoyens .

Depuis longtemps, les victimes et leurs organisations demandent que le dossier soit traité comme une question de droits humains et non comme un simple problème administratif ou financier .

Un passé qui exige la vérité.

La première exigence est la vérité.
Sans établissement clair des faits, des responsabilités et des mécanismes qui ont rendu possible le drame, aucune réconciliation ne peut être solide .
Les travaux de réflexion menés dès 2007 insistaient déjà sur le devoir de vérité comme préalable au rétablissement de la justice, ainsi que sur la nécessité d’aborder ce dossier avec sérénité et objectivité .

Cette vérité doit être officielle, publique et documentée. Elle doit reconnaître les victimes, nommer les violations, et distinguer clairement la responsabilité d’un système politique de la stigmatisation d’une communauté entière .

La justice transitionnelle comme cadre
La solution la plus équitable est celle de la justice transitionnelle, combinant enquête indépendante, reconnaissance institutionnelle, réparations et garanties de non-répétition . Les expériences évoquées dans les débats mauritaniens renvoient aux commissions vérité et réconciliation d’autres pays, dont l’Afrique du Sud et le Maroc, comme exemples de mécanismes capables d’ouvrir un espace de dialogue, d’écoute des victimes et de réparation .

Mais une commission ne peut réussir que si elle est crédible, indépendante et dotée d’un mandat clair.
Elle doit entendre les victimes, les ayants droit, les témoins et, si nécessaire, les auteurs ou responsables institutionnels, afin de produire un récit national partagé .

Elle doit aussi déboucher sur des mesures concrètes, et non sur une simple mise en scène de réconciliation.

Réparer sans humilier.

L’indemnisation financière est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Des organisations de victimes et des voix politiques rappellent qu’un règlement purement pécuniaire peut être perçu comme une tentative d’“acheter le silence” s’il n’est pas accompagné de vérité, de reconnaissance et de justice .

Une réparation équitable doit donc inclure les dommages matériels, moraux et symboliques, mais aussi la restitution des droits, notamment fonciers dans la vallée du fleuve Sénégal .

Cela implique également la réhabilitation administrative des victimes, la prise en charge médicale et psychologique, et des mesures de réintégration pour les familles touchées .

En d’autres termes, il faut réparer les vies, pas seulement verser des montants.
Mémoire et non-répétition
Une solution salvatrice doit aussi s’inscrire dans la mémoire nationale.

L’intégration de cette histoire dans les programmes scolaires, la création d’un lieu de mémoire et l’instauration d’une journée nationale contre les discriminations seraient des gestes forts .
Ils auraient une portée éducative et civique, en montrant que l’État reconnaît ses fautes et construit des protections contre leur retour.

C’est un point essentiel : la paix ne se limite pas à l’absence de conflit. Elle suppose des institutions qui protègent tous les citoyens de manière égale, sans exclusion, sans impunité et sans privilège communautaire .
Une voie réaliste

La voie la plus réaliste pour la Mauritanie est donc une approche en quatre piliers : vérité, justice, réparation, mémoire .

Concrètement, cela peut prendre la forme d’un dialogue national sérieux, d’une commission indépendante, d’un programme de réparation globale, et d’engagements publics de non-répétition .
Le pays ne gagnera rien à prolonger le silence. Il gagnera beaucoup à transformer cette douleur en acte fondateur d’une citoyenneté commune.
C’est à ce prix qu’une réconciliation pourra être non seulement proclamée, mais vécue.
Bref :
La solution équitable et salvatrice n’est pas l’oubli négocié : c’est la reconnaissance lucide du passé, la réparation des torts, la restitution des droits et la construction d’une mémoire commune.
Sans cela, le passif humanitaire restera une plaie ouverte ; avec cela, il peut devenir le point de départ d’une Mauritanie plus juste et plus unie .

Abdoulaziz DEME
Simple observateur politique
Le 08 Juillet 2026

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