Mauritanie : Lettre ouverte à Son Excellence le Président de la République

À un an du « moment de vérité » de mars 2027, une lettre ouverte au président interpelle : le mini-remaniement de 2026 ne vaut que s’il produit des résultats concrets en Mauritanie. Tandis que les ressources gazières et la stabilité régionale offrent une fenêtre unique, l’auteur met en garde contre un scénario d’impatience sociale si la prospérité macroéconomique reste sans traduction dans les foyers populaires mauritaniens. « Le temps des résultats est maintenant venu », conclue la lettre ouverte adressée par un éminent journaliste et blogeur mauritanien dont nours reproduisons, ci-après, le texte intégrale.
Monsieur le Président de la République,
En mars 2026, vous avez mené un mini-remaniement ministériel. Au-delà des changements de personnes, cette décision a été immédiatement perçue comme un message fort : celle d’une volonté de redonner un souffle à l’action gouvernementale, à un moment où les attentes des Mauritaniens deviennent de plus en plus pressantes.
Toutefois, un remaniement n’est jamais une fin en soi. Il prend tout son sens seulement lorsqu’il marque le début d’une nouvelle dynamique. Les citoyens ne jugent pas les gouvernements uniquement sur la composition des équipes, mais bien sur les résultats qu’elles produisent.
C’est pourquoi, à l’horizon de mars 2027, la Mauritanie se trouvera à un nouveau carrefour. Cette échéance ne sera pas qu’une date de plus sur le calendrier ; elle sera le premier véritable test de l’efficacité des choix faits en 2026.
Certes, notre pays a aujourd’hui des atouts que peu d’États de la région possèdent. Les ressources gazières ouvrent des perspectives économiques nouvelles, tandis que la stabilité institutionnelle reste un avantage stratégique majeur dans un Sahel marqué par les crises. De plus, les partenaires internationaux continuent d’afficher leur confiance.
Pourtant, une question fondamentale demeure : cette confiance internationale se traduira-t-elle enfin par une amélioration concrète de la vie quotidienne des Mauritaniens ?
Le scénario le plus souhaitable est connu de tous. Dans cette perspective, les revenus du gaz financent les infrastructures, l’éducation, la santé, la création d’emplois et la diversification de l’économie. La croissance cesse alors d’être un simple indicateur réservé aux rapports économiques et devient une réalité tangible pour les foyers.
Cependant, un second scénario semble aujourd’hui plus probable : celui d’une stabilité politique maintenue, mais accompagnée d’une impatience sociale croissante. En effet, les citoyens entendent parler de bonnes performances macroéconomiques, alors que beaucoup continuent de faire face à un chômage élevé, à la hausse du coût de la vie et à des inégalités persistantes. Or, l’écart entre les promesses et le quotidien peut vite devenir une source de fragilité.
Enfin, il existe un scénario noir que personne ne souhaite : celui où les frustrations accumulées alimentent les tensions politiques, tandis que les crises régionales ou les fluctuations des marchés internationaux compliquent encore l’action publique.
Monsieur le Président,
Le mini-remaniement de mars 2026 a ouvert une nouvelle séquence politique. En fin de compte, mars 2027 dira si cette séquence sera celle d’un simple ajustement administratif ou, au contraire, celle d’une véritable accélération des réformes.
L’histoire nous enseigne que les ressources naturelles ne garantissent jamais, à elles seules, le développement. Elles peuvent être une bénédiction lorsqu’elles sont gérées avec transparence et équité; mais elles peuvent aussi devenir une source amère de désillusion quand elles alimentent davantage les statistiques que les conditions de vie des populations.
Le véritable défi n’est donc pas de maintenir la stabilité pour elle-même. Il s’agit plutôt de faire en sorte qu’elle produise de la justice sociale, des opportunités concrètes pour la jeunesse, une administration plus efficace et une confiance renouvelée entre l’État et les citoyens.
En somme, mars 2027 sera bien plus qu’une simple échéance : ce sera un vrai moment de vérité.
Les Mauritaniens n’attendent plus seulement des changements de personnes ; ils exigent des changements de cap. Ils veulent que la promesse de prospérité portée par le gaz, les mines et les réformes se traduise désormais par des impacts réels dans leur quotidien.
Le temps des nominations est passé. Le temps des résultats est maintenant venu.
Ahmed Ould Bettar
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