Mauritanie : L’école face à un mur, selon l’UNICEF
Mauritanie : L’école face à un mur, selon l’UNICEF
L’UNICEF a présenté à Nouakchott son Analyse de la Situation des Enfants et Adolescents, le SitAn, et le volet éducation frappe par sa sévérité. Le constat est sans détour : l’école mauritanienne peine aujourd’hui à remplir sa mission première, au point que des parents parlent déjà d’une école qui « forme des analphabètes fonctionnels ».
D’abord, les bases ne passent plus. À 10 ans, âge charnière où un enfant doit pouvoir lire et comprendre un texte simple, 95 % des élèves en Mauritanie n’y parviennent pas. Ce chiffre révèle une fracture profonde : le système échoue à transmettre ce qui devrait être l’acquis minimum de la scolarité. Un parent résume l’absurdité vécue : “Il est inconcevable qu’un élève en classe de 6e année primaire ne sache pas lire et pourtant la maîtrise de la lecture est un des fondamentaux du contrat didactique”. Dès lors, comment construire des apprentissages plus avancés sur des fondations aussi fragiles ?
Ensuite, cette crise s’explique en grande partie par l’état du corps enseignant. Le rapport pointe un déficit massif de qualification : moins de 1 % des enseignants possèdent les compétences jugées nécessaires. Par conséquent, la qualité de l’enseignement s’en ressent directement. Un professeur mal outillé ne peut pas compenser les lacunes du système, et les élèves paient le prix de cette faiblesse structurelle.
De plus, les conditions matérielles aggravent la situation. Les manuels scolaires manquent cruellement dans les classes. Or, enseigner sans supports adaptés revient à demander aux enseignants et aux élèves d’avancer à l’aveugle. Ce manque de ressources transforme chaque leçon en un défi supplémentaire et freine toute progression réelle.
Face à ce triple blocage, la conséquence est presque mécanique : le décrochage scolaire explose. L’UNICEF établit un lien direct avec l’extrême pauvreté. Quand l’école ne produit pas de résultats concrets et que les besoins familiaux deviennent urgents, de nombreux parents choisissent de retirer leurs enfants des bancs. Ainsi, le cycle de la précarité se reproduit de génération en génération.
À la lumière de ce bilan alarmant, il est urgent d’évaluer les enseignants aux fins d’une formation linguistique. Relever leur niveau de langue et renforcer leurs méthodes pédagogiques constituent une première étape indispensable pour déverrouiller l’apprentissage. Sans enseignants mieux formés, aucun investissement matériel ne portera ses fruits. Comme le souligne un autre parent : “C’est inquiétant, cette situation, il urge que l’État fasse de véritables états généraux de l’éducation pour voir là où le bât blesse”.
Au fond, le message de l’UNICEF est clair. L’éducation n’est pas un secteur parmi d’autres. Elle conditionne la santé, la nutrition, la protection sociale. Tant que l’école reste bloquée, tous les autres défis de l’enfance en Mauritanie resteront plus difficiles à surmonter. Il est temps d’agir, et d’agir vite.
Analyse du bilan de SitAn UNICEF par Rapide info



