Mauritanie : Protection sociale et réforme pour le secteur informel
Face à une économie où 63% des travailleurs sont dans l'informel, la Mauritanie et la CNSS lancent une campagne majeure pour la couverture sociale universelle.
Mauritanie : un chantier pour la protection des travailleurs du secteur informel (Agence Ecofin) –
Dans une économie où 63 % des travailleurs évoluent dans l’informel, sans couverture sociale, Nouakchott engage une réforme institutionnelle majeure pour rectifier le tir.
En Mauritanie, le gouvernement entend accorder une attention accrue au bien‑être des travailleurs. C’est ce que révèle le lancement de la campagne nationale pour l’extension de la couverture sociale universelle, le mardi 19 mai. L’événement, supervisé par la ministre de la Fonction publique et du Travail, Marieme Mint Boydiel Houmeid (photo), accompagnée de la wali de Nouadhibou, Tfeila Mohameden Haden, marque le coup d’envoi d’une offensive nationale pour intégrer les travailleurs invisibles dans le système de sécurité sociale.
Le choix de Nouadhibou comme ville de lancement n’est pas anodin. La ministre a affirmé qu’il « reflète sa position en tant que pôle économique dynamique abritant des milliers de travailleurs et d’acteurs économiques dans divers secteurs de production et de services ».
La campagne s’inscrit dans la stratégie de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS) pour la période 2025‑2029, visant à moderniser l’institution et à renforcer sa préparation face aux défis. Elle cible notamment les travailleurs de la pêche industrielle et traditionnelle, de l’orpaillage, de l’agriculture, des transports et du secteur informel, tout en cherchant à simplifier et digitaliser les procédures.
Pour la ministre, l’enjeu dépasse la technique. Elle a affirmé que cette campagne est « une pierre angulaire dans la politique sociale du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui a mis l’être humain au centre des politiques publiques ». Des acquis tangibles sont déjà enregistrés. Le directeur général de la CNSS, M. Mohamed Lemine Abey Cheikh Hadrami, évoque à ce titre « l’augmentation du plafond des cotisations, la revalorisation du salaire minimum et des pensions, l’amélioration des allocations familiales, des indemnités de maternité, ainsi que la possibilité pour les veuves de bénéficier de l’assurance maladie et l’annulation de la condition d’âge de cinquante ans pour bénéficier de certains droits ».
Cette initiative intervient alors que la Mauritanie accuse un retard structurel en matière de protection sociale. La Stratégie nationale de protection sociale 2025‑2035 relève que 28,2 % de la population vit en situation de pauvreté, avec 41,2 % en milieu rural, dans un contexte de vulnérabilités croissantes liées au changement climatique et aux crises économiques. La croissance économique a par ailleurs ralenti à 5,2 % en 2024, contre 6,4 % en 2023, selon la Banque mondiale.
La campagne s’inscrit dans un effort plus large. En novembre 2025, la ministre avait tenu des entretiens à Genève avec le directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour renforcer la coopération dans les domaines du travail décent. Il reste à mesurer l’effectivité de ces engagements sur le terrain.
Félicien Houindo Lokossou



