Actualité société MauritanieActualités MauritanieAfriqueOpinions, tribunes, éditoriaux, billet d'humeur

Commission Africaine des Droits de l’homme: Forum des Ongs Africaines (Banjul 07 Mai 2026)

Commission Africaine des Droits de l’homme
Forum des Ongs Africaines
Banjul 07 Mai 2026
Panel : Gfod Africa
Presentation: Cheikh Sidati Hamady
Expert Senior en Droits des CDWD ( GFoD)
Chercheur associé Spécialiste des Discriminations Structurelles, Analyste , Essayiste .

Theme :
Accès à l’eau potable et à l’assainissement pour les communautés discriminées sur la base du travail et de l’ascendance (CDWD)
Entre exclusion structurelle, atteinte à la dignité et impératif de justice sociale en Afrique

À l’approche de 2030 pour les Objectifs de développement durable et du Sommet des Nations Unies sur l’eau prévu à Abu Dhabi en décembre 2026, l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement demeure un engagement central de l’ODD 6. Reconnu comme droit humain par les résolutions A/RES/64/292 et A/RES/70/1, ce droit impose une obligation de non-discrimination.
Pourtant, dans de nombreuses régions d’Afrique, cet accès reste profondément inégal. Ces inégalités ne relèvent pas uniquement de la pauvreté ou de la géographie, mais aussi de structures sociales durables qui touchent directement les communautés discriminées sur la base du travail et de l’ascendance (CDWD). Ces communautés se trouvent concentrées dans les zones les plus défavorisées, où l’accès à l’eau et à l’assainissement est limité, irrégulier ou coûteux.
I. Inégalités d’accès à l’eau potable en Afrique : une fracture structurelle
L’accès à l’eau potable en Afrique subsaharienne reste marqué par de fortes inégalités territoriales et sociales. Selon le JMP OMS/UNICEF (2024), des milliards de personnes ne disposent pas d’une eau potable gérée en toute sécurité, avec une forte concentration dans les zones rurales. La Banque mondiale (2024) confirme que les populations rurales et pauvres restent les moins desservies.
Dans ce contexte, les CDWD sont structurellement situées dans les marges des systèmes hydriques : périphéries urbaines, zones rurales isolées .

A/ Mauritanie
En Mauritanie, l’accès à l’eau potable révèle de fortes disparités entre zones urbaines et rurales, particulièrement discriminatoires pour les CDWD (communautés discriminées sur la base de l’ascendance et du travail), majoritairement haratines, confinés dans des espaces périphériques sous-équipés.
Selon l’EDS-M 2015, l’accès à l’eau atteint 92 % en zones urbaines contre 58 % en zones rurales. En 2025, les zones rurales restent autour de 43–45 % malgré des progrès. Les infrastructures hydrauliques sont concentrées en milieu urbain (Nouakchott), tandis que les zones rurales dépendent de puits traditionnels éloignés et intermittents, aggravant la charge des ménages, notamment des femmes (Alliance
Les CDWD, majoritairement haratines (environ 40 % de la population), vivent en périphérie rurale sans titres fonciers et sont exclues des comités de gestion de l’eau. Elles dépendent de sources informelles, souvent situées à plusieurs kilomètres, et subissent des pratiques discriminatoires limitant l’accès aux points d’eau communautaires. Leur accès reste inférieur de 20 à 30 % aux normes nationales, avec une forte exposition aux maladies hydriques (HRW, 2018 ; ISHR, 2022).
La marginalisation intersectionnelle (ascendance, travail, genre, ruralité) exclut les Haratines des services publics et limite leur accès aux infrastructures hydrauliques. Plus de 40 % des ruraux, dont une part importante de CDWD, n’ont pas accès à une eau sûre, et plus de 50 % des pompes rurales sont hors service dans certaines zones. Malgré les stratégies nationales, les inégalités persistent en l’absence de lutte contre les discriminations.
B/ Mali
Au Mali, le taux national d’accès à l’eau potable atteint environ 66,5 % (Banque mondiale, 2024), mais cette moyenne masque de profondes inégalités territoriales, les zones rurales demeurant largement sous-équipées (UNICEF Mali WASH). Ce sont précisément dans ces espaces marginalisés que vivent majoritairement les CDWD, notamment les Bellah (Ikelan). Pour ces communautés, l’accès à l’eau ne relève pas d’un service garanti, mais dépend de sources éloignées, saisonnières ou communautaires, souvent précaires et insuffisantes.
C/ Niger
Au Niger, l’accès à l’eau potable est estimé à environ 70,5 % (Banque mondiale, 2024), mais chute drastiquement pour atteindre près de 40 % au sein des populations les plus pauvres. Les CDWD, en particulier les communautés Bouzou et Ikelan, sont largement concentrées dans ces zones de forte vulnérabilité. Dans ce contexte, l’eau cesse d’être un droit universel pour devenir un enjeu de rapports sociaux et de pression, où les discriminations structurelles limitent concrètement l’accès à cette ressource essentielle de la vie.

D/ Au Burkina Faso et au Nigeria,
l’accès à l’eau potable reste marqué par de profondes inégalités, particulièrement pour les CDWD (descendants de captifs ou d’esclaves), qui subissent une exclusion systémique aggravant les disparités rurales et socio-économiques.
Au Burkina Faso,
l’accès national à l’eau potable atteint environ 76,4 % (Banque mondiale, 2024), mais reste inférieur à 70 % en zones rurales (Alliance Sahel, 2022 ; UNICEF Burkina Faso WASH). Les CDWD, reléguées en périphérie et souvent sans titres fonciers, cumulent les discriminations : dépendance à des sources non améliorées et restrictions sociales d’accès aux points d’eau communautaires (IRC, 2019). Elles représentent une part importante des 40 % de ruraux exclus et sont davantage exposées aux maladies hydriques .
Au Nigeria, l’accès est de 67 %, avec 86 % en zones urbaines contre 57 % rurales (UNICEF Nigeria ; Trésor français, 2024). Les CDWD et groupes comme les Osu subissent une double exclusion géographique et sociale : dans certaines zones rurales (56–66 % d’accès), des tabous limitent leur accès aux infrastructures. Ainsi, seuls 46 % des 20 % les plus pauvres ont accès à l’eau, contre 92 % des plus riches (AFD, 2023). Ces discriminations héritées de l’esclavage renforcent leur exposition à des sources non traitées
Les CDWD font face à des obstacles structurels : faible représentation dans la gestion de l’eau, priorisation des groupes dominants et sous-financement rural (41 % au Burkina Faso), accentuant des écarts pouvant atteindre 30 % (DGRE/IRC, 2010-2019). Des solutions comme l’inclusion communautaire et la régularisation foncière sont recommandées par l’ONU.
E/ En Gambie
L’accès à l’eau potable en Gambie est de 73% au niveau national et 60% en zones rurales selon le JMP (Joint Monitoring Programme de l’OMS et de l’UNICEF), mais ces moyennes masquent de fortes inégalités touchant les CDWD , notamment les komos sarakhoulé dans la zone de Koina, confrontés à une marginalisation castale persistante limitant leur accès aux services WASH.
Issus d’un système castal excluant l’accès à l’eau, à la terre et à l’éducation, les CDWD restent défavorisés malgré les garanties juridiques (Constitution de 1997, Women’s Act 2010). En milieu rural, où l’accès est de 60%, ils subissent l’éloignement des points d’eau, la priorisation des groupes dominants et une charge accrue pour les femmes.
Les données JMP (2023-2025) confirment ces écarts dans un contexte où seulement 31% de l’accès est « géré en toute sécurité » en Afrique subsaharienne. Malgré des initiatives (CDDP, WASIB, plan de 1,8 milliard $ avec pompes solaires), les CDWD restent insuffisamment inclus, en dépit d’un cadre légal garantissant un accès équitable et sanctionnant les discriminations.
F/ Au Soudan,
Les conflits armés ont aggravé l’exclusion des CDWD de l’accès à l’eau potable, avec des taux inférieurs à 35 % dans les zones de conflit, bien en deçà des moyennes nationales déjà critiques.
Selon OCHA (2024), les affrontements SAF-RSF ont détruit plus de 70 % des infrastructures hydrauliques à Khartoum et au Darfour. Les CDWD, issues notamment des groupes Nuba, Fur ou Beja, subissent des destructions disproportionnées et restent avec moins de 50 % d’accès dans leurs zones rurales. Elles dépendent de puits traditionnels éloignés et souvent contaminés.
Les CDWD font face à une triple discrimination : ethnique (exclusion des pompes communautaires), géographique (moins de 20 % d’accès en périphéries rurales) et conflictuelle (exclusion des convois humanitaires). Le choléra (60 000 cas en 2025) les touche quatre fois plus, avec des effets aggravés par le manque d’eau traitée et de secours.
Sans représentation dans les comités WASH, les CDWD (15–20 % des déplacés internes) parcourent de longues distances pour accéder à l’eau. Les rapports HRW et ISHR soulignent une forte exclusion de l’aide humanitaire, limitant les réparations à 10 % dans leurs zones.
G/ Somalie
En Somalie, l’accès à l’eau potable est de 42% (25% en zones rurales) mais tombe à moins de 15% pour les Bantous d’origine servile de la Juba Valley, contre environ 30% pour les clans majoritaires (Banque mondiale, 2024 ; OCHA/UNICEF, 2024-2025). Relégués sur des terres infertiles sans titres, ils dépendent de puits salins éloignés (8 à 12 km), dans un contexte où 49% de la population manque d’eau sécurisée, jusqu’à 70-80% pour ces minorités (WHO/SDG6, 2024).
Cette situation découle d’une triple exclusion (ethnique, socio-économique, sécuritaire) : 90% vivent dans l’extrême pauvreté et, à Baidoa, 80% des déplacés parcourent plus de 10 km/jour pour s’approvisionner, avec des maladies hydriques quatre fois plus fréquentes (Acted, 2025). Environ 22% des ruraux utilisent des sources non améliorées, dont 65% parmi les Bantous, aggravant malnutrition (40% des enfants) et épidémies, et exposant ces populations à un risque aigu de famine hydrique.

II. Assainissement en Afrique subsaharienne : inégalités structurelles et exclusion des CDWD (communautés discriminées sur la base de l’ascendance et du travail)
L’accès à l’assainissement en Afrique subsaharienne reste profondément inégal. Selon le JMP OMS/UNICEF (2023), seulement 31% de la population dispose d’un assainissement « géré en toute sécurité », tandis que 58% utilisent des services de base ou limités et environ 20% ou plus pratiquent encore la défécation à l’air libre dans certains contextes ruraux. Ces moyennes régionales masquent des inégalités structurelles majeures touchant particulièrement les CDWD (communautés discriminées sur la base de l’ascendance et du travail), systématiquement surreprésentées dans les zones les moins desservies.
H/ Mauritanie
En Mauritanie, l’accès rural à l’assainissement amélioré reste inférieur à 20–25% (JMP 2023), avec des formes persistantes de ségrégation résidentielle dans les zones marginalisées documentées par Human Rights Watch (2022–2024). Les CDWD sont particulièrement exposées à la précarité des infrastructures sanitaires dans les quartiers périphériques et ruraux.
I/ Niger
Au Niger, l’assainissement amélioré est estimé entre 15 et 20% au niveau national, tandis que plus de 60% de la population rurale pratique encore la défécation à l’air libre (JMP 2023). Les communautés artisanales marginalisées figurent parmi les plus touchées par ces déficits structurels.
J/ Mali
Au Mali, l’accès à l’assainissement amélioré reste autour de 23% (JMP 2023), avec une forte dépendance rurale aux latrines non améliorées. Les zones marginalisées concentrent les populations les plus exclues, dont les CDWD, souvent éloignées des programmes WASH structurés.
K/ Nigeria
Au Nigeria, les écarts sont marqués entre zones urbaines et rurales : environ 46% en zones urbaines contre moins de 25% en zones rurales (JMP 2023). Dans certaines zones rurales et périurbaines, jusqu’à 48% de la population pratique encore la défécation à l’air libre, touchant fortement les communautés marginalisées.
L/ Burkina Faso
Au Burkina Faso, l’assainissement amélioré se situe entre 20 et 25% (JMP 2023). La couverture rurale reste très faible, avec une aggravation des vulnérabilités liées aux déplacements internes, affectant particulièrement les communautés déjà marginalisées, dont les CDWD.
M/ Gambie
En Gambie, l’accès à l’assainissement de base est estimé entre 60 et 70%, mais l’assainissement « géré en toute sécurité » reste autour de 30% (JMP 2023). Des disparités rurales persistantes touchent les groupes socialement marginalisés, dont les CDWD.
N/ Somalie
En Somalie, l’accès à l’assainissement amélioré est estimé entre 30 et 35% (JMP 2023). La situation est particulièrement critique dans les zones rurales et les camps de déplacés internes. Les données de l’OCHA (Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires), agence qui coordonne les réponses humanitaires et collecte des informations sur les crises, montrent des infrastructures souvent précaires ou inexistantes dans ces contextes.
O/ Soudan
Au Soudan, l’accès à l’assainissement amélioré se situait entre 35 et 40% avant l’aggravation des conflits récents (JMP 2023). Dans les camps de déplacés, l’accès chute souvent à moins de 20% d’installations fonctionnelles, selon les rapports de l’OCHA, en raison de la dégradation des infrastructures et de la crise humanitaire.
Au-delà de ces moyennes nationales, une limite majeure demeure : il n’existe pas de désagrégation statistique spécifique des CDWD dans les bases du JMP. Leur situation est donc documentée principalement via des rapports d’ONG (Human Rights Watch, Amnesty International), des études académiques et des observations de terrain (UNICEF, OCHA).
Ces sources convergent néanmoins sur trois constats : une surreprésentation des CDWD dans les zones sans assainissement amélioré, une exclusion des infrastructures publiques ou communautaires, et une concentration dans les zones rurales ou quartiers informels sous-équipés.
En définitive, les données WASH montrent un schéma clair : un accès global encore faible à l’assainissement, un fort déséquilibre rural/urbain, et une couche supplémentaire de marginalisation sociale touchant les CDWD, encore largement invisible dans les statistiques internationales mais documentée qualitativement.

III / Recommandations
– intégrer les CDWD dans les enquêtes WASH nationales
– désagréger les données sociales
– cibler les zones marginalisées
– renforcer la gouvernance inclusive de l’eau en
créant des quotas d’inclusion dans les comités de gestion WASH
–Régulariser foncièrement les zones CDWD pour infrastructures WASH
– Lancer un Fonds Africain Anti-Discrimination WASH (FAAD-WASH)
– Sensibilisation et plaidoyer institutionnel et communautaire

Je vous remercie

Références :
https://washdata.org/reports ; https://data.worldbank.org
EDS-M 2015 : Enquête Démographique et de Santé de Mauritanie (2015). Disponible via https://dhsprogram.com/pubs/pdf/FR312/FR312.pdf.
Alliance Sahel : Rapports sur l’accès à l’eau en zones rurales sahéliennes (2023-2025).
HRW 2018 : Human Rights Watch, « Mauritanie : Discrimination et esclavage moderne » (2018). https://www.hrw.org/fr/report/2018/06/20/les-maintenus-des-inegalites/discrimination-et-esclavage-en-mauritanie.
ISHR 2022 : International Society for Human Rights, Rapport sur les CDWD en Mauritanie (2022).
UNICEF Mali WASH : UNICEF, « Eau, assainissement et hygiène au Mali et Sahel » (derniers rapports). https://www.unicef.org/mali/wash
Stratégies nationales : Stratégie Nationale de l’Eau Potable et Assainissement (SNEEPA, 2012-2030, mises à jour 2025).
https://dhsprogram.com/pubs/pdf/FR312/FR312.pdf
https://www.hrw.org/fr/report/2018/06/20/les-maintenus-des-inegalites/discrimination-et-esclavage-en-mauritanie
https://washdata.org/reports
https://www.unwater.org/publications/who/unicef-joint-monitoring-program-update-report-2023
https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2010/10/13/in-gambia-empowering-the-rural-poor-through-community-driven-developme

Gambie : lancement d’un projet hydraulique de près de 60 millions d’euros


https://www.agenceecofin.com/services-publics/1707-67942-gambie-1-8-milliard-seront-consacres-a-l-assainissement-et-a-l-acces-a-
https://coalition-eau.org/wp-content/uploads/2023/09/chiffres-cles-eau-et-assainissement-septembre-2023.pdf

Banjul 2025 : L’impact des injustices historiques sur les droits des CDWD au Maghreb et en Mauritanie


https://www.unicef.org/mali/wash
https://data.worldbank.org
https://www.unicef.org/nigeria/wash
https://www.unicef.org/burkinafaso/wash
https://www.unocha.org/sudan
https://data.worldbank.org/indicator/SH.H2O.BASW.ZS?locations=NE
https://data.worldbank.org/country/somalia
https://www.hrw.org
https://www.amnesty.org
https://ishr.ch

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires