face cachée de la pêche mauritanienne : un 1er mai sous le signe du paradoxe halieutique

face cachée de la pêche mauritanienne : un 1er mai sous le signe du paradoxe halieutique
En ce 1er mai, journée internationale des travailleurs, la Mauritanie offre un contraste troublant. Tandis que le monde célèbre le travail, les droits et la dignité des travailleurs, des milliers d’acteurs de la pêche mauritanienne pêcheurs artisanaux, mareyeurs, ouvriers du secteur halieutique voient leur activité s’effondrer dans un silence presque total.
Car derrière l’image d’un pays aux eaux parmi les plus poissonneuses du globe, se cache une réalité bien plus brutale : celle d’un secteur vital progressivement confisqué, au détriment de ceux qui en vivent.
Depuis plus d’une décennie, les côtes mauritaniennes sont le théâtre d’une exploitation intensive des ressources marines. Si l’opinion publique pointe souvent du doigt les flottes asiatiques, cette lecture reste incomplète.
D’autres acteurs, moins visibles mais tout aussi déterminants, participent à ce déséquilibre. Parmi eux, certaines flottilles étrangères, notamment turques, opèrent dans des conditions qui interrogent sur la régulation et la transparence du secteur.
Pendant ce temps, les industriels locaux du pélagique, notamment à Nouadhibou, assistent impuissants à cette dynamique, relégués au second plan dans un espace économique qui leur échappe de plus en plus.
Mais c’est surtout la pêche artisanale qui incarne le mieux ce paradoxe du 1er mai.
À Nouakchott, elle a longtemps été une source essentielle d’emplois et de subsistance. Aujourd’hui, elle décline, non pas faute de ressources, mais faute d’accès équitable à celles-ci.
Les pêcheurs, les vrais travailleurs de la mer, disparaissent peu à peu du paysage.
Beaucoup d’entre eux, notamment d’origine sénégalaise, porteurs d’un savoir-faire historique, se voient restreints dans leur activité, alors même que des accords permettent l’octroi de licences en nombre.
Une contradiction qui fragilise la transmission des compétences et désorganise toute une économie locale.
Dans cette confusion, les règles sont souvent contournées, les espèces surexploitées, et les bénéfices captés loin des communautés côtières.
Le symbole est fort, presque ironique : en ce jour dédié aux travailleurs, certains exportateurs mauritaniens en viennent à acheter du poisson mauritanien… à l’étranger.
Comme si le travail local ne suffisait plus à nourrir son propre pays.
Ce 1er mai, la question n’est donc pas seulement sociale.
Elle est aussi économique, écologique et profondément politique. Qui travaille réellement ?
Qui profite des ressources ?
Et surtout, à qui appartient la mer mauritanienne ?
Car célébrer le travail sans protéger les travailleurs revient à vider cette journée de son sens.
En Mauritanie, la mer reste riche.
Mais ses travailleurs, eux, s’appauvrissent.
Abdoulaziz DEME
Simple observateur de la vie politique et économique en Mauritanie
Le 01 Mai 2026



