Gaz Yakaar-Teranga vs BirAllah : Deux stratégies opposées
Pourquoi le Sénégal et la Mauritanie divergent-ils ? Analyse du match Gaz Yakaar-Teranga vs BirAllah et l'impact du retrait de Kosmos Energy.

Gaz Yakaar-Teranga vs BirAllah : Pourquoi le Sénégal et la Mauritanie tracent des sillons opposés
L’analyse du duel Gaz Yakaar-Teranga vs BirAllah révèle les nouvelles ambitions énergétiques du bassin MSGBC. Alors que le Sénégal a provoqué le départ de Kosmos Energy du bloc Yakaar-Teranga pour affirmer sa souveraineté, la Mauritanie privilégie la patience stratégique sur le gisement BirAllah. Entre urgence domestique et réalisme industriel, analyse d’un grand virage énergétique.
Le retrait de Kosmos Energy du bloc sénégalais Yakaar-Teranga, au profit de la compagnie nationale Petrosen, n’est pas un simple mouvement d’actifs. C’est le symptôme d’une rupture idéologique et commerciale. D’un côté, une multinationale en quête de rentabilité immédiate via l’exportation ; de l’autre, un État qui fait du « Gas-to-Power » la clé de voûte de son émergence.
Le divorce sénégalais : La souveraineté contre le GNL
Le désaccord entre Kosmos et l’État sénégalais reposait sur une question fondamentale : à qui doit profiter le gaz en priorité ?
Pour Kosmos, la logique était celle du marché mondial. Maximiser les profits passait par la liquéfaction et l’exportation massive (GNL). Pour Dakar, l’enjeu était social et industriel : injecter ce gaz dans les centrales électriques locales pour faire chuter le coût de l’électricité et stimuler l’industrie nationale. Ce bras de fer a conduit Kosmos à céder ses parts, préférant se concentrer sur Grand Tortue Ahmeyim (GTA). En reprenant le pilotage via Petrosen, le Sénégal fait un pari audacieux : celui de diriger son propre destin énergétique.
BirAllah : Le choix de la temporisation mauritanienne
À quelques milles marins au nord, la Mauritanie observe une stratégie radicalement différente avec le gisement BirAllah. Bien que sa taille soit colossale (environ 50 TCF), l’approche y est plus contractuelle et flexible.
Contrairement au Sénégal, Nouakchott ne brusque pas le calendrier. Le Contrat de Partage de Production (CPP) signé en 2022 offre aux opérateurs (BP et Kosmos) le temps nécessaire aux études de faisabilité. Là où le Sénégal a voulu « forcer le destin » pour répondre à une demande énergétique urgente, la Mauritanie accepte un horizon plus lointain. Le défi technique de BirAllah, immense, nécessite des investissements que la SMH (Société Mauritanienne des Hydrocarbures) ne pourrait porter seule. Pour BP, BirAllah reste un « hub » stratégique capable de prendre le relais de GTA à long terme.
Trois facteurs de divergence
La différence de traitement entre ces deux géants gaziers repose sur trois piliers :
- La destination du gaz : Priorité domestique immédiate au Sénégal vs exportation et faisabilité à long terme en Mauritanie.
- La maturité des infrastructures : Le Sénégal cherche des résultats rapides pour son réseau électrique, tandis que la Mauritanie construit encore sa vision d’infrastructure globale.
- La posture politique : Une montée en puissance rapide de la compagnie nationale (Petrosen) face à une approche partenariale prolongée en Mauritanie.
Alors que le bassin MSGBC devient le nouvel épicentre gazier mondial, ces deux modèles s’observent. Le Sénégal a choisi la rupture pour la souveraineté ; la Mauritanie, la patience pour la stabilité.
Analyse : Le Sénégal a-t-il pris un risque trop grand ?
C’est la question qui anime tous les débats à Dakar. La reprise des parts de Kosmos par Petrosen est un pari industriel de haute voltige.
Le risque technique et financier
Le Sénégal n’a effectivement pas encore l’expertise technique totale pour opérer seul un projet de cette complexité. Passer de partenaire minoritaire à décisionnaire principal (avec la recherche d’un nouvel opérateur technique) implique :
- Une capacité de mobilisation de capitaux massifs (le gaz offshore coûte des milliards).
- La gestion de la chaîne d’approvisionnement et des risques technologiques critiques.
Le risque de retard
En se séparant de Kosmos, le Sénégal a potentiellement repoussé la date du « premier gaz ». Le temps de trouver un nouveau partenaire stratégique qui accepte les conditions du « Gas-to-Power » (moins rentable pour une major que l’exportation), le projet pourrait stagner.
Pourquoi ce n’est pas forcément une erreur
Cependant, ce risque est politiquement calculé. Pour l’État sénégalais, le vrai risque n’était pas technique, mais économique : rester « prisonnier » d’un contrat où le gaz sortirait du pays sans jamais éclairer les foyers sénégalais. En reprenant le contrôle, le Sénégal s’assure que le projet servira ses intérêts nationaux, quitte à ralentir le processus.
Le succès dépendra désormais de la capacité de Petrosen à attirer un nouvel opérateur (peut-être des acteurs émergents ou des géants du Moyen-Orient) prêt à accepter une vision axée sur le développement local plutôt que sur le pur profit spéculatif.
Selon vous, le Sénégal devrait-il chercher un partenaire technique asiatique ou rester sur des majors occidentales pour pallier ce manque d’expertise ?
Ahmed Ould Bettar, membre du Réseau des Journalistes 2conomistes Maghrébins (CEA)
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