Candidature Mauritanie OIF : Ce qu’elle révèle de notre identité
La candidature Mauritanie OIF, portée par le Dr Coumba Bâ, affirme le rôle stratégique du pays comme pont culturel. Découvrez les enjeux de cette ambition africaine.

La candidature Mauritanie OIF n’est pas un événement ordinaire. L’officialisation de cette démarche, incarnée par le Docteur Coumba Bâ, dit quelque chose de profond sur la Mauritanie d’aujourd’hui : un pays qui assume sa pluralité, entre héritage arabo-islamique et profondeur africaine. Cette candidature Mauritanie OIF prouve que le multilinguisme est devenu un avantage stratégique pour se projeter sur la scène internationale.
Les enjeux de la candidature Mauritanie OIF pour l’Afrique

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L’officialisation de la candidature mauritanienne à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie n’est pas un événement ordinaire. Dans son premier communiqué, la candidate elle-même a choisi ces mots pour cadrer sa démarche, responsabilité, écoute, dialogue , équilibre et action. Ce choix n’est pas anodin. Il dit quelque chose de plus profond sur la Mauritanie d’aujourd’hui, sur ce qu’elle choisit d’être, et sur ce qu’elle entend devenir. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un choix. Pas seulement diplomatique. Un choix sur soi. La Mauritanie n’est pas un bloc uniforme. Elle n’a jamais prétendu l’être. Elle est une rencontre entre le désert et le fleuve, entre l’héritage arabo-islamique qui structure son âme et la profondeur africaine qui nourrit sa mémoire. De Chinguetti aux rives du Sénégal, ce pays s’est construit dans la circulation des savoirs, des langues et des hommes. L’arabe y est la langue de l’État, de la foi et de la pensée. Les langues nationales, pulaar, soninké, wolof, hassaniya, en sont la chair vivante. Le français y a trouvé sa place comme outil de formation, d’ouverture et de projection sur le monde. Ces dimensions ne s’affrontent pas. Elles se complètent, à condition de les assumer toutes avec la même franchise. C’est précisément ce que cette candidature signifie.
Dans un monde où l’influence ne se décrète plus mais se bâtit patiemment, les pays qui comptent sont ceux qui savent traverser plusieurs espaces sans se perdre dans aucun. Le multilinguisme, dans ce contexte, n’est pas un héritage encombrant. C’est un avantage stratégique que peu de nations possèdent à ce degré.
La Mauritanie le possède. Pleinement. Profondément. Le profil porté dans cette candidature en est une illustration concrète. Le Docteur Coumba Bâ n’arrive pas dans cet espace par hasard. Elle y est connue, respectée, et écoutée. Son parcours au sein de la Francophonie lui a donné une compréhension des dynamiques institutionnelles que peu de candidats peuvent revendiquer. Et son ancrage dans les réalités mauritaniennes lui donne quelque chose de plus rare encore, la capacité de parler au monde sans cesser de parler à son propre pays. C’est cette double présence qui fait la force d’une candidature. Pas seulement l’expertise. La cohérence. Mais au-delà de la candidate elle-même, ce moment nous interpelle collectivement.
Notre débat national a parfois été traversé par des lectures qui opposent les langues comme si elles se disputaient un territoire, les identités comme si elles ne pouvaient coexister qu’en se tolérant. Ces réflexes ont une histoire. Ils ont aussi une limite. Car aucune société ne se construit sur ses divisions, aussi réelles soient-elles. Elle se construit sur ce qu’elle choisit d’en faire.
La Mauritanie s’est construite dans la pluralité de ses langues et de ses mémoires. L’arabe y occupe une place centrale, ancrée dans l’histoire et dans le quotidien, mais cette centralité n’a jamais signifié l’effacement de ce qui l’entoure et l’enrichit. Les langues nationales ne concurrencent pas cette réalité. Elles la complètent. Et le français, loin d’être une rupture avec ce que nous sommes, est devenu au fil du temps un instrument que nous avons fait nôtre, au service de notre ouverture et de notre ambition collective. Chaque langue, dans ce pays, porte une part de ce que nous sommes ensemble. S’inscrire dans la Francophonie, c’est simplement choisir d’élargir l’espace dans lequel cette richesse peut exprimer toute sa portée.
L’Afrique est en train de devenir le centre de gravité de l’espace francophone. Ce déplacement n’est pas symbolique. Il est réel, progressif, et porteur d’une redistribution de l’influence. La Mauritanie, par sa position géographique, culturelle et linguistique, est l’un des rares pays à pouvoir jouer un rôle de pont dans cette recomposition. Encore faut-il en avoir la volonté.
Cette candidature dit que cette volonté existe.
Pour beaucoup de Mauritaniens, elle est aussi quelque chose de plus intime. Une fierté tranquille. Celle de voir leur pays se projeter sans s’excuser de ce qu’il est. Ce moment appelle davantage qu’un regard approbateur. Il appelle une adhésion réfléchie, une compréhension des enjeux, et pour chacun à son niveau, l’envie d’accompagner. Parce que ce qui se joue ici dépasse les institutions. C’est une manière d’exister dans le monde. Et les pays qui savent qui ils sont n’ont pas besoin de le crier. Il leur suffit d’avancer.
Cette candidature Mauritanie OIF dit que la volonté d’exister par la cohérence et l’ouverture est désormais une priorité nationale.
Mansour LY-19/04/2026



