Le Clavier des ombres : entre droit de critique et piège du caniveau

Je vais être direct : il y a une différence fondamentale entre avoir une opinion et céder à une pulsion. En observant les flots de commentaires qui visent aujourd’hui le Président Mohamed Ould Cheikh el Ghazouani ou le Premier ministre Mokhtar ould Diay, je ne vois pas une opposition politique, je vois un naufrage de la dignité. Et je parle en connaissance de cause.
L’illusion du courage numérique
Certains semblent confondre la liberté d’expression avec le droit de déverser leur fiel personnel par un clavier derrière un écran. Est-on devenu si pauvre en arguments qu’il faille s’attaquer à l’homme plutôt qu’à son bilan ? Insulter ne demande aucun talent, aucune intelligence. C’est le bruit de ceux qui n’ont rien à dire, mais qui veulent absolument être entendus.
Le boomerang de la loi : Mon témoignage
Je ne parle pas ici en théoricien. Je sais, pour l’avoir vécu dans ma chair et dans ma carrière, que le monde numérique n’est pas une zone de non-droit. Ces lois sur la cybercriminalité et la presse, dont on discute souvent avec légèreté, ont été appliquées contre moi pour un délit de presse involontaire. Je connais la rigueur de la machine judiciaire et le poids des mots lorsqu’ils franchissent la ligne rouge. Si la justice ne pardonne pas l’erreur involontaire d’un professionnel, imaginez quelle clémence elle aura pour celui qui insulte avec préméditation ? On ne peut pas réclamer un État de droit tout en se comportant comme si les lois s’arrêtaient à la porte de notre clavier.
L’insulte, ce cache-misère de l’argumentation
Quand je lis ces termes infamants, je me pose une question : que construisons-nous ? Si vous contestez la gestion de Mokhtar ould Diay, parlez-nous de chiffres, d’inflation, de projets !
Si vous jugez l’action du Président insuffisante, parlez-nous de réformes et de justice sociale !
L’insulte est le « degré zéro » de la politique. Elle transforme un débat national nécessaire en une querelle de quartier. Pire, elle offre un cadeau au pouvoir : elle lui donne l’occasion de ne pas répondre sur le fond, car la forme est devenue inacceptable.
Ma conviction : La crédibilité est une arme
Je reste convaincu que pour être pris au sérieux, il faut être sérieux. Mon expérience m’a appris la prudence, mais elle m’a surtout appris la valeur de la parole responsable. En s’abaissant à l’injure, on se discrédite et on perd toute chance d’influencer le cours des choses.
Mon conseil est donc le suivant : tirez les leçons de ceux qui ont payé le prix de la loi. Rangez les insultes au placard et affutez vos arguments. L’intelligence et la précision sont bien plus subversives, et surtout bien plus respectables, que la vulgarité.
Ahmed Ould Bettar



