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Mauritanie : Le calme des dunes ou le murmure des failles ?

Sous l'apparente stabilité du pouvoir de Ghazouani, la Mauritanie cache des fractures silencieuses. Analyse d'un équilibre délicat entre promesses gazières et réalités sociales.

Mauritanie- y a des pays qui crient leur tumulte à pleins poumons, et d’autres qui se taisent avec une élégance presque inquiétante. La Mauritanie appartient à cette seconde espèce : un silence large comme le désert, profond comme une nuit sans lune, mais chargé — terriblement chargé — de ce qu’il ne dit pas.

Tout semble tenir. Voilà le mot qu’on répète, qu’on mâche, qu’on sert aux visiteurs de passage : ça tient. Le pouvoir est là, bien assis, tranquille en apparence, porté par cette stabilité qui rassure les chancelleries et endort les curiosités trop pressées. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani incarne cette continuité douce, presque maraboutique, où rien ne déborde vraiment. C’est l’apaisement! Pas de chaos, pas d’explosion. Juste un ordre. Un ordre qui dure.

Mais le désert aussi paraît immobile. Et pourtant, il avance.

Car sous cette surface lisse, quelque chose travaille. Lentement. Obstinément. Les fractures ne hurlent pas ici — elles s’infiltrent. Elles se glissent dans les interstices : chômage qui ronge, jeunesse qui attend sans trop savoir quoi attendre, richesses promises mais encore suspendues à l’horizon comme un mirage de chaleur.

On parle de gaz, de mines, de prospérité à venir. Le grand récit moderne : demain sera meilleur. Toujours demain. Le projet Grand Tortue Ahmeyim devient presque une promesse mystique, un futur qu’on invoque plus qu’on ne touche. Mais le présent, lui, insiste. Il grince un peu. Il rappelle qu’entre la ressource et la justice, il y a souvent un gouffre.

Et puis il y a les voix. Dispersées. Éparses. Fatiguées peut-être. L’opposition tente d’exister, de se faire entendre dans ce paysage où le silence est presque une institution. Biram Dah Abeid parle, dénonce, insiste — mais le vent emporte beaucoup de paroles dans ces étendues. Trop vastes. Trop anciennes.

La Mauritanie, aujourd’hui, donne cette impression étrange : celle d’un pays debout, oui, mais immobile dans son équilibre. Un équilibre délicat, presque esthétique, mais qui repose sur des lignes invisibles. Et les lignes invisibles ont ceci de particulier qu’on ne les voit qu’au moment où elles cèdent.

Rien ne menace ouvertement. Rien ne s’effondre. C’est peut-être cela, le plus troublant.

Le calme n’est pas toujours la paix.

Parfois, c’est une attente.

Ahmed Ould Bettar

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