Mauritanie : Entre mirage de stabilité et duels au sommet du pouvoir

Ah, la Mauritanie ! L’îlot de stabilité , qu’ils disent… Le petit jardin de calme au milieu du grand brasier sahélien ! Laissez-moi rire, mais d’un rire jaune, un rire de sable et de poussière ! On nous sort le grand jeu, le lexique de la chancellerie, le « style journalistique professionnel »… Tu parles !
C’est toujours la même chanson, le même bastringue. On nous dessine une Mauritanie en « phase charnière ». Mais tout est charnière dans ce bas monde, tant que la porte ne vous claque pas sur les doigts ! D’un côté, le Président Ghazouani, l’homme du « consensus », qui reçoit et qui harmonise… et de l’autre, les deux soutiens de la basse-cour du pouvoir qui se mesurent l’ergot de l’insignifiance ! On s’étripe en coulisses pour savoir qui du Premier ministre ou du président d’El Insaf a l’oreille du Raïs. On discute de l’influence de l’un contre l’ambition de l’autre pendant que le désert avance et que la misère recule… pour mieux sauter ! C’est la grande kermesse de la rivalité de bureau : on se bat pour le volant d’un navire qui prend l’eau.
Et l’opposition ? Ah, les braves ! Ils veulent des garanties ! La justice indépendante, les libertés, la réforme électorale… Ils créent des coalitions aux noms ronflants, la « Coalition pour l’Alternance Démocratique ». On croirait entendre un titre de fanfare de province ! En attendant, le peuple regarde les nuages de sauterelles, les factures qui grimpent, et les rumeurs de croche-pattes entre la Primature et le siège du parti au pouvoir.
La stabilité ? Parlons-en ! Une « armée professionnelle », un « système hybride ». Hybride, c’est le mot ! Un peu de treillis, un peu de boubou, et beaucoup de silence. C’est le secret des pays qui durent : ne pas trop faire de vagues quand les voisins s’étripent. Le Mali à côté, c’est le volcan, alors forcément, Nouakchott ressemble à un salon de thé. Mais attention aux courants d’air ! Les Haratines, les Afro-mauritaniens, les exclus de la fête… Ils sont là, dans l’ombre des dunes, et le dialogue national, ils l’attendent comme on attend la pluie en plein mois d’août, pendant que nos deux ténors d’El Insaf jouent aux échecs avec des pions en sable.
Et puis, le grand chantage ! La diplomatie de l’équilibre ! On danse sur un fil entre l’Algérie et le Maroc, on fait des clins d’œil aux Américains, on tend la main aux Européens pour « gérer » les migrants. 300 000 réfugiés au Hodh Chargui… C’est pas une statistique, c’est une tragédie en plein soleil ! Mais rassurez-vous, braves gens, on a du gaz ! Le gaz offshore ! Le miracle énergétique ! On va transformer tout ça en « développement social durable ». On connaît la musique. L’or noir, le gaz bleu, mais à la fin, c’est toujours le gris de la pauvreté qui domine pour le petit gars d’en bas.
La Mauritanie à la croisée des chemins ? Elle y est depuis que le premier dromadaire a décidé de s’arrêter là ! C’est un équilibre de funambule bourré, entre le mirage du progrès et le gouffre du chaos. On attend le « moment décisif ». On l’attend toujours. En attendant, on boit le thé, on parie sur la prochaine tête qui tombera entre le Premier ministre et le patron du parti, et on espère que le vent de sable ne soufflera pas trop fort demain matin.
Pourtant le Parti et le Gouvernement sont indissociables comme deux « versants » complémentaires dont la dissolution serait illogique.
Allez, circulez donc, y a rien à voir, sauf du sable, des promesses et des duels de palais !
Ahmed Ould Bettar



