Souveraineté alimentaire et diplomatie pastorale : Le nouveau pivot stratégique de Nouakchott

Souveraineté alimentaire et diplomatie pastorale
Publié dans Rapide info par SMD
Dans un Sahel en proie à des turbulences sécuritaires et climatiques chroniques, la Mauritanie dessine une nouvelle doctrine économique. Entre protectionnisme tactique et offensive commerciale vers le Golfe de Guinée, le gouvernement mauritanien tente de transformer ses vulnérabilités en leviers de puissance.
Le rempart intérieur : Sécuriser l’assiette pour stabiliser la nation
C’est une décision qui a fait grand bruit dans les couloirs du Port de l’Amitié : Nouakchott a récemment suspendu l’exportation de plusieurs produits alimentaires de base. Officiellement, la mesure se veut préventive. Face à l’instabilité qui fragilise les chaînes d’approvisionnement régionales — notamment au Mali et au Burkina Faso voisins — la Mauritanie choisit de sanctuariser ses stocks.
L’objectif est double :
Lutter contre l’inflation importée : En limitant la sortie des denrées, l’État s’assure de maintenir une offre abondante sur les marchés locaux, évitant ainsi l’explosion des prix du panier de la ménagère.
Prévenir les pénuries stratégiques : Dans un contexte de volatilité mondiale des cours des céréales et des huiles, la priorité est donnée à la constitution d’un stock de sécurité national.
> « C’est un protectionnisme de survie, pas d’isolement », confie un économiste local. « Dans une région où le grain est devenu une arme de guerre, Nouakchott verrouille sa porte pour garantir la paix sociale. »
Le bétail, nouvel or blanc vers la Côte d’Ivoire
Pourtant, cette prudence aux frontières ne signifie pas un repli sur soi. Au contraire, la Mauritanie accélère sur son avantage comparatif majeur : son cheptel. Un partenariat stratégique d’envergure vient d’être scellé avec la Côte d’Ivoire pour structurer l’exportation de bétail.
Jusqu’ici, le commerce de viande vive vers Abidjan était largement informel, soumis aux aléas des routes et des intermédiaires véreux. Le nouvel accord change la donne :
1. Standardisation sanitaire : Mise en place de protocoles de contrôle rigoureux pour répondre aux normes ivoiriennes.
2. Logistique sécurisée : Création de corridors de transport dédiés pour réduire la mortalité animale durant le transit.
3. Valeur ajoutée: Des discussions sont en cours pour favoriser l’exportation de carcasses plutôt que d’animaux sur pied, impliquant la création d’abattoirs modernes en Mauritanie.
Ce deal est un coup de maître diplomatique. Pour Abidjan, c’est la garantie d’un approvisionnement stable pour une classe moyenne en pleine croissance. Pour Nouakchott, c’est l’assurance de devises étrangères et un moyen de diversifier ses partenaires au-delà du Maghreb et de l’Europe.
Une agilité géopolitique nécessaire
Cette stratégie « à deux vitesses » — protectionnisme sur les produits essentiels et libéralisme offensif sur le bétail — illustre la maturité de la diplomatie économique mauritanienne. Le pays ne se contente plus de subir les crises de ses voisins ; il s’érige en plateforme logistique et en garde-manger régional.
Toutefois, le défi reste de taille. La réussite de ce pari dépendra de la capacité de l’administration à moderniser les infrastructures de stockage et à rassurer les investisseurs sur la pérennité de ces mesures d’exception.
Le bétail, nouvel or blanc vers la Côte d’Ivoire


