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Billet d’humeur : Cinq millions pour l’âme mauritanienne, et après ?

Entre don financier et soutien moral, la Première Dame Dr. Mariem Mohamed Fadel Dah mise sur le Centre Taranim pour propulser l'autonomisation des jeunes filles par les arts populaires.

Cinq millions pour l’âme mauritanienne, et après ?

Par Ahmed Ould Bettar.
C’est une image qu’on ne voit pas tous les jours dans les quartiers poussiéreux d’Arafat. Jeudi soir, le bitume a chauffé sous les cortèges officiels, mais pour une fois, ce n’était pas pour inaugurer un énième bâtiment administratif au ruban trop serré. Non, c’était pour s’immerger dans le « Medh », dans cette culture populaire que certains voudraient ranger au musée, ou pire, laisser s’éteindre sous le poids de la modernité globalisée.
La visite de la Première Dame, Dr. Mariem Mohamed Fadel Dah, au Centre Taranim, n’est pas qu’une simple « sortie sociale ». En déposant un chèque de cinq millions d’anciennes ouguiyas sur la table de ce bastion de la résistance culturelle, elle pose un acte qui interpelle : la culture populaire est-elle enfin devenue une priorité d’État, ou reste-t-elle l’enfant pauvre de nos politiques publiques ?

Le prix de la transmission

Cinq millions. Pour une famille d’Arafat, c’est une fortune. Pour le budget de la Culture, c’est une goutte d’eau. Mais pour le Centre Taranim, c’est de l’oxygène pur. Ce don vient valider un combat de longue haleine mené par Mohamed Aly Ould Bilal et son équipe : celui de prouver que nos arts populaires ne sont pas du simple folklore pour touristes en mal d’exotisme, mais un véritable logiciel de cohésion sociale.
Le programme « Sawt Teslem », qui remet la biographie du Prophète (PSL) au cœur de l’apprentissage des jeunes filles vulnérables, est un coup de génie sociologique. En purifiant l’éloge traditionnel des scories de l’ignorance, Taranim fait ce que l’école classique peine parfois à faire : offrir une identité forte à une jeunesse qui se cherche entre tradition et TikTok.

Sortir de la charité, entrer dans la stratégie

Mais ne nous y trompons pas. Si le geste de la Première Dame est louable, il souligne cruellement le manque de mécanismes de financement pérennes pour nos acteurs culturels indépendants. Faut-il attendre une visite de haut rang pour que les caisses se remplissent ?
L’impact de ce don ne doit pas se mesurer en billets de banque, mais en déclic politique. Si le ministère de la Culture, présent en force lors de cette visite, ne transforme pas cet essai en une véritable subvention structurelle pour les centres de ce type, nous resterons dans le domaine de la « générosité de passage ».

L’art comme rempart

En Mauritanie, nos arts populaires sont nos derniers remparts contre l’extrémisme et l’effacement identitaire.
Le Centre Taranim l’a compris depuis longtemps. La Première Dame semble l’avoir entendu. Maintenant, il s’agit de savoir si cette reconnaissance descendra jusqu’aux rouages de l’administration pour que chaque « Sawt Teslem » de nos quartiers puisse résonner, non pas grâce à une visite d’exception, mais par la force d’un droit à la culture enfin reconnu pour tous.

Parce qu’au fond, cinq millions pour sauver une partie de l’âme mauritanienne, c’est sans doute le placement le plus rentable de l’année. À condition que ce ne soit pas le dernier.

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