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Pourquoi il y a tant de conseillers à la présidence en Mauritanie ?

Pourquoi il y a tant de conseillers à la présidence en Mauritanie ?

En Mauritanie, la présidence de la République et la Primature comptent aujourd’hui une armée de conseillers et de chargés de mission rémunérés sur le budget de l’État.

Ces nominations sont fréquentes, souvent publiées via décrets officiels, et concernent souvent d’anciens ministres, hauts responsables ou hommes politiques proches du pouvoir.

Leur multiplication répond plus à une logique politique qu’à un réel besoin technique :Pérenniser des allégeances (clientélisme) en donnant des postes aux proches du régime.
Récompenser des soutiens électoraux ou des factions internes après des élections ou des remaniements.

Offrir une « retraite dorée » à des acteurs politiques déclassés, mais encore utiles pour la stabilité du pouvoir.

Sur le papier, un conseiller à la présidence doit assister le chef de l’État sur des dossiers précis (sécurité, économie, communication, etc.).
En pratique, beaucoup de ces postes n’ont pas de cahier de charges clair, ni de rendement mesurable, ce qui alimente la perception de « conseillers fantômes ».

Conseillers à la Primature : utiles ou coûteux ?

Au niveau de la Primature (le Premier ministre), le même schéma se répète : multiplication de conseillers, directeurs de cabinet, chargés de mission et antennes sectorielles.

Ces circuits parallèles se superposent aux ministères, créant de la confusion plutôt que de la coordination.

Plusieurs analyses critiques observent que :Beaucoup de conseillers ne produisent pas de documents, de stratégies ou de suivi crédibles.

Leurs fonctions recoupent souvent celles de ministères déjà existants, ce qui dilue la responsabilité sans améliorer la performance.

Leur salaire, indemnités et parfois voiture officielle représentent une charge importante pour un budget déjà tendu.

Des études récentes sur la gouvernance mauritanienne estiment que le gaspillage lié à une administration pléthorique coûte chaque année des centaines de milliards de MRU au budget national.

Les salaires « fictifs » ou les postes inutiles dans l’administration sont d’ailleurs cités comme un des maillons faibles de la gestion publique.

Pourquoi ces conseillers « ne servent à rien » ?

Plusieurs raisons expliquent que ces conseillers soient perçus comme inutiles ou même absents de leurs fonctions :

Absence de recrutement par compétence.

Les nominations sont souvent basées sur la proximité politique, tribale ou familiale, pas sur un profil technique clair.

Résultat : un « conseiller » peut n’avoir ni formation ni expérience dans le domaine qu’il est censé conseiller.

Pas d’évaluation ni de compte à rendre.

Les conseillers ne sont presque jamais évalués publiquement sur leurs résultats, leurs rapports ou leurs recommandations.

Aucun indicateur de performance n’est rendu public, ce qui rend facile de rester inactif sans conséquence.

Fonctionnement opaque.

De nombreux conseillers travaillent dans des bureaux non visibles, sans agenda public, ni communication précise de leur rôle.

Certains n’apparaissent que dans les décrets, sans que les citoyens sachent ce qu’ils font au quotidien.

Logique de carrière et de récompense.

Un poste de conseiller peut servir de « tremplin » vers un poste plus lucratif dans une institution publique ou une entreprise stratégique (banques, sociétés d’État, énergie, etc.).

Une partie de ces conseillers visent simplement un salaire stable, un statut social et une position pour de futurs « transferts » vers des postes juteux.

L’argent public utilisé pour quoi ?

Le salaire d’un conseiller à la présidence ou à la Primature est payé sur le budget de l’État, c’est‑à‑dire sur l’argent des contribuables.

Or, plusieurs voix critiques soulignent que :
Le secteur public mauritanien est déjà surchargé de personnel, avec des services souvent inefficaces.

Tant qu’on multiplie les postes de conseillers sans réformer l’administration, on renforce un système clientéliste plutôt qu’un appareil d’État performant.

Au final, la perception populaire est que beaucoup de ces conseillers « ne servent à rien sauf empocher des salaires » et se préparer à un futur transfert vers une institution publique ou une entreprise rentable.

Pistes pour une réforme (en quelques mots)

Pour sortir de ce cercle vicieux, plusieurs pistes sont régulièrement proposées par les chercheurs et acteurs de la société civile :

Définir par décret les missions concrètes, les compétences requises et les indicateurs de performance de chaque conseiller.

Limiter le nombre de conseillers et de chargés de mission, et fusionner les fonctions qui se recoupent.

Mettre en place des audits publics sur les coûts et les résultats de ces structures de conseil.

Imposer une transparence sur les anciens postes des conseillers et leurs éventuels transferts vers des institutions juteuses.

Tant que ces postes resteront un outil de récompense politique et non un levier de compétence et de rendement, la question restera : « À quoi servent tous ces conseillers ? »

Et la réponse restera, pour beaucoup de Mauritaniens, fort simple :
« À toucher un salaire, pas à servir l’État.

Abdoulaziz DEME
Observateur de la vie politique et économique en Mauritanie
Le 04 Février 2026

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