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Pourquoi le dialogue en Mauritanie, Aujourd’hui plus que jamais

Pourquoi le dialogue en Mauritanie,
Aujourd’hui plus que jamais

Le monde n’est plus immobile. Il gronde comme une marmite qui bout sur le feu, il tremble sous ses propres contradictions, et se recompose sous nos yeux à une vitesse qui laisse peu de place à l’improvisation. Les certitudes d’hier s’effacent une à une, comme des repères effacés par le vent, et les équilibres que l’on croyait solides se fissurent silencieusement.
Dans cette agitation généralisée, la Mauritanie ne vit pas hors du temps. Elle est partie prenante de ce monde en mutation, exposée à ses tempêtes violentes comme à ses incertitudes profondes. Dès lors, le dialogue national n’est plus un simple exercice politique : il devient une condition de survie. Il suffit d’ouvrir les yeux autour de nous, et parfois simplement de regarder de l’autre côté de nos frontières.

L’Afrique, notre continent, est aujourd’hui traversée par des secousses majeures. À nos portes, dans le Sahel, l’effritement des États, la rupture entre gouvernants et gouvernés, la défiance envers les institutions et la fermeture des espaces de dialogue ont ouvert la voie à l’instabilité chronique, aux violences et aux aventures hasardeuses. Et ce chemin de la crise ne s’arrête pas au Sahel. Il se prolonge, presque comme un fil rouge dangereux, vers le Soudan, où l’État s’est effondré sous les coups d’une guerre fratricide, laissant place à un vide sécuritaire et humanitaire, puis jusqu’en Somalie, pays pourtant musulman comme nous et sunnite comme nous où la faiblesse des institutions, la fragmentation sociale et l’insécurité ont longtemps rendu impossible l’émergence d’un consensus national stable. Cette trajectoire n’est pas un hasard : elle traduit l’absence de dialogue, l’absence de confiance, l’absence de compromis. Et elle doit nous servir d’avertissement.
Plus loin, d’autres pays du continent payent le prix de la fragmentation sociale et de l’absence de consensus national.

Au Moyen-Orient, les conflits anciens se transforment sans jamais se résoudre, laissant derrière eux des sociétés épuisées et des générations sacrifiées.

L’Europe elle-même, longtemps perçue comme un pôle de stabilité, est désormais rattrapée par des tensions géopolitiques majeures, des crises démocratiques et des fractures sociales profondes. Elle est également confrontée à un changement brutal de son environnement sécuritaire : son tuteur militaire historique, qui assurait un équilibre, est devenu un acteur parfois hostile, ou du moins moins fiable. Cette nouvelle donne expose la fragilité militaire de l’Europe, met à nu ses limites et favorise la montée de l’extrémisme, du repli identitaire et de la tentation de solutions autoritaires. Quant à l’espace indo-pacifique, il concentre des rivalités stratégiques dont les conséquences pourraient bouleverser durablement l’équilibre mondial. Les tensions entre grandes puissances, la compétition navale, la course aux technologies et la multiplication des zones de confrontation mettent en péril la stabilité régionale. Et même les conflits dits « classiques » demeurent explosifs, notamment entre l’Inde et le Pakistan, où la question du Cachemire, les provocations réciproques et l’ombre constante de l’arme nucléaire font planer un risque permanent de dérapage. Dans un tel contexte, croire que l’on peut rester à l’écart par simple inertie relève de l’illusion.
Face à ce monde instable, la Mauritanie doit d’abord se regarder avec lucidité. La question de la diversité s’impose comme un enjeu central. La composition sociale d’un pays n’est jamais choisie. Si tant est que l’humanité puisse choisir son histoire ou son destin. Notre diversité est le produit d’un passé commun, tissé de rencontres, d’épreuves et de mémoires entremêlées que nul ne peut renier sans se renier lui-même. Elle est une réalité indiscutable ; reste à savoir ce que nous en faisons.
L’histoire universelle nous enseigne que la diversité peut être une formidable richesse lorsqu’elle est portée par la justice, l’égalité et le respect mutuel. Elle peut aussi, lorsque ces conditions font défaut, devenir un malheur collectif, source de conflits, de replis identitaires et parfois d’effondrement des États. Il revient à nous — responsables politiques, dirigeants, élites administratives, acteurs économiques et élites intellectuelles — de contribuer afin que notre diversité devienne un socle solide , vecteur essentiel d’un destin partagé plutôt qu’un facteur de fracture.
Nous avons tout intérêt à réussir cet exercice. La Mauritanie est un beau pays, vaste et contrasté, où le silence du désert dialogue avec la vie de la vallée et la profondeur des cultures. Mais cette beauté ne se transforme en avenir que si des efforts conscients, sincères et durables tissent un modèle fondé sur la concorde. Rien n’est automatique ; tout est à construire.
Or, aucune construction nationale ne peut tenir sans un État solide, et aucun État ne peut fonctionner sans une administration crédible. L’administration est la colonne vertébrale de l’État ; lorsque celle-ci se fragilise, c’est tout le corps national qui vacille. À terme, l’État s’effondre, et avec lui, la confiance collective. La banalisation de la richesse facile, ostentatoire et manifestement sans fondement légal est, à cet égard, un poison lent. Elle s’infiltre dans les consciences, dissout l’éthique publique et finit par corroder l’autorité de l’État. Elle détruit l’éthique publique, démoralise les agents de l’État, affaiblit l’économie et ruine l’autorité. Aucun pays ne peut durablement prospérer lorsque l’injustice devient ordinaire et que l’impunité s’installe comme norme silencieuse.
Cette fragilité se prolonge lorsque le respect des lois devient l’exception plutôt que la règle. Lorsque les libertés sont proclamées mais insuffisamment garanties. Lorsque les élections sont perçues comme de simples mises en scène coûteuses, destinées à entériner des résultats connus d’avance. Dans ces conditions, le pluralisme et la démocratie, au lieu de protéger la société, finissent par nourrir le cynisme et la défiance. Il est temps de cesser de faire semblant, car aucune nation ne se construit durablement sur le simulacre et l’illusion.
Le droit doit retrouver sa place, non comme un slogan, mais comme une pratique quotidienne. Le respect effectif des libertés constitutionnelles, l’existence de garde-fous solides et de véritables remparts contre l’injustice et les abus constituent le cœur d’un État moderne et respecté.
La question économique, elle aussi, impose une remise en cause profonde. Si nos richesses ne produisent aucune plus-value durable, si l’économie se limite à un va-et-vient stérile qui écrase le citoyen sous la hausse continue des prix et une pression fiscale qu’il est souvent le seul à supporter, alors le modèle est épuisé. Une économie presque exclusivement fondée sur l’import-export ne peut assurer ni justice sociale ni développement réel. À cela s’ajoute le flou persistant dans la gestion budgétaire, où le principe d’affectation supplante trop souvent des programmes clairs, évaluables et vérifiables. Tant que les institutions étrangères continueront d’orienter et de contrôler notre économie sans un effort sérieux de notre part pour aller vers la production nationale et la création d’emplois, nous resterons enfermés dans une routine qui, avec le temps, ne promet que le déclin.
C’est pourquoi majorité et opposition doivent, aujourd’hui plus que jamais, mesurer la gravité du moment. Le monde change, parfois brutalement, et l’histoire n’attend jamais ceux qui hésitent trop longtemps. Il est temps de siffler la fin de la récréation politique et de placer l’intérêt supérieur de la Mauritanie au-dessus de toute autre considération.
Mais ce dialogue ne peut pas être seulement symbolique. Il doit aboutir à un accord sur les questions basiques, celles qui menacent la cohésion nationale : le respect des libertés et des droits constitutionnels, la transparence et la moralisation de la vie publique, la réforme de l’administration, la justice sociale et la lutte contre l’injustice économique, la promotion de la production nationale et de l’emploi, et l’organisation d’élections crédibles et apaisées. Sur ces questions, l’opposition ne doit pas se contenter de contester : elle doit construire un front commun, non pas contre l’État, mais pour l’État. Un front capable de proposer des solutions concrètes, de partager une vision, et de peser ensemble pour garantir que les réformes nécessaires ne soient pas seulement promises, mais mises en œuvre. Des réformes qui se rapportent aux questions fondamentales et qui seraient défendues par tous.
Un tel accord ne serait pas une trahison de la diversité des opinions, mais au contraire une preuve de maturité politique. Car une nation forte n’est pas une nation sans divergences ; c’est une nation capable de gérer ses divergences sans se déchirer.
Notre pays est encore stable, Dieu merci. Mais cette stabilité n’est ni éternelle ni gratuite. Elle dépend de notre capacité collective à anticiper, à dialoguer et à réformer et éviter que ce projet de dialogue ne finisse , comme les précédents , en queue de poisson.
Dans la vie des nations comme dans celle des hommes, une vérité demeure : la seule chose permanente, c’est le changement.
Faisons en sorte que ce changement se fasse par nous-mêmes, lucidement et paisiblement, afin que l’avenir de la Mauritanie soit le fruit de notre volonté et non le produit des secousses du monde.

Nana Mint Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf

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