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Adrar : La visite du Président Ghazouani à l’épreuve du désenclavement et de la clarification constitutionnelle

La visite du Président Ghazouani en Adrar dépasse les enjeux de développement. Entre désenclavement des oasis et clarification sur le 3ème mandat, analyse d'un déplacement politique crucial.

L’annonce de la visite du Président Ghazouani en Adrar place le Chef de l’État face à un double défi : répondre aux attentes structurelles d’une région isolée et trancher la polémique nationale sur l’hypothèse d’un troisième mandat. Entre désenclavement des oasis, chômage des jeunes et enjeux constitutionnels, cet arrêt à Atar s’annonce décisif.

La prochaine visite du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en Adrar revêt une portée qui transcende largement le rituel des tournées régionales. Si la mobilisation de l’appareil du parti El Insaf, qui a d’ores et déjà dépêché une mission préparatoire dans la wilaya, témoigne de l’importance accordée à ce déplacement, c’est que celui-ci s’inscrit dans une conjoncture nationale d’une extrême sensibilité.

A la croisée des chemins entre, d’une part, les attentes socio-économiques légitimes d’une région longtemps marginalisée et, d’autre part, une controverse institutionnelle majeure relative à l’hypothèse d’un troisième mandat, cette visite place le Chef de l’Etat face à une exigence de clarification. L’Adrar ne sera pas seulement le théâtre d’inaugurations ; il sera le lieu d’un choix politique.

1. Le désenclavement : une exigence historique et structurelle de l’Adrar

De prime abord, la question du désenclavement demeure la revendication cardinale et constante de la wilaya. Vaste et faiblement peuplée, l’Adrar souffre d’un isolement structurel qui entrave son développement.

A cet égard, l’enjeu de la visite présidentielle se cristallise autour de trois axes fondamentaux : en premier lieu, la viabilisation définitive de l’axe Atar – Chinguetti – Ouadane, dont l’impraticabilité récurrente coupe les oasis du reste du pays, et plus largement le désenclavement d’Ouadane et d’Aoujeft, deux départements-symbole aujourd’hui à l’agonie du fait de leur isolement ; en second lieu, le désenclavement effectif des oasis et des communes rurales de l’intérieur ; en dernier lieu, la relance de la liaison stratégique Atar – Zouerate et la réhabilitation de la plateforme aéroportuaire d’Atar, infrastructure vitale pour la survie du secteur touristique.

Certes, la mission d’El Insaf a reçu pour consigne de valoriser le bilan de l’action gouvernementale. Néanmoins, force est de constater que les populations, lassées des promesses, n’attendent plus des effets d’annonce, mais des réalisations tangibles.

2. Emploi des jeunes, immigration clandestine et sauvegarde de Chinguetti : le cercle vicieux des oasis

Par ailleurs, au-delà des infrastructures routières, l’Adrar est confronté à un cercle vicieux qui menace la survie même de ses oasis.

De fait, l’enclavement chronique de Chinguetti, d’Ouadane et d’Aoujeft ne se résume plus à une simple difficulté de déplacement. Il est devenu le principal facteur d’asphyxie économique. Sans routes viables, sans accès régulier, il ne peut y avoir ni tourisme durable, ni valorisation du patrimoine, ni écoulement des produits oasiens.

La conséquence directe de cette asphyxie est sociale et humaine : un chômage massif des jeunes. Faute d’emplois locaux, faute de perspectives, la jeunesse de Ouadane, de Chinguetti et d’Aoujeft déserte les oasis. Elle s’exile vers Nouakchott, vers Nouadhibou, et de plus en plus vers les routes périlleuses de l’immigration clandestine. Ainsi, l’enclavement vide les oasis de leur force vive et accélère leur déclin.

C’est dans ce contexte que la sauvegarde de Chinguetti prend tout son sens. Cité sainte inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, Chinguetti se trouve confrontée à la menace existentielle de l’ensablement, qui met en péril ses bibliothèques millénaires. Or, si chaque pouvoir successif a solennellement promis un programme de ceinture verte et de fixation des dunes, aucun n’a été mené à son terme.

Par conséquent, le discours présidentiel sera apprécié à l’aune de sa capacité à briser ce cercle vicieux : désenclaver Ouadane, Chinguetti et Aoujeft pour créer de l’emploi pour les jeunes, fixer la jeunesse dans les oasis et endiguer l’immigration clandestine.

3. Le cas qui fâche : l’arrestation du général originaire de l’Adrar

En outre, il serait illusoire d’évoquer l’Adrar sans aborder l’affaire qui ébranle la région et l’institution militaire.

En effet, un officier général à la retraite, originaire de la wilaya et connu pour ses prises de position critiques à l’égard du pouvoir, a été placé en détention et déféré devant le parquet pour des faits attentatoires au moral des armées.

Or, dans l’Adrar où il conserve une aura sociale et relationnelle indéniable, cette arrestation est perçue comme un test révélateur de l’état de droit. S’agit-il d’une procédure relevant strictement de la justice militaire ou d’un règlement de compte à caractère politique ? De ce fait, le Président ne pourra éluder l’interpellation, même implicite, des notables et des cadres de la région sur ce dossier.

4. Le troisième mandat : l’attente d’un contre-pied salvateur

Enfin, et c’est là le point nodal de cette visite, demeure la question lancinante du troisième mandat.

Depuis plusieurs semaines, la polémique ne cesse de s’amplifier. D’un côté, des élus locaux et des cadres d’El Insaf multiplient les appels à une nouvelle candidature du Président, appels qualifiés de légitimes par des responsables du parti, dont le bureau politique a même chargé sa direction d’examiner les demandes de maintien du Chef de l’Etat au pouvoir.

De l’autre, l’opposition en a fait une ligne rouge infranchissable et dénonce une manœuvre orchestrée visant à torpiller le dialogue national.

Pourtant, la norme constitutionnelle est sans équivoque : elle érige la limitation du nombre de mandats présidentiels en matière irrévisable et impose au Président le serment solennel de ne jamais soutenir une initiative visant à la modifier.

C’est précisément là que réside tout l’enjeu de l’Adrar. Car l’Adrar n’est pas une wilaya ordinaire : elle est une terre de symboles, dépositaire d’une histoire et d’un patrimoine qui en font l’un des cœurs battants de la nation. Dès lors, si le Chef de l’Etat entend désavouer ses propres partisans d’INSAF et clore définitivement le débat sur le troisième mandat, c’est ici, devant les populations de l’Adrar, que son message revêtira une portée historique. Il prendrait alors, avec panache, le contre-pied de son propre camp.

A l’inverse, s’il venait à entretenir l’ambiguïté, il laisserait mécaniquement le champ libre à la campagne en faveur d’un troisième mandat, au risque de faire imploser un dialogue national déjà au point mort.

En définitive, à Atar, l’on n’attendra pas seulement des routes et des forages. L’on y attendra une parole d’Etat, une clarification qui fixe le cap de la République.

Yahya Niane
_Pour Rapide Info_

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