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Tribune : « En Mauritanie, le sensationnel étouffe la voix des citoyens »

Il est temps de le dire clairement : en Mauritanie, le goût du sensationnel est en train de prendre le pas sur la parole responsable des citoyens.
Pendant que les titres s’emballent, que les rumeurs circulent à vitesse grand V et que les polémiques éclipsent les vrais débats, les préoccupations quotidiennes des populations pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation passent au second plan.
Un paysage médiatique sous tension
Notre espace médiatique est à la croisée des chemins. D’un côté, une liberté de presse formellement saluée ; de l’autre, une précarité croissante des journalistes, une domination des médias publics et une montée inquiétante de la désinformation. Avec plus de 290 sites web actifs mais une production originale limitée, l’offre d’information est éclatée, souvent peu fiable, et naturellement attirée par le spectaculaire.

Dans ce contexte, le sensationnel n’est pas un accident : il est devenu une stratégie. Il capte l’attention, génère du clic, et surtout, il simplifie à outrance des réalités complexes. Résultat : l’opinion se nourrit d’émotions plus que de faits, de rumeurs plus que d’analyses, de passions plus que de propositions.
Quand le bruit couvre la voix du peuple
Cette dynamique a un coût humain et démocratique. Elle détourne l’attention des véritables enjeux citoyens.
Elle exacerbe les clivages et fragilise le vivre-ensemble.

Elle installe un climat de méfiance généralisée où toute parole institutionnelle est suspectée, où toute information est instrumentalisée, et où le citoyen ordinaire finit par se taire, lassé ou dépassé.
Pendant ce temps, les files d’attente aux stations-service s’allongent, les ménages ajustent leurs dépenses alimentaires, et les services publics peinent à répondre aux besoins essentiels.
Mais dans l’espace public, ce sont les affaires à rebondissements, les déclarations fracassantes et les polémiques stériles qui occupent le devant de la scène.
Reprendre la main sur le débat public
Il ne s’agit pas de nier la liberté d’expression, ni de vouloir museler les voix dissonantes. Il s’agit de rappeler une évidence : une démocratie ne se nourrit pas de bruit, mais de débats de fond.
Pour cela, plusieurs pistes s’imposent :
Éduquer aux médias et au numérique, surtout les jeunes, pour développer l’esprit critique et la capacité à vérifier les sources.
Valoriser les relais d’autorité morale imams, chefs de communauté, intellectuels respectés capables de porter une parole responsable et apaisée.
Encadrer l’espace numérique sans entraver la liberté d’expression, en sanctionnant les dérives avérées (incitation à la haine, fausses nouvelles).
Soutenir les médias communautaires et locaux, producteurs d’une information de proximité, vérifiée et utile aux citoyens.
Organiser un dialogue public constructif, autour de débats encadrés par des experts et des acteurs sociaux crédibles.
Un choix de société
La Mauritanie est à un tournant.
Soit elle laisse le sensationnel continuer à étouffer la voix des citoyens, soit elle choisit de recentrer le débat public sur les véritables enjeux de développement et de dignité humaine.
Le choix est clair : il est temps de redonner la parole au peuple, pas au bruit.

Abdoulaziz DEME
Le 23 Septembre 2026

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