Accueil |MauritanieOpinion

Tout quitter pour tout retrouver.

Lecture sans grand intérêt, la politique écrase tout.La vie ici n’est pas dure, elle est rude, comme le dit ce vendeur de citronnade dans la rue. La vie ça commence par un thé, et se termine par un thé. Conscientisation disait Freire.

Il y a des départs qui ressemblent à des fuites, et d’autres à des retours. La Mauritanie appartient à la seconde catégorie. J’ai quitté le tumulte, les écrans trop lumineux, les conversations qui s’entrechoquent, le nihilisme d’un monde violent sous les dorures du confort. On abandonne les villes où l’on marche vite sans savoir pourquoi, les obligations qui s’empilent, les pensées qui tournent en boucle, les crédits, les retraites ridicules à 1000 euros, et toujours ces appels à la haine raciale, sociale, ordinaire

Et puis un jour, on se retrouve là-bas, dans un pays où le silence a une densité qu’on avait oubliée.La Mauritanie ne vous accueille pas.Elle vous laisse entrer. C’est différent.Le désert commence par vous désorienter.Pas pour vous perdre, mais pour vous alléger.Les dunes effacent les contours inutiles, les certitudes trop lourdes, les urgences inventées.Chaque pas dans le sable est une phrase qu’on efface pour mieux réécrire. Le vent, lui, parle doucement comme dans les voiles de mon ancien voilier, le Poseidon.

Il raconte des histoires de caravaniers, de nuits sans frontières, de routes qui n’existent que pour ceux qui les empruntent.Il rappelle que l’essentiel n’a jamais eu besoin de bruit.Et puis il y a la lumière. Une lumière qui ne juge pas, qui ne presse pas, qui ne demande rien. Elle glisse sur les dunes comme une main sur un genou en voiture. Elle murmure que le monde peut être simple, vaste, incroyablement doux.Dans un campement, autour du thé qui mousse trois fois, on retrouve ce qu’on croyait perdu :le goût du temps lent, la chaleur d’une présence silencieuse, la sensation d’être exactement à sa place.

Tout quitter pour tout retrouver. Ce n’est pas un slogan.C’est une respiration. Karim, lui, a déjà monté son commerce. Ici, il y a trois types de marchés :celui des commerçants avec étals, celui des petits vendeurs qui paient une taxe à la journée, et celui des gens qui vendent entre deux portes, dans l’encoignure d’une rue. Karim a choisi la deuxième option. Avec son keffieh, il passe inaperçu. Il paie, tout le monde est content. Et puis il a un sésame : on dit Marlboro.

Il a presque tout vendu : gourdes, couteaux, chaussures, vêtements, gamelles, bombes anti-crevaison, que de la qualité française made in China.Il a toujours besoin de « faire du fric », alors qu’avec son pécule et ma retraite, on roule sur l’or .Le « toujours plus », comme disait François de Closets, c’est le vice des capitalistes. C’est une vérité que le désert murmure à ceux qui acceptent de l’écouter. J’ai encore la chance de pouvoir m’extraire de la gangue mortelle de notre société, de sortir de la caverne de Platon, de soulever la chape de plomb.

Mais je reste lucide : très peu ont la possibilité de recommencer une vie comme celle-là. Dans nos pays modernes rutilants sous la crasse et les poisons, nous sommes des prisonniers à ciel ouvert.

PS : Karim me dit :

« Regarde, les gens sont pauvres, mais ils semblent heureux. »

J’ai répondu :

« Peut-être parce qu’il n’y a pas de métros, de cités, de ZAD, de caméras partout, ni de téléphones Apple ou Samsung à 2000 euros. »

Mais j’ai tort.Je le sais.

Blog Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l’occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

Source info: Mediapart

Laisser un commentaire

Articles similaires