Tout comprendre aux nouvelles tensions diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie

omar hilale 4 e1611841438323
omar hilale 4 e1611841438323

Tout comprendre aux nouvelles tensions diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie

Sur fond de tensions à propos du Sahara occidental, Alger a rappelé son ambassadeur à Rabat pour « consultations avec effet immédiat ».

Le ton monte entre les deux pays du Maghreb. Sur fond de conflit à propos du Sahara occidental, et notamment du peuple kabyle – défendu par Rabat – les relations entre l’Algérie et le Maroc se détériorent. C’est une récente réunion à New York où l’ambassadeur du Maroc à l’ONU a tenu un discours représentant une ligne rouge pour Alger qui a ravivé les tensions. 

Les faits. Alger a décidé dimanche de rappeler son ambassadeur à Rabat pour « consultations avec effet immédiat », sur fond d’une nouvelle crise diplomatique entre les deux pays maghrébins occasionnée par le contentieux du Sahara occidental.

Ce rappel fait suite à « la dérive de la représentation diplomatique marocaine à New York qui a distribué une note officielle aux pays membres du mouvement des non-alignés dans laquelle le Maroc ‘soutient publiquement et explicitement un prétendu droit à l’autodétermination du peuple kabyle' », indique le ministère algérien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le contexte. Durant une réunion du mouvement des non-alignés les 13 et 14 juillet à New York, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, a fait passer une note dans laquelle il estime que « le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ».

Une ligne rouge pour Alger qui s’oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie, région berbérophone du nord-est de l’Algérie.

Pourquoi ça compte. C’est la première fois, semble-t-il, qu’un diplomate marocain exprime son soutien au séparatisme kabyle, en réaction à l’appui apporté par Alger aux indépendantistes sahraouis qui combattent le Maroc, tandis que le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK, indépendantiste) a été classé le 18 mai par les autorités algériennes comme « organisation terroriste ».

Vendredi, le ministère algérien des Affaires étrangères a publié un communiqué enjoignant « le Royaume du Maroc à clarifier sa position définitive sur la situation d’une extrême gravité créée par les propos inadmissibles de son ambassadeur à New York ».

« En l’absence de tout écho positif et approprié de la partie marocaine, il a été décidé aujourd’hui, le rappel, avec effet immédiat, pour consultations, de l’Ambassadeur d’Algérie à Rabat, sans préjudice d’autres mesures éventuelles en fonction de l’évolution de cette affaire », avertit le communiqué algérien.

Depuis la polémique, la classe politique algérienne, toutes tendances confondues, a souligné son attachement à l’unité du pays et dénonçant un « appel à la sédition » de la part du voisin marocain. Sur les réseaux sociaux, de très nombreux internautes et sites ont également défendu l’unité territoriale de l’Algérie. Les médias algériens ne sont pas en reste, à l’instar du quotidien francophone L’Expression, proche du pouvoir, fustigeant le roi du Maroc Mohammed VI qui « s’entête à vouloir annexer le Sahara occidental ».

Les acteurs en présence. Traditionnellement difficiles, les relations entre l’Algérie et son voisin marocain ont connu une récente dégradation en raison de l’épineux dossier du Sahara occidental.

La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël – en contrepartie d’une reconnaissance américaine de la « souveraineté » marocaine sur ce territoire – a encore ravivé les tensions avec l’Algérie qui a dénoncé des « manoeuvres étrangères » visant à la déstabiliser. 

De son côté, le Maroc considère l’Algérie comme « une partie prenante réelle du conflit » au Sahara occidental, considéré comme un « territoire non autonome » par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif. Ce conflit met aux prises le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie, depuis le départ de l’Espagne, l’ancienne puissance coloniale, en 1975.

Rabat, qui contrôle près de 80% de ce vaste territoire désertique, riche en phosphates et avec de fortes ressources maritimes (pêche), propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté.

RONALDO SCHEMIDT / AFP

LEXPRESS.fr avec AFP